CHAPITRE III
rogneurs était immense, il est vrai, mais chaque acte particulier de rognure était considéré comme une bagatelle. Passer dans la circulation une demi-couronne, après en avoir enlevé la valeur d'un penny d'argent, semblait une faute insignifiante, presque imperceptible. Alors même que la nation se plaignait le plus vivement de la détresse produite par l'état du crédit, tout individu puni de la peine capitale pour avoir contribué à mettre le crédit dans cet état avait la sympathie générale de son côté. Les constables hésitaient à arrêter les prévenus; les juges hésitaient à les mettre en jugement; les témoins hésitaient à dire la vérité tout entière ; les jurys hésitaient à prononcer le mot : coupable. C'était en vain qu'on prouvait au menu peuple que ceux qui mutilaient les espèces lui faisaient plus de mal que tous les voleurs de grands chemins du royaume ou que ceux qui pénétraient de force dans les maisons , car si grande que fût la somme du mal , on n'en rapportait qu'une partie infiniment petite au malfaiteur pris isolément. Il y avait donc une conspiration générale pour empêcher la loi de suivre son cours. Les condamnations, si nombreuses qu'elles puissent nous paraître, étaient rares, en définitive, comparées aux crimes : les coupables que la justice frappait se regardaient comme victimes d'un assassinat et croyaient fermement que leur péché, si péché il y avait, était aussi véniel que celui d'un écolier qui abat des noix dans le bois d'un voisin. Toute l'éloquence de l'aumônier de la prison avait rarement assez de force pour obtenir d'eux qu'ils se conformassent au salutaire usa^e de confesser, avant de marcher au gibet, l'énormité de leur crime ».
™nRc-atiV<?ment à la sympathie du public pour les rogneurs, voirie sermon s curieux que Fleelwood, ensuite évêque d'EIy, prêcha devanUe Lord-Ma.re en décembre 1694. Fleetwood l dit qu'JnePcomplaïance et comme une tendresse fatale pour ces criminels refroidissait le S des magistrats, arrêtait les officiers de police, corrompait les jurys et enchaî naît les dépositions des témoins. 11 parle de la difficulté de œnva ncre les
?ifeU|vfflêrs qu ils avaieQt mal fait- Voir aussi un sermon prêché au château d'York par George Halley, ecclésiastique de la cathédrale à des logneurs qui deva.ent être pendus le lendemain 11 parle de rimpénitencl
pour ïasf i; r,uraient hab,itueiiem^ ** ^eu^ et *" ^ s x s
ww^VlTS"™ ?Q ses,audite,urs- « s'étend sur une circonstance SSTffii^ T,me a laquelle je n au,ais Jamais Pen*ê : « Si l'on nous po a d t-, , aujourd hui, comme dans l'ancien temps, cette question : De qui tst celte image et celte inscription? il nous serait impossible de ré-
Le mal fit des progrès rapides. Bref dans l'automne de 1695, il eût élé difficile de dire que le pays possédât, pour ses transactions commerciales, une mesure quelconque de la valeur des marchandises. C'était un pur hasard si ce que l'on appelait un shelling était en réalité un ten-pence, un sixpence ou ungroat (quatre sous). Les résultats de quelques expériences qui furent faites à cette époque méritent d'être cités. Les commis de l'Echiquier pesèrent cinquante-sept mille deux cents livres d'argent fabriqué au marteau qui avaient été récemment payées auTrésor. Le poids aurait dû être de plus de deux cent vingt mille onces. Il se trouva qu'il n'atteignait pas cent quatorze mille onces '. Trois des principaux orfèvres de Londres furent invités à envoyer chacun cent livres d'argent espèces ayant cours pour qu'on vérifiât le poids dans la balance. Trois cents livres auraient dû peser environ douze cents onces. On constata qu'elles n'en pesaient que six cent vingt-quatre. On fit la même expérience dans diverses parties du royaume. On vit que cent livres qui auraient dû peser environ quatre cents onces, n'en pesaient à Bristol que deux cent quarante, à Cambridge deux cent trois, à Exeter cent quatre-vingts, et à Oxford cent seize seulement 2. Il y avait, il est vrai, dans le nord, quelques districts où la monnaie rognée ne faisait que de pénétrer. Un honnête Quaker qui habitait l'un de ces districts nous dit, dans quelques notes qu'il a laissées et qui existent encore, que lors d'un voyage qu'il fit dans les provinces du sud, les boutiquiers et les aubergistes ne revenaient point de leur étonnement à la vue des larges et lourdes demi-couronnes qu'il leur donnait en payement de ses dépenses. Ils lui demandèrent d'où il venait et où l'on trouvait une pareille monnaie. La guinée qu'il achetait pour vingt-deux shellings à Lancastre avait une valeur différente dans les divers endroits où il s'arrêtait. A son arrivée à Londres, elle valait trente shellings, et elle eût valu davantage si le gouvernement n'avait pas fixé ce taux comme le
pondre d'une manière complète. Nous pouvons bien deviner l'image, mais nous ne saurions dire de qui elle est d'après l'inscription, car tout est effacé. » Le témoignage de ces deux docteurs est conlirmé par celui de Tom. Brown qui raconte une histoire facétieuse, que je n'ose reproduire ici, au sujet d'une conversation entre l'aumônier de Nevygale et un rogneur. »
1 Lownde6. Essai cour l'amélioration des Espèces, en anjcnt, loyj.
1 L'Hermitage, J9 novembre (0 décembre) 1095.