‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 141 sur 246 · CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE HT

ments qui lui furent transmis d'Edimbourg par Tweedale, il ne pouvait conserver le plus léger doute sur la culpabilité du Maître de Stair. Infliger au coupable un châtiment exemplaire était le devoir sacré d'un souverain qui avait juré, la main levée vers le ciel, que dans son royaume d'Ecosse il réprimerait dans toutes les positions, à tous les degrés, toute oppression et ferait justice sans acception de personnes; car il attendait miséricorde du père de toutes les miséricordes. Guillaume se contenta de destituer le Maître de Stair. Cette faute grave que nous n'hésitons pointa assimilera un crime, Burnet essaya, non pas de la défendre, mais de l'excuser. Il voudrait nous faire croire que Guillaume, alarmé de voir que tant de gens avaient pris part au massacre de Glencoë, aima mieux accorder une amnistie générale que de punir un massacre par un autre. Mais cette manière de présenter les choses est le contraire de la vérité sans doute; de nombreux instruments avaient été employés dans cette œuvre de mort, mais tous ils avaient reçu leur impulsion, directement ou indirectement, d'un seul esprit. Bien au-dessus de la foule des coupables planait un seul coupable, supérieur aux autres pour la capacité, les lumières, le rang, la puissance. En retour de tant de victimes immolées par une infâme trahison, la justice ne demandait qu'une victime, et ce sera une tache éternelle à la mémoire de Guillaume qu'il ait refusé cette victime.

Le 17 juillet, la session du Parlement d'Ecosse fut close. Les Etats avaient libéralement voté un subside aussi considérable que pouvait le fournir le pays pauvre qu'ils représentaient. Il est vrai que ce qui les entretenait dans ces dispositions favorables, c'était l'espoir d'avoir découvert un moyen de rendre riche en peu de temps ce pays si pauvre. Leur attention avait été partagée entre l'enquête sur le massacre de Glencoë et quelques projets commerciaux dont nous expliquerons la nature et raconterons le sort dans un chapitre subséquent.

Guerre dans les Pays-Bas. — Le maréchal de Villeroi.

Sur ces entrefaites , l'Europe tenait avec anxiété les yeux fixés sur les Pays-Bas. Le grand capitaine, qui avait remporté les victoires de Fleurus, de Steinkcrque et de Landen, n'a-

vait laissé après lui personne qui l'égalât. Mais la France possédait encore des maréchaux propres au commandement en chef. Déjà Catinat et BoulTlcrs avaient donné des preuves d'habileté, de résolution et de zèle pour les intérêts de l'Etat. L'un ou l'autre de ces ofliciers distingués aurait été un successeur digne de Luxembourg, et un antagoniste digne de Guillaume : mais leur maître, pour son malheur, préféra à tous deux le duc de Villeroi. Le nouveau général avait dans son enfance partagé les jeux de Louis; il était alors devenu son favori, et depuis, il n'avait jamais cessé de l'être. Villeroi brillait parmi l'aristocratie française par ces grâces superficielles pour lesquelles cette aristocratie était alors renommée en Europe. Sa taille était haute, sa tournure élégante, ses manières nobles et d'une politesse un peu fière ; sa manière de s'habiller, ses meubles, ses équipages, sa table, respiraient la magnificence. Nul ne narrait avec plus de vivacité, nul ne se tenait mieux en selle dans une partie de chasse, nul n'était plus heureux dans les intrigues de la galanterie, uul ne risquait et ne perdait au jeu de grosses sommes avec une plus superbe indifférence, nul n'était plus au courant des aventures, des liaisons, des inimitiés des seigneurs et des dames qui remplissaient chaque jour les appartements de Versailles. Il y avait deux caractères surtout que ce beau gentilhomme avait étudiés pendant de longues années, et dont il connaissait à fond les plis et replis ; c'étaient le caractère de roi et celui de la femme à qui il ne manquait de la reine que le nom. Mais à cela se bornaient les talents de Villeroi. Les livres, comme les affaires, étaient pour lui un monde complètement inconnu. Au conseil, il ne pouvait ouvrir la bouche sans trahir sa profonde ignorance. Dépourvu de toute aptitude pour l'art militaire, il n'avait d'autre qualité que le courage personnel, qualité d'ailleurs qui lui était commune avec toute la classe à laquelle il appartenait. Dans toutes les grandes crises de sa vie politique et militaire, on le voyait passer tour à tour de l'excès de la présomption à l'excès de rabattement. Au moment où il allait prendre une décision importante, sa confiance en lui-même était sans bornes, il n'écoulai I aucun avis, il n'admettait pas la possibilité d'un échec ; mais au premier obstacle, il croyait tout perdu, devenait incapable de rien diriger, et courait de tous côtés en proie au plus profond

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désespoir. Louis, toutefois l'aimait, et, rendons-lui celle justice, il aimait Louis. La bienveillance du maître résista à tous les désastres que la témérité et la faiblesse du serviteur attirèrent sur le royaume, et la gratitude du serviteur se manifesta plus d'une fois d'une manière honorable, quoique peu judicieuse, après la mort du maître '.

