CHAPITRE III
pour les compter et les peser, puis on les aurait remises en circulation, et la refonte des monnaies se fût opérée graduellement et sans que le commerce eût été suspendu ou troublé d'une manière sensible. Mais ces grands avantages étaient balancés par des hasards que Somers était préparé à braver, mais devant lesquels il n'est pas étonnant que des politiques d'un caractère moins élevé aient reculé. Le parti qu'il conseillait à ses collègues était, il est vrai, le meilleur pour le pays, mais non pour les ministres. Son plan ne pouvait réussir qu'à la condition d'être exécuté immédiatement, et cette exécution immédiate était impossible s'il fallait au préalable demander et obtenir la sanction du Parlement, et prendre une mesure d'une si haute importance sans la sanction préalable du Parlement, c'était s'exposer à la censure, à la mise en accusation, à l'emprisonnement, à la ruine. Le roi et le Lord-Chancelier furent seuls de leur avis dans le Conseil. Montague lui-même faiblit, et ce que l'on décida, fut de ne rien faire sans l'autorisation de la Législature. Montague se chargea de soumettre aux Communes un projet qui n'était point, il est vrai, sans inconvénients ni sans danger, mais qui était probablement le meilleur qu'il pût espérer de faire triompher.
Réunion du Parlement. — Dévouement de la Chambre des Communes.
Le 22 novembre, les Chambres se réunirent. Ce jour-là Foley fut de nouveau élu Speaker. Le lendemain , il fut présenté et sa nomination approuvée. Le roi ouvrit la session avec un discours fort habilement conçu. Il félicita ses auditeurs du succès de la campagne sur le Continen t. Ce succès, il l'attribua, dans un langage qui dut satisfaire leur patriotisme, à la bravoure de l'armée anglaise. 11 parla des maux qu'avait engendrés le déplorable état des espèces et de la nécessité d'y appliquer un prompt remède. Il exprima d'une manière trèscette son opinion que les frais du rétablissement du crédit monétaire devaient être supportés par l'Etat, mais il déclara qu'il s'en rapportait à la sagesse de son Grand Conseil. Avant de terminer, il s'adressa tout particulièrement à la Chambre des Communes nouvellement élue et approuva avec chaleur l'excellent choix que la nation avait fait. Ce discours provoqua des deux côtés de la barre un murmure d'assenti-
ment très-significatif, quoique faible, et le public ne l'accueillit pas moins favorablement que le Parlement ». Dans les Communes, une adresse de remercîments fut proposée parWharton, faiblement combattue par Musgrave, adoptée sans division et portée par la Chambre entière à Kensington. Au palais, le dévouement de tous les gentilshommes se manifesta d'une manière qu'on jugerait aujourd'hui peu compatible avec la gravité sénatoriale. Des rafraîchissements ayant été portés à la ronde dans l'antichambre, le Speaker remplit son verre, proposa deux toasts, à la santé du roi Guillaume et à la confusion du roi Louis, et ces deux toasts furent bus au milieu de vives acclamations. Et cependant en les observant de près, on aurait pu voir que, bien que les représentants de la nation fussent en masse zélés pour la liberté civile et pour la religion protestante1, prêts à tout endurer plutôt que de voir leur patrie réduite de nouveau à un état honteux de vasselage, ils étaient inquiets et découragés. Tous pensaient à l'état des espèces ; tous disaient qu'il fallait faire quelque chose, et tous avouaient qu'ils ne savaient pas ce qu'il y avait à faire. « Je crains, disait un membre qui ne faisait qu'exprimer le sentiment général, que la nation ne puisse supporter ni le mal ni le remède 2.
Mais il y avait une minorité qui envisageait avec un malin plaisir les difficultés et les dangers de cette crise, et le chef le plus acerbe, le plus hardi et le plus factieux de cette minorité, était Howe que la pauvreté avait rendu plus acrimonieux que jamais. Il fit la motion que la Chambre se formât en comité pour examiner l'état de la nation, et le ministère, car désormais c'est un mot qu'on peut employer, y consentit avec empressement. A vrai dire, cette grande question du crédit monétaire ne pouvait être portée devant un tribunal plus compétent que ce comité. Lorsque le Speaker eut quitté le fauteuil, Howe déclama contre la guerre avec autant de violence qu'il avait autrefois déclamé dans le sens contraire. 11 demanda la paix, la paix à tout prix. La nation, dit-il , ressemble à un
' Procès-Verbaux des Communes, 22, 23, 56 novembre 1695; L'Hermitage, 26 novembre (6 décembre).
1 Procès-Verbaux des Communes, 26, 27, 28, 29 novembre 1695; l.'llriniiUi^e, 20 novembre (0 décembre), 29 novembre (9 décembre) 3 (13) décembre.