CHAPITRE III
Compiots formés contre le gouvernement par les Jacobiles pendant l'absence de Guillaume.
(i Tandis que Guillaume était ainsi occupé, les Jacobites de l'intérieur ne pouvant, en son absence, poursuivre leurs desseins contre sa personne, se contentèrent de conspirer contre son gouvernement. Ils étaient un peu moins surveillés que l'année précédente, car l'affaire du procès de Manchester avait découragé Aaron Smith et ses agents. Trenchard, que sa vigilance et sa sévérité avaient rendu un objet de terreur et de haine, était mort, et avait eu pour successeur, dans ce qu'on pouvait appeler le sous-secrétariat d'État, sir William Trumball, jurisconsulte savant et diplomate expérimenté, d i opinions modérées et d'un caractère prudent jusqu'à la timidité1. Les mécontents furent enhardis par la douceur de son administration.
A peine Guillaume avait-il mis à la voile pour le continent qu'ils lièrent un grand conclave à l'un de leurs lieux de réunion favoris, la Tète-du- Vieux-Roi, dans Leadenhall- Street. Gharnock, Porter, Goodman, Parkyns et Fenwïck y assistaient ainsi que le comte d'Aylesbury, dont l'attachement a la famille exilée était notoire, mais qui se défendit toujours cl avoir jamais songé à accomplir une restauration par des moyens immoraux. Sa protestation aurait eu plus de valeur si en prêtant serment au gouvernement contre lequel il conspirait sans cesse, il n'avait perdu le droit d'être considéré comme un homme de conscience et d'honneur. Dans l'assemblée était également sir John Friend, non-jureur, d'un as.sez pauvre esprit, mais qui avait amassé dans l'industrie de Brasseur une fortune considérable et qui la dissipait à P aisir a ourdir des trames séditieuses. Après dîner (car les plans des Jacobites se formaient en général à table et portaient la trace des solennités bachiques où ils avaient pris naissance], on vota une résolution pour déclarer que le moment étant propice pour une insurrection et une invasion française, messager spécial porterait à Saint-Germain l'opinion du conclave. Charnock fut choisi pour celte mission. T
l'accepta, passa la Manche, vit Jacques, eut des entrevues avec les ministres de Louis, mais sans rien pouvoir décider. Les mécontents anglais refusaient de bouger tant qu'il n'y aurait pas dans l'île dix mille hommes de troupes françaises, et le gouvernement français ne pouvait, sans courir de grands risques, retirer dix mille hommes de l'armée qui luttait contre Guillaume dans les Pays-Bas. Lorsque Charnock revint en Angleterre pour rendre compte de l'insuccès de son ambassade, il trouva quelques-uns de ses associés en prison. Pendant son absence ils s'étaient amusés à leur façon. Ils avaient essayé d'exciter une émeute à Londres, le 10 juin, jour anniversaire de la naissance de l'infortuné prince de Galles. Ils se réunirent dans une caverne de Drury-Lane, puis, la tête échauffée par les libations, ils se précipitèrent dans la rue, l'épée à la main, ayant à leur tête Porter et Goodman, tambour battant, bannières déployées, et se mirent à allumer des feux de joie. Mais le gué, soutenu par la populace, eut bientôt raison des tapageurs. Us furent mis en déroute; la populace saccagea la taverne, théâtre de leurs exploits ; les meneurs furent pris, jugés, condamnés à l'amende et mis en prison, mais reconquirent leur liberté assez à temps pour prendre part à une entreprise beaucoup plus criminelle1.
Siège de Namur.
A ce moment tout était prêt pour l'exécution du plan conçu par Guillaume. Il avait communiqué ce plan aux autres chefs des troupes alliées, qui l'avaient chaudement approuvé. Vaudemont fut laissé en Flandre avec une force considérable pour surveiller Villeroi. Le roi, avec le reste de son armée, marcha droit sur Namur. Au même instant, l'Électeur de Bavière d'un côté et les Brandebourgeois de l'autre, s'avançaient vers le même point. Ces mouvements avaient été si bien concertés et ils furent si rapidement exécutés que l'habile et énergique Boufflers n'eut que le temps de se jeter dans la forteresse. Il avait avec lui sept régiments de dragons, un corps nombreux de canonnière, des sapeurs, des mineurs et un officier, nommé Mérigny, qui passait pour
' Le Postillon, 13 juin, 9 et H juillet 1695; Nouvelles de l'intérieur et de l'étrange, 14 juillet ; La Malle de Hollande et des Flandres, 9 juillet.