CHAPITRE III
à faire était de se mettre à la tête d'un mouvement auquel il lui était impossible de résister. Une commission autorisant Tweedale et plusieurs autres conseillers privés à examiner à fond l'affaire qui préoccupait si fortement l'esprit public fut signée par le roi à Kensington, envoyé à Edimbourg et là scellé du grand sceau du royaume. 11 était temps '. Le Parlement avait à peine commencé à s'occuper d'affaires qu'un membre se leva pour demander une enquête sur les circonstances du massacre de Glencoë. Tweedale était en mesure d'informer les Etats que la bonté de Sa Majesté avait prévenu leurs désirs, qu'une commission de P 'récognition avait, quelques heures auparavant, passé dans toutes les formes, et que les Lords et les gentilshommes nommés dans cet acte tiendraient avant la nuit leur première séance 2. Le Parlement vota à l'unanimité des remerciments au roi pour celte preuve de sollicitude paternelle, mais quelques-uns des membres qui se joignirent à ce vote de remerciments exprimèrent la crainte bien naturelle que la seconde enquête n'eût pas de résultats plus satisfaisants que la première. L'honneur du pays, direntils, était en jeu, et il fallait que les commissaires procédassent avec assez d'activité pour que l'on put connaître avant la lin de la session le résultat de l'enquête. Les assurances de Tweedale réduisirent pour un moment les murmures au silence 3, mais au bout de trois semaines tirent éclater leur mécontentement et leurs soupçons. Le 14 juin, une motion fut présentée à l'effet d'ordonner aux commissaires de déposer leur rapport. Cette motion échoua, mais fut renouvelée chaque jour. Dans trois séances successives, Tweedale réussit à contenir l'impatience de l'assemblée. Mais quand enfin il annonça que le rapport était achevé et qu'il ajouta que ce rapport ne serait déposé sur le bureau des Etats qu'après avoir été soumis au roi, il y eut dans l'assemblée une explosion violente. La curiosité du public était vivement excitée , car l'enquête avait eu lieu à huit clos, et les commissaires et les greffiers s'étaient astreints au secret le plus profond. Le roi était dans les Pays-Bas. Des semaines devaient s'écouler avant qu'on pût prendre ses ordres, et la session ne
' On trouvera la Commission dans les Minutes du Parlemen!.
' Acte du Parlement d'Ecosse, il mai 1695; Gazette de Londres, 30 mai.
' Aetes du Parlement d'Eeosse, 23 mai 1695.
pouvait durer bien longtemps encore. Des symptômes qui se produisirent dans une quatrième discussion convainquirent le Lord Haut-Commissaire de la nécessité de céder, et le rapport fut publié *.
Ce document fait le plus grand honneur à ceux qui le rédigèrent. Les preuves y sont exposées dans un ordre parfait, avec une admirable clarté ; on n'y sent pas la moindre passion, et un austère sentiment de justice y règne d'un bout à l'autre. Aucune des sources où l'on pouvait puiser des renseignements utiles n'avait été négligée. On avait permis à Glengarry etKeppoch, bien que notoirement hostiles au gouvernement, de conduire l'affaire au nom de leur malheureux parents. Plusieurs des Macdonald qui avaient échappé au massacre de cette nuit, avaient été examinés, entre autres, le Mac-Ian régnant, le fils aine du chef assassiné. La correspondance du Maître de Stair avec les chefs militaires qui commandaient dans les Highlands avait été soumise à une rigoureuse, mais impartiale enquête. La conclusion à laquelle les commissaires étaient arrivés et que partagera toute personne intelligente et sincère qui examinera les faits, c'est que le massacre de Glencoë était un meurtre barbare, et que les lettres du Maître de Stair étaient la seule cause de ce crime eila seule justification que les auteurs pussent invoquer.
Le fait de la complicité de Breadalbane ne fut pas prouvé, mais il rie sortit pas complètement pur de celte affaire. Dans le cours de l'enquête on découvrit, par hasard, qu'alors qu'il distribuait l'argent de Guillaume parmi les chefs des Highlands, il professait auprès d'eux le zèle le plus ardent pour les intérêts de Jacques, et qu'il leur conseillait de prendre le plus possible des mains de l'usurpateur, tout en épiant constamment l'occasion favorable de ramener le roi légitime. Il résulta de la défense de Breadalbane qu'il était encore plus infâme que ses accusateurs ne le supposaient, car il avait prétendu n'être jacobite que pour pénétrer au fond des plans jacobites. Ce qu'il y a de vrai, c'est que la fourberie de ce personnage était d'une profondeur difficile à sonder. On ne saurait dire, pour emprunter la classification italienne, les-
• Actes du Parlement écossais, li, 1S, 20 juin 10'Jo; Gazelle de Londres, 27 juin.