‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 164 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

blessé qui combat en désespéré et dont le sang coule à flots. Pendant quelque temps, le courage peut soutenir le corps , mais la faiblesse ne tarde pas à venir. Il n'y a point d'énergie morale qui puisse tenir longtemps contre l'épuisement physique. Howe trouva peu d'appui. La grande majorité de ses auditeurs étaient fermement résolus à tout livrer au hasard plutôt qu'à se soumettre à la France. Les railleurs tirent remarquer à l'orateur tory que c'était l'état de ses propres finances qui lui avait suggéré l'image de l'homme perdant la vie avec son sang , et que si on lui administrait à luimême un cordial sous la forme d'un salaire, il s'inquiéterait peu de savoir si les veines de l'Etat étaient desséchées ou non. «Nous ne nous sommes pas humiliés, dirent les orateurs whigs, jusqu'à implorer la paix lorsque notre pavillon était chassé de ce canal qui nous appartient, lorsque la flotte de Tourville était à l'ancre à Torbay, lorsque l'Irlande était soulevée contre nous, lorsque chaque courrier des Pays- Bas nous apportait la nouvelle d'un désastre, lorsque nous avions à lutter contre le génie de Louvois dans le cabinet, et de Luxembourg sur le champ de bataille. Et c'est aujourd'hui que nous irions nous abaisser au rôle de suppliants quand les flottes ennemies n'osent pas même se montrer dans la Méditerranée, quand nos armes sont victorieuses sur le Continent, quand Dieu nous a délivrés du grand homme d'Etat et du grand Capitaine dont les talents ont si longtemps déjoué nos efforts, et quand la faiblesse de l'administration française indique, de manière à ne point s'y méprendre, l'ascendant pris par une favorite ? » La motion de Howe fut repoussée avec mépris, et le Comité passa ensuite à la prise en considération de l'état de la monnaie *.

Controverse au sujet du crédit.

Sur ces entrefaites, les presses nouvellement émancipées de la capitale travaillaient sans relâche. On voyait à l'étalage des libraires une foule de pamphlets et de brochures sur la monnaie; on les jetait même dans les mains des membres du Parlement, quand ils passaient dans les couloirs. L'une

' Procès-Verbaux des Communes, 28, 29 novembre 1095 ; L'IIermilage, 3(l3)déaMubie. 6

des plus curieuses et des plus amusantes de ces pièces nous dépeint Louis et ses ministres comme en proie aux plus vives alarmes. Ils tremblent que l'Angleterre ne devienne le pays le plus riche du monde en s'avisant de l'expédient bien simple d'appeler nine-pence un shelling, et prédisent avec assurance que si l'on maintient l'ancien étalon, il y aura une nouvelle révolution. Quelques écrivains repoussaient avec énergie l'idée de faire supporter au public les frais du rétablissement du crédit monétaire. D'autres pressaient le gouvernement de saisir cette occasion d'assimiler la monnaie d'Angleterre à la monnaie des nations voisines. Tel publiciste proposait de frapper des florins, tel autre des dollars ».

Travaux du Parlement sur la question du crédit.

Dans l'enceinte du Parlement, les débats continuