CHAPITRE III
cade qui suivait Clarges était la moins nombreuse des trois, et il était certain que ceux qui suivaient Montague voteraient pour Fox, et les partisans de Fox pour Montague. Les opérations furent interrompues par de vives clameurs. Les Whigs accablèrent d'invectives le candidat jacobite qui voulait foire aller les Anglais à la messe, leur faire manger des grenouilles et porter des sabots. Les Tories poursuivirent de huées les deux fonctionnaires du gouvernement qui, disaientils, réalisaient de grandes fortunes en pillant un malheureux pays qui gémissait sous le poids des taxes. Des paroles, les partis exaltés en vinrent aux voies de fait, et il en résulta une émeute qu'on eut quelque peine à apaiser. Puis le Grand- Bailli fit le tour des trois compagnies de cavaliers et déclara, à la simple vue, que Montague et Fox étaient dûment élus. On demanda le poil. Les Tories déployèrent une activité extrême ; ils n'épargnèrent ni l'argent ni l'encre. Clarges déboursa deux mille livres en quelques heures, et c'était là une dépense considérable dans un temps où le revenu moyen d'un membre du Parlement n'était pas estimé à plus de huit cents livres par an. Dans la nuit qui suivit cette élection, des placards remplis d'invectives contre les deux courtisans parven us qui, par leur infamie, s'étaient élevés du sein de l'obscurité et de la pauvreté à l'opulence et au pouvoir, furent répandus dans toute la capitale. L'évêque de Londres intrigua ouvertement contre le gouvernement, car les Communes n'avaient pas encore déclaré que l'intervention des Pairs dans les élections était une atteinte portée au privilège des électeurs. Mais tout fut inutile. Clarges n'avait aucun espoir de voir sortir son nom. Il se retira, et Montague fut porté sur les épaules d'une multitude immense depuis l'abbaye de Westminster jusqu'à sa résidence oflicielleà Whitehall1.
Les mêmes démonstrations eurent lieu dans beaucoup d'autres endroits. Les francs tenanciers du Cumberland donnèrent pour mandat à leurs représentants de soutenir la politique du roi et de voter tous les subsides qu'il jugerait nécessaires pour mener la guerre avec vigueur, exemple qui fut suivi par plusieurs villes et comtés 2. Russell n'arriva en
1 L'Hermitage, 25 octobre (4 novembre] 1695. 1 LTIermifage, 5 (15) novembre 1095.
Angleterre qu'après que les writsde convocation avaient été publiés, mais il n'avait qu'à choisir l'endroit qu'il voulait représenter au Parlement. Sa popularité était immense, car on ignorait ses infamies, tandis que chacun connaissait ses services publics. Il avait gagné la bataille de La Haye, il avait commandé deux ans dans la Méditerranée, il y avait tenu les flottes françaises enfermées dans le port de Toulon, et avait arrêté et mis en fuite les armées de Louis en Catalogne. Il s'était emparé d'un grand nombre de bâtiments, entre autres de deux vaisseaux de ligne, et pendant sa longue absence, dans une mer lointaine, il n'avait pas perdu un seul vaisseau soit par la guerre, soit par les éléments. Il avait fait de la croix rouge de Saint-Georges un objet de terreur pour tous les princes et pour toutes les Républiques d'Italie, et, comme résultat de ses succès, des ambassades parties de Florence, de Gênes et de Venise, étaient en route pour venir offrir à Guillaume des félicitations tardives à l'occasion de son avènement au trône. Les mérites de Russell, grossis avec art par les Whigs, firent sur le public une telle impression, qu'il fut envoyé au Parlement, non pas seulement par Portsmouth, où sa position officielle lui donnait une grande influence, ni par Cambridge, où il possédait des biens considérables, mais encore par le Middlesex. Il dut, il est vrai, cette dernière distinction au nom illustre qu'il portait. Avant son arrivée en Angleterre, on croyait généralement que deux Tories seraient élus par le comté métropolitain. Somers et Shrewsbury furent d'avis que le seul moyen de détourner un tel malheur c'était de présenter aux électeurs le nom du plus vertueux de tous les martyrs de la liberté anglaise. Ils supplièrent lady Russell de leur permettre de placer sur les rangs son fils aîné, jeune homme de quinze ans qui allait commencer ses études à Cambridge. Il n'aurait, dirent-ils, qu'à déposer pour un jour son nouveau titre de marquis de Taristock et à prendre le nom de lord Russell. Il n'aurait point de dépenses à faire, point de lutte à soutenir. Des milliers de gentilshommes à cheval l'escorteraient aux meetings. Personne n'oserait se présenter en concurrence contre lui, et non-seulement il passerait lui-même, mais encore il aiderait un autre Whig à passer. La noble veuve, dans une lettre écrite avec ce rare bon sens et celle sensibilité qui la earac-