‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 148 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

par Dykvelt, qui accompagnait l'armée alliée comme député des États-Généraux. « Monsieur, lui dit celui-ci, il faut que vous retourniez dans la ville. Le roi d'Angleterre m'a ordonné de vous informer que vous êtes son prisonnier. » Boufflers éclata en transports de rage. Ses officiers l'entourèrent et jurèrent de mourir pour le défendre. Mais la résistance était inutile. Un fort détachement de cavalerie hollandaise arriva, et le brigadier qui le commandait demanda au maréchal son épée. Le maréchal, dans son indignation, se répandit en plaintes amères. « C'est un manque de foi infâme. Lisez les termes de la capitulation. Qu'ai-je fait pour mériter un tel affront? Ne me suis-je pas conduit en homme d'honneur? Ne devrais-je pas être traité comme tel? Mais prenez garde à ce que vous faites, Messieurs, je sers un maître qui peut me venger et qui me vengera. » — « Monsieur, je suis soldat, répondit le brigadier, mon affaire est d'obéir aux ordres qu'on me donne sans me mettre en peine des conséquences. » Dykvelt répliqua avec calme et politesse aux exclamations furieuses du maréchal. « Ce n'est qu'à regret que le roi d'Angleterre a suivi l'exemple que lui a donné votre maître. Les soldats qui composaient la garnison de Dixmude et de Deynse ont, en violation de la foi jurée, été envoyés en France comme prisonniers. Le prince qu'ils servent manquerait à son devoir envers eux s'il n'usait point de représailles. Sa Majeté aurait pu, en toute justice retenir tous les Français qui étaient dans Namur, mais il ne veut pas suivre jusque-là un précédent qu'il désapprouve. Il s'est décidé à vous arrêter seul, Monsieur; vous ne devez pas considérer comme un affront ce qui est en réalité une marque de l'estime toute particulière qu'il professe pour vous. Quel compliment plus flatteur peut-il vous taire que de montrer qu'il vous regarde comme valant à vous seul les cinq ou six mille hommes que votre souverain retient indûment en captivité? Il y a mieux, on vous permettra de vous en aller maintenant si vous me donnez votre parole d'honneur de revenir ici dans le cas où, d'ici à quinze jours, les garnisons de Dixmude et de Deynse ne seraient pas relâchées. » — « Je ne sais, répondit Bouftlers, pourquoi le roi mon maître relient ces hommes et par conséquent rien ne m'autorise à espérer qu'il les remettra en liberté. Vous avez derrière vous

une armée ; je suis seul, faites de moi ce que vous voudrez.» Il rendit son épée, retourna à Namur, et de là il fut envoyé à Huy où il passa quelques jours dans le repos et l'abondance, choisit lui-même ses promenades, et fut traité par ceux qui le gardaient avec un respect marqué. Dans le plus court délai que put mettre la poste, pour aller de l'endroit où il était retenu à la cour de France et pour en revenir, il reçut de pleins pouvoirs pour promettre que les garnisons de Dixmude et de Deynse seraient renvoyées dans leurs pays. Il fut aussitôt mis en liberté et partit pour Fontainebleau où l'attendait une réception des plus flatteuses. Il fut créé duc et pair. Pour le mettre en état de soutenir ses nouvelles dignités, le gouvernement lui alloua une somme d'argent considérable et, en présence de toute l'aristocratie de France, Louis lui adressa les plus vives félicitations et l'honora d'un embrassement affectueux'.

Dans tous les pays qui étaient coalisés contre la France , la nouvelle de la chute de Namur excita un vif enthousiasme, mais c'est surtout en Angleterre que la joie fut profonde. Pendant plusieurs générations successives, nos ancêtres n'avaient remporté sur terre aucun succès considérable contre les étrangers. Parfois, il est vrai, nous avions fourni à nos alliés de faibles corps d'auxiliaires qui avaient dignement maintenu l'honneur de la nation. Mais depuis le jour où les deux braves Talbot, père et fils, avaient succombé dans leur vain effort pour reconquérir la Guyenne, depuis ce jour jusqu'à la Révolution, il n'y avait pas eu sur le Continent une seule campagne où les Anglais eussent joué le principal rôle. A la fin nos ancêtres, après un intervalle de près de deux siècles et demi, avaient recommencé à disputer aux guerriers de la France la palme des prouesses militaires. La lutte avait été rude. Le génie de Luxembourg et la discipline supérieure des troupes de la maison de Louis l'avaient emporté dans deux grandes batailles, mais l'issue de ces deux batailles avait été longtemps douteuse; la victoire avait été chèrement achetée et le vainqueur n'avait presque rien gagné que l'honneur de rester maître du champ de carnage.

1 Boyer, Histoire du roi Guillaume 111, 1703 ; Postscriplum au Mercure mensuel, août 1693; Gazette de Londres, 9, 12 septembre; Blatbwayt à Lexington, 6 septembre ; Saint-Simon; DaDgeau.

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