‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 140 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tait pas une excuse valable, chacun de ceux qui, dans cette horrible nuit, tirèrent sur un Macdonald était un assassin. Et si l'obéissance militaire était une excuse valable pour le fusilier qui a agi par ordre du sergent Barbour, pourquoi ne s'appliquerait-elle pas à Barbour qui a agi par ordre de Glenlyon? Et pourquoi à Glenlyon qui agit par ordre d'Hamilton? Il est difficile de soutenir qu'un simple soldat soit tenu à plus de déférence vis-à-vis d'un sous-officier, que ne l'est un sous-officier vis-à-vis de son capitaine, ou que n'est l'un des capitaines vis-à-vis de son colonel.

Peut-être dira-t-on : les ordres donnés à Glenlyon étaient d'une nature tellement particulière que, s'il eût été honnête homme, il eût rendu sa commission, bravé le déplaisir du colonel, du général et du secrétaire d'État, et encouru la pénalité la plus forte qu'une Cour martiale pût lui infliger, plutôt que de jouer le rôle qui lui avait été assigné. Mais la question n'est pas de savoir s'il se conduisit en homme vertueux, mais bien s'il méritait d'être pendu comme meurtrier, sans qu'on violât en sa personne un principe essentiel à la disciplineducampaussi bien qu'àlasécuritédes nations. Dans ce cas, la désobéissance était un devoir moral, mais il n'en résulte pas que l'obéissance fût un crime aux yeux de la loi.

Il nous semble donc que le crime de Glenlyon et de ses camarades n'était pas de ceux qui tombent sous l'application de la loi pénale. Le seul châtiment qu'on pût raisonnablement leur infliger, c'était celui que Cain trouvait trop lourd pour ses épaules, c'était d'être fugitif et vagabond sur la face de la terre, et de porter partout où ils iraient une marque qui lit détourner d'eux avec horreur même les méchants.

Il n'en fut pas ainsi pour le Maître de Stair. La Commission de ^récognition et les Etats du royaume, en plein Parlement, l'avaient solennellement accusé d'être l'auteur et la cause du massacre. La raison même qui empêchait de faire un exemple sur ses instruments exigeait qu'on fît cet exemple sur lui. Tous les arguments qu'on put invoquer contre l'idée de punir le soldat qui exécute les ordres injustes et inhumains de son supérieur, sont des arguments qui condamnent aux peines les plus sévères de la loi le supérieur qui donne ces ordres inhumains et injustes. Là où il n'y a point de responsabilité au-dessous, la responsabilité doit être double au-

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dessus. Ce que le Parlement d'Ecosse aurait dû demander tout d'une voix, c'était, non pas qu'un pauvre sergent ignorant qui n'était pas plus responsable que son fusil de l'œuvre sanglante qu'il avait faite, fût pendu sur la place du Marché aux Herbes, mais que le vrai meurtrier, le plus politique, le plus éloquent, le plus puissant des hommes d'Etat d'Ecosse, fût mis en jugement et condamné, s'il était déclaré coupable, à mourir d'une mort ignominieuse. Rien qu'un tel sacrifice pouvait expier un tel crime. Malheureusement, les États, en atténuant la faute du principal délinquant et en demandant en même temps que ses humbles agents fussent traités avec une sévérité qui dépassait toutes les bornes de la justice, étendirent et accrurent la tache que le massacre de Glencoë avait imprimée sur l'honneur de la nation.

Le roi lui-même manqua, dans cette circonstance, d'une manière grave à son devoir. Sans doute il est on ne peut plus probable que jusqu'au moment où il reçut le rapport des Commissaires, il ne connaissait que très-imparfaitement les circonstances du meurtre. Il est difficile de supposer qu'il fut dans l'habitude de beaucoup lire les pamphlets jacobites. S'il les avait lus, la quantité d'invectives, de calomnies, d'inventions absurdes qu'il y eût trouvée contre lui l'eût fort peu disposé à ajouter foi aux imprécations qu'ils contenaient contre ses serviteurs. Dans l'un de ces libelles, il se serait vu accusé d'être un Papiste déguisé, dans un autre d'avoir empoisonné Jeffreysà la Tour, dans un troisième d'avoir fait tout ce qu'il fallait pour se débarrasser de Talmash à Brest. Il y aurait vu prétendre qu'en Irlande il fit une fois brûler vils cinquante de ses propres soldats anglais blessés. Il y aurait vu qu'on s'armait de l'affection inaltérable que depuis son enfance jusqu'à sa mort il porta à trois ou quatre des plus hraves et des plus fidèles amis que jamais prince ait eu le bonheur de posséder, pour lui imputer des abominations aussi odieuses que celles que la mer Morte engloutit jadis sous ses eaux. Il était donc naturel qu'il ne se pressai pas d'ajouter foi aux monstrueuses imprécations lancées pal des écrivains dont il connaissait les habitudes de menso contre un homme d'Etat dont il appréciait hautement les ea« pacités et au dévouement duquel il avait dû beaucoup dans quelques grandes occasions. Mais après avoir lu les docu-

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