Le duc du Maine.

Tel était le général auquel était confiée la direction de la campagne dans les Pays-Bas. Le duc du Maine fut envoyé pour apprendre à cette école l'art de la guerre. Ce prince, fils naturel de Louis et de madame de Montespan, avait été élevé, dès son enfance, par madame de Maintenon. Louis l'aimait avec la tendresse d'un père, et madame de Maintenon avec la tendresse non moins vive d'une femme qui avait soigné ses premières années. Les hommes graves étaient scandalisés de l'ostentation avec laquelle le roi, tout en faisant profession d'une ardente piété, affichait sa partialité envers ce rejeton d'un double adultère, sans doute, disaient-ils, un père doit de l'affection à son enfant, mais aussi un souverain doit respecter les bienséances vis-à-vis de son peuple. En dépit de ces murmures, le jeune prince avait été publiquement reconnu, comblé de richesses et de dignités, créé duc et pair, élevé, par un acte discrétionnaire du pouvoir royal, au dessus des ducs et pairs de plus ancienne création, marié à une princesse de sang royal, et nommé grand-maître de l'artillerie du royaume. Avec des talents et du courage, il aurait pu jouer un grand rôle dans le monde. Mais il avait une intelligence médiocre et les nerfs faibles : les femmes et les prêtres qui l'avaient élevé avaient puissamment aidé la nature. 11 était orthodoxe dans ses croyances, régulier dans ses mœurs, insinuant, adroit, hypocrite, aimant à faire le mal et poltron.

On s'attendait, à Versailles, que les Flandres seraient, cette année, le principal théâtre de la guerre. En conséquence, le gouvernement français y réunit une armée considérable. De fortes lignes furent formées de la Lys à l'Escaut, et Villeroi

1 U existe un excellent portrait de Villeroi dans les Mémoires de Saint- Simon.

établit son quartier général près deTournay. Boufflers, avec environ douze mille hommes, garda les bords de la Sambre.

D'un autre côté, l'armée anglo-hollandaise, qui était sous le commandement immédiat de Guillaume, se rassembla dans les environs de Gand. L'Electeur de Bavière, à la tète d'une force considérable, prit position près de Bruxelles, un corps moins nombreux, composé principalement de Brandcbourgeois, était campé non loin de Huy.

Dans les premiers jours de juin, les opérations militaires commencèrent. Les premiers mouvements de Guillaume ne furent que des feintes destinées à empêcher les généraux français de soupçonner ses véritables desseins. Il avait résolu de reprendre Namur, dont la perte avait été pour lui le plus sensible de tous les désastres d'une guerre désastreuse. Au point de vue militaire, Namur avait toujours eu une grande importance, et cette importance était devenue plus grande que jamais dans les trois années qui s'étaient écoulées depuis le dernier siège. De nouveaux ouvrages, chefsd'œuvre de Vauban , avaient été ajoutés aux anciennes défenses construites avec une science admirable par Cohorn. Les deux illustres ingénieurs avaient si habilement rivalisé entre eux de génie et si bien profité des défenses naturelles du terrain, que la forteresse passait pour la plus forte de l'Europe. Au-dessus de l'une des portes, les Français avaient placé une inscription pleine de fanfaronnades qui défiaient les alliés d'arracher cette proie de leurs mains.

Guillaume garda si bien le secret de ses desseins que rien de ses intentions ne transpira au dehors. Les uns pensèrent qu'il avait en vue Dunkcrque, les autres Ypres. Saint-Simon compare les marches et les contremarches au moyen desquelles il dissimula ses projets aux mouvements d'un habile joueur d'échecs. Fcuquières, beaucoup plus versé que Saint- Simon dans l'art militaire, nous dit que quelques-uns de ces mouvements étaient hasardeux et que Guillaume se serait mal trouvé de jouer un tel jeu avec Luxembourg. probable, mais Luxembourg n'était plus, et ce que Luxembourg avait été à Guillaume, Guillaume l'était aujourd'hui à Villeroi.

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