‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 153 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Shrewsbury à une résidence un peu enfoncée dans la campagne, et le soir il continua sa route pour Burford. Toute la population de Burford alla au-devant de lui et le pria d'accepter un léger témoignage de son affection. Burford était alors renommé pour ses selles. Un habitant de la ville entre autres passait en Angleterre pour le meilleur sellier qu'il y eût en Europe. Deux de ses chefs-d'œuvre furent respectueusement offerts à Guillaume qui les accepta avec beaucoup de grâce et ordonna qu'on les lui réservât pour son usage spécial ».

A Oxford, il fut reçu avec une grande pompe. L'Université lui adressa en latin un discours de félicitations, lui présenta quelques-unes des plus belles productions sorties des presses de l'Académie, lui offrit un concert et l'invita à une fête somptueuse dans le théâtre Sheldonien. Mais il ne resta dans celte ville que quelques heures, donnant pour excuse de la brièveté de son séjour qu'il avait déjà vu les collèges et que cette visite était une visite, non de curiosité, mais de bienveillance. Comme on savait qu'il n'aimait pas l'université d'Oxford et qu'il n'en était pas aimé, la précipitation de son départ donna lieu à quelques bruits absurdes qui trouvèrent crédit auprès du vulgaire. On dit, par exemple, que s'il avait refusé le superbe banquet qu'on lui avait préparé, c'était parce qu'il avait reçu une lettre anonyme où on le prévenait que s'il buvait ou mangeait au théâtre, c'en serait fait de lui. Mais il est difficile de croire qu'un prince que les plus vives instances de ses amis n'avaient pu déterminer à prendre les précautions les plus communes contre des assassius, se soit laissé effrayer par une pareille invention. Il est certain, au contraire, que les étapes de son voyage avaient été marquées et qu'il ne resta à Oxford qu'autant que le lui permirent les dispositions prises antérieurement2.

A son retour dans la capitale, un magnifique spectacle, préparé à grands frais pendant son absence, l'attendait. Sidney, devenu comte de Romney et maître de l'artillerie,

1 C'est surtout aux Gazelles de Londres, aux Dépêches de L'Hermitag<\ au Journal de Narcisse Lultrell, ainsi qu'aux Lettres de Vernon, de Yai a ei deCarlwright qui se trouvent dans la Collection de Lexington que j'ai emprunlé ce récit du voyage de Guillaume.

1 Voir la lettre de Yard à Lexington, 8 novembre 1095, et la noie qu'y a joicle l'éditeur de la Collection de Lexington.

avait résolu d'étonner Londres par un spectacle tel que l'Angleterre n'en avait jamais vu sur une si large échelle. Toute l'habileté de la science pyrotechnique du département qu'il dirigeait fut mise à contribution pour produire un feu d'artifice qui pût rivaliser avec tout ce qu'avaient vu de mieux en ce genre les jardins de Versailles ou le grand canal de La Haye. Saint-James-Square fut choisi comme emplacement. La société élégante envahit les beaux hôtels des quartiers du nord, du sud et de l'ouest. Le roi se montra à la fenêtre du salon de Romney. La princesse de Danemark, son époux et sa cour occupaient une maison voisine. Tout le corps diplomatique se réunit chez le ministre des Provinces-Unies. Une immense pyramide de flammes, placée au centre de la place, lança de brillantes cascades qui illuminèrent les rues et les parcs du voisinage où se pressaient des milliers de personnes. Le correspondant des États-Généraux les informa que, malgré la foule, la nuit se passa sans le moindre désordre1.

Les Elections.

A ce moment, les élections étaient presque terminées. Dans toutes les parties du royaume, les collèges électoraux s'étaient en général montrés zélés pour la cause du roi et de la guerre. La Cité de Londres qui, en 1690, avait nommé quatre Torys, nomma, en 1G95, quatre Whigs. Une relation plus circonstanciée que d'habitude est parvenue jusqu'à nous sur les opérations électorales de Westminster. En 1690, les électeurs, dégoûtés par la clause de Sacheverell, avaient nommé deux Torys. En 1695, dès qu'on sut qu'un nouveau Parlement allait être convoqué, ils tinrent un meeting où il fut résolu qu'une députation serait envoyée auprès de deux des Commissaires de la trésorerie, Charles Montague et sir Stephen Fox, avec la mission de les inviter. Sir Walter Clarges se présentait pour les Torys. Le jour de l'élection, près de cinq mille électeurs parcoururent les rues à cheval. Ils étaient divisés en trois bandes, et à la tête de chacune d'elles marchait l'un des candidats. 11 était aisé d'apprécier d'un coup d'œil la force comparative des partis, car la caval-

' L'Hermilage, iô (2j) novembre igOj.

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