‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 161 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

coupables qu'on rendrait la santé et la vie à son industrie et à son commerce en souffrance. L'état du crédit avait pendant quelque temps occupé la sérieuse attention de quatre personnages éminents, étroitement unis dans la vie publique comme dans la vie privée. Deux d'entre eux étaient des politiques qui, au milieu des affaires, dans le tourbillon administratif et parlementaire, n'avaient jamais cessé d'aimer et d'honorer la philosophie; les deux autres étaient des philosophes en qui l'habitude de la méditation la plus profonde n'avait point affaibli ce simple bon sens sans lequel le génie lui-même est dangereux en politique. Jamais il ne s'était présenté d'occasion qui réclamât, d'une manière plus urgente, le concours de facultés à la fois pratiques et spéculatives, et jamais le monde n'avait vu les plus hautes facultés pratiques et les plus hautes facultés spéculatives unies dans une alliance aussi intime, aussi harmonieuse et aussi honorable que celle qui attachait Somers et Montague à Locke et à Newton.

Il est profondément regrettable que nous n'ayons pas une histoire détaillée des conférences qui eurent lieu entre ces hommes auxquels l'Angleterre dut le rétablissement de son crédit monétaire et la longue série d'années prospères qui date de ce rétablissement. Il serait intéressant de voir comment à l'or pur de la vérité scientifique, découvert par les deux philosophes, les deux hommes d'État mêlèrent juste la quantité d'alliage nécessaire pour l'opération. Il serait curieux d'étudier les plans nombreux qui furent proposés, discutés et rejetés, les uns comme inefficaces, les autres comme injustes, ceux-ci comme trop dispendieux, ceux-là comme trop hasardeux, jusqu'à ce qu'enfin de ces délibérations sortit une combinaison dont la sagesse a été démontrée par la meilleure preuve qui soit au monde, c'est-à-dire par le succès.

Newton n'a laissé aucune exposition de ses idées sur la monnaie. Mais heureusement les traités de Locke sur cette matière existent encore, et l'on peut douter que dans aucun de ses écrits, même dans ces chapitres si ingénieux et si profond sur le langage qui forment peut-être la partie la plus précieuse de Y Essai sur l'entendement humain, la force de son esprit éclate d'une manière aussi admirable. On ne sait s'il fut jamais en relation avec Dudley Norlh. Sous le rapport du caractère moral, ces deux hommes avaient entre eux peu de

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traitsderessemblancc.Ilsappartenaientàdcspartisdifférents, et même si Locke n'avait point cherché en Hollande un asile contre la tyrannie, il est fort possible qu'il aurait été envoyé à Tyburn par un jury qui aurait été trié par Dudley North. Mais au point de vue intellectuel, il y avait entre le Tory et le Whig un grand nombre de points communs. Chacun d'eux avait élaboré une théorie d'économie politique qui était la même en substance que celle qu'Adam Smith développa plus tard. Et même sous certains rapports la théorie de Locke et de North était plus complète et plus symétrique que celle de leur illustre successeur. On a souvent blâmé, et avec raison, Adam Smith d'avoir soutenu, en opposition directe avec ses propres principes, que le taux de l'intérêt devait être déterminé par l'Etat, et cette erreur est d'autant plus grave que longtemps avant lui Locke et North avaient enseigné qu'il était aussi absurde de faire des lois fixant le prix de l'argent que d'en faire fixant le prix de la coutellerie ou de la draperie '.

Dudley North mourut en 1693. Peu de temps avant sa mort, il publia, sous le voile de l'anonyme, un petit traité qui contient une esquisse concise d'un plan relatif au rétablissement du crédit monétaire. Ce plan paraît avoir été en substance le même que celui qui fut plus tard développé et défendu avec tant d'habileté par Locke.

Une question qui fut sans aucun doute l'objet de longues et vives discussions, ce fut de savoir si l'on entreprendrait quelque chose tant que durerait la guerre. De quelque façon qu'on s'y prît pour relever la valeur de la monnaie métallique, il fallait faire de grands sacrifices, et ces sacrifices devaient être supportés, soit par la communauté tout entière, soit par une partie de la communauté. Or, imposer de tels sacrifices dans un moment où la nation payait déjà des taxes telles que, dix ans auparavant, aucun financier n'aurait cru le pays capable de les payer, c'était là, sans contredit, un parti plein de danger. Les politiques timorés étaient pour qu'on attendît; mais la conviction pro-

1 11 no faut pas oublier, à l'honneur d'Adam Smith, qu'il fut entièrement converti par la Défense de l'Usure do Bentham, et qu'il reconnut, avec une candeur dgne d'un vrai philosophe, que la doctrine exposée dans la Richesse des Rations était erronée.

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