‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 139 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

quelles do ses trahisons étaient simples, lesquelles doubles. Dans cette circonstance le Parlement supposa qu'il n'était coupable que d'une trahison simple et l'envoya au château d'Edimbourg. Le Gouvernement, après mûr examen, ajouta foi à l'assertion de Breadalbane, qu'il avait commis une double trahison, et le relâcha ».

Le rapport de la Commission fut pris en considération immédiate par les États. Ils adoptèrent à l'unanimité une résolution portant que l'ordre signé par Guillaume n'autorisait pas le massacre de Glencoë 2. Puis, par une autre résolution, mais qui n'obtint pas la même unanimité, ils décidèrent que ce massacre était un assassinat! Ils passèrent ensuite plusieurs votes dont ils résumèrent le sens dans une adresse au roi. Comment la partie de l'adresse relative au Maître de Stair devait-elle être rédigée ? De vifs débats s'engagèrent sur cette question. La Chambre se lit remettre et lire plusieurs de ses lettres et plusieurs amendements furent proposés. Les Jacobites et les Presbytériens extrêmes penchaient, et avec trop de raison, pour la sévérité. La majorité, sous l'habile direction du Lord Haut-Commissaire, acquiesça à une forme de rédaction qui mettait le ministre coupable dans l'impossibilité de conserver sa place, mais qui ne lui imputait point un degré de culpabilité de nature à entraîner pour lui la perte delà vie ou la confiscation. Les États passèrent contre lui un vote de censure, mais formulé en termes les plus doux. Ils blâmèrent son zèle immodéré contre ce malheureux clan, et les ordres pressants qu'il avait donnés pour faire procéder à l'exécution par surprise. Ils déclarèrent que les excès auxquels il s'était emporté dans ses lettres avaient été la cause première du massacre, mais, au lieu de demander qu'il fût mis en jugement comme meurtrier, ils laissèrent à sagesse du roi le soin de lui infliger un traitement qui vengeât l'honneur du gouvernement.

L'indulgence que les États témoignèrent à l'égard du principal coupable, ils ne retendirent pas à ses subordonés. Hamilton qui avait pris la fuite et qu'une proclamation à la Croix d'Edimbourg avait vainement cité à comparaître devant

1 Burnet, II, 157; Actes du Parlement, 10 juin 1695.

• Actes du Parlement, 26 juin 1695; Gazette de Londres, 4 juillet.

eux, fut déclaré non innocentdumeurtredeGlcncoë. Glenlvon, le capitaine Drummond, le lieutenant Lindsey, l'enseigne Lundic et le sergent Barbour, furent plus nettement encore désignés comme meurtriers, et le roi fut prié d'ordonner au Lord-Avocat de les poursuivre.

11 est incontestable que, dans celte circonstance, le Parlement d'Ecosse se montra sévère à tort, et indulgent quand il ne le fallait pas. La cruauté et la perfidie de Glenlyon et de ses camarades excitent encore, même après une intervalle de cent soixante ans, des émotions qui ne permettent pas de raisonner avec calme et sang-froid. Pourtant, quand on examine la conduite de ces hommes avec l'impartialité de la justice, on est forcé de reconnaître qu'un tribunal ne pouvait les traiter comme des assassins sans causer un grave préjudice à la société. S'ils avaient tué leurs semblables, c'était pour obéir à des ordres formels que leur avait donnés leur supérieur hiérarchique. Que deviendrait cet esprit de subordination sans lequel une armée ne serait qu'une dangereuse agglomération d'individus, si l'on devait compte à chaque soldat de la justice d'un ordre en exécution duquel il lâche la détente de son fusil. Le cas de Glencoë était, sans doute, un cas extrême, mais on ne pouvait le distinguer aisément, en principe, des cas qui, à la guerre, sont d'occurrence ordinaire. De terribles exécutions militaires sont parfois indispensables. L'humanité elle-même peut les réclamer. Qui décidera si, dans telle circonstance, une acte de sévérité n'est pas au fond de la pitié? qui déterminera s'il est ou non nécessaire de réduire en cendres une ville florissante, de décimer un corps nombreux de soldats mutinés, de fusiller toute une troupe de bandits? La responsabilité pèse-t-elle sur l'officier qui commande ou sur les simples soldats à qui il ordonne de charger leurs armes et de faire feu? Et si la règle générale est que la responsabilité pèse sur l'officier qui commande et non sur le simple soldat qui lui obéit, en quoi le cas de Glencoë serait-il une exception à cette règle? Il est remarquable que pas un membre du Parlement d'Ecosse ne proposa qu'un seul des simples soldats du régiment d'Argyle fût poursuivi pour meurtre. Uue impunité absolue fut accordée à tout individu au-dessous du grade de sergent. Et sur quel principe? Assurément, si l'obéissance militaire ne-

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