CHAPITRE III
quefois par l'intermédiaire de contrebandiers et d'écumeurs de mer qui mettaient à la voile par tous les temps, des nouvelles plus fraîches que celles qui arrivaient par les voies régulières à Whitehall au secrétaire d'Etat. Avant la nuit, toutefois, l'agitation était tout à fait apaisée, mais une imposture hardie la réveilla soudainement. Un cavalier portant l'uniforme des gardes parcourait au galop les rues de la Cité annonçant que le roi avait été tué. Il en serait probablement résulté de graves désordres si quelques apprentis, animés d'un zèle ardent pour la Révolution et la religion protestante, n'avaient arrêté et enfermé ces individus à Newgate. Le correspondant que les Etats-Généraux avaient investi de leur confiance les informa qu'en dépit de tous les mensonges que le parti hostile pût inventer et mettre en circulation , la conviction générale était que les alliés réussiraient. La pierre de touche de la sincérité en Angleterre, disait-il, c'était le pari. Les Jacobites étaient tout prêts à prouver que Guillaume serait battu ou à affirmer qu'il l'avait été, mais ils refusaient de parier ou ne pariaient que de faibles sommes. Les Whigs au contraire engageaient des milliers de guinées en répondant de la conduite et du succès de Guillaume1 .
L'événement justifia la confiance des Whigs et la timidité des Jacobites. Le 16, le 17 et le 18 août, les deux armées de Villeroi et de Guillaume restèrent en présence l'une de l'autre. On pensait que le 19 serait le jour décisif. Les alliés furent sous les armes avant l'aube. A quatre heures, Guillaume monta à cheval, et jusqu'à huit heures du soir alla de poste en poste, disposant ses troupes et observant les mouvements de l'ennemi. Les Français s'approchèrent sur plusieurs points de ses lignes, assez près pour se convaincre qu'il ne serait pas facile de le déloger, mais il n'y eut point de bataille. Guillaume se retira dans sa tente pour prendre du repos , s'attendant à être attaqué au lever du soleil. Mais quand le soleil se leva, il vit que les Français avaient battu en retraite à quelques milles. Aussitôt il fit dire à l'Electeur de donner immédiatement l'assaut à la citadelle. Pendant que celui-ci faisait ses préparatifs, le roi envoya Porlland faire une dernière sommation à la garnison. « Il est évident, dit Porlland à
l LTknnitage, 13 (23) août 1695.
Boufflers, que Villeroi a abandonné lout espoir de nous forcer à lever le siège. Prolonger la lulte ne sera donc qu'une inutile effusion de sang. » Mais Boufflers crut qu'une nouvelle journée de carnage était nécessaire à l'honneur des armes françaises, et Porlland s'en retourna sans avoir réussi dans sa mission '.
Dans l'après-midi , de bonne heure , quatre divisions de l'armée confédérée donnèrent l'assaut en quatre endroits différents. Un point fut assigné aux Brandebourgeois, un autre aux Hollandais, un troisième aux Bavarois, un quatrième aux Anglais. Ceux-ci furent d'abord moins heureux qu'ils ne l'avaient été jusqu'alors. Il faut dire que la plupart des régiments qui avaient quelques années de service avaient été emmenés par Guillaume à la rencontre de Villeroi. Dès que le signal fut donné par l'explosion de deux barils de poudre, Cutts, à la tête d'un faible corps de grenadiers, s'élança le premier hors des tranchées, tambour battant et enseignes déployées. Ce brave détachement devait être soutenu par quatre bataillons qui n'avaient jamais vu le feu, et qui, malgré l'ardeur qui les animait, manquaient de la fermeté qu'exigeait une si terrible entreprise. Les ofliciers tombèrent en peu de temps. Tous les colonels, tous les lieutenants-colonels furent tués ou grièvement blessés. Cuits reçut un coup dans la tête qui le mit pour un moment hors de combat. Ces recrues inexpérimentées, laissées presque sans direction, s'élancèrent en avant avec une aveugle impétuosité, mais bientôt elles se trouvèrent en désordre et hors d'haleine avec un précipice devant elles, sous un feu terrible et sous une grêle non moins terrible de fragments de rocs et de murailles. Elles perdirent courage et prirent la fuite au milieu d'une confusion extrême. Heureusement Cutts, dont la blcssure était alors pansée, réussit à les rallier. Il les conduisit alors, non pas à l'endroit d'où elles avaient été repoussées, mois à un autre où la lutte était le plus acharnée. Les Bavarois avaient vaillamment, mais sans succès, abordé l'ennemi. Leur général était tombé et ils commençaient à chanceler, lorsque l'arrivée de la Salamandre et de ses hommes
1 Gasette de Londres, 26 août IG'Jj; Mercure mensuel; ïHepney à Lcxington, 20 (30) août.