CHAPITRE III
moins capable de se défendre, avait suivi cel exemple. Les garnisons de ces deux villes furent en violation d'une convention qui avait été faite pour l'échange des prisonniers, envoyés en France. Le maréchal s'avança alors du côté de Bruxelles dans l'espérance, à ce qu'il semble, en menaçant cette belle capitale, de déterminer les alliés à lever le siège du château de Namur. Pendant trente-six heures, il fit pleuvoir sur la ville les bombes et les boulets rouges. L'Electrice de Bavière, qui était dans la place, fit une fausse couche de terreur. Six couvents furent détruits. Quinze cents maisons furent dévorées par les flammes. Toute la ville basse eût été entièrement brûlée, si les habitants n'eussent arrêté l'incendie en faisant sauter un grand nombre de bâtiments. Des quantités énormes de dentelle magnifique et de tapisserie furent détruites; car l'industrie et le commerce qui avaient rendu Bruxelles fameuse dans le monde entier, n'avaient été jusqu'alors que fort peu affectés par la guerre. Plusieurs des superbes édifices qui dominaient la place du marché furent réduits en cendres. La Maison de Ville elle-même, le plus beau de ces nombreux palais qu'élevèrent pour leurs sénats les bourgeois des Pays-Bas, courut un danger imminent. Toute cette dévastation, toutefois, n'eut d'autre résultat que d'entraîner pour les particuliers de grands désastres. Mais ni intimidation ni provocation ne réussit à faire desserrer la main puissante qui étreignait Namur. Le feu que les batteries de Guillaume entretenait autour du château était tel qu'on n'en avait jamais vu de pareil à la guerre. Les canonniers français, chassés de leurs pièces par la grêle des balles, furent forcés de se réfugier dans les galeries voûtées sous le sol. Cohorn, dans son enivrement, paria avec l'Electeur de Bavière quatre cents pistoles que la place tomberait le 31 août (nouveau style). Le célèbre ingénieur perdit, il est vrai, son pari, mais de quelques heures seulement '.
Boufflers sentit alors qu'il n'avait plus d'espoir que dans Villeroi. Ce dernier s'était dirigé de Bruxelles sur Enghien. Il avait rassemblé dans cette ville toutes les troupes françaises qu'il avait pu retirer des forteresses les plus éloignées des Pays-Bas, et, quand il se vit à la tête de plus de quatre-
' Mercure mensuel, août 1695; Slepney à Lord Lexington, le {M) août, m. 27
vingt mille hommes, il marcha sur Namur. Dans l'intervalle, Vaudcmont effectua sa jonction avec les alliés, et Guillaume se crut dès lors assez fort pour offrir la bataille à Villeroi, sans pour cela interrompre un seul moment ses opérations contre Boufflers. L'Electeur de Bavière fut chargé de la direction immédiate du siège. Le roi d'Angleterre prit, à l'ouest de la ville, une forte position solidement retranchée et là attendit les Français qui avaient quitté Enghien et s'avançaient vers Namur. Tout semblait indiquer l'approche d'une grande journée. Deux des armées les plus nombreuses et les plus disciplinées que l'Europe eût jamais vues allaient se trouver en présence. Le 15 août, les.défenseurs du château aperçurent de leurs tours d'observation la puissante armée française qui arrivait à leur secours. Mais entre cette armée et la citadelle était rangée en bataille l'armée non moins puissante de Guillaume, Villeroi, par une salve de quatre vingt-dix canons, transmit à Boufflers la promesse d'une prompte délivrance, et, pendant la nuit, Boufflers, au moyen de feux allumés qu'on découvrait au loin de l'autre côté de la vaste plaine de la Meuse et de la Sambre, pressa Villeroi de tenir sa promesse sans délai. Dans les deux capitales de la France et de l'Angleterre l'anxiété fut profonde. Louis s'enferma dans son oratoire, se confessa, communia et ordonna que le Saint- Sacrement fût exposé dans la chapelle. Sa femme lit mettre toutes les religieuses en prières1. Londres fut tenu dans un état d'agitation continuelle par une succession de nouvelles fabriquées les unes par les Jacobites, les autres par des agioteurs. Un matin, de bonne heure, on annonça comme une chose certaine qu'il y avait eu une bataille, que les alliés avaient été battus, le roi tué et que le siège était levé. Dès que la Bourse fut ouverte, elle fut envahie par une foule de gens qui venaient savoir si ce malheur était vrai. Les rues furent encombrées toute la journée par des groupes où les uns parlaient et les autres écoulaient. Dans l'après-midi, la Gazette qu'on attendait avec Impatience et sur laquelle on se jeta avec avidité, calma l'émotion populaire, mais incomplètement , car ou savait que tM .laeolntes recevaient qucl-
i Mercure mensuel, août i Paru, m août (5 septembre)
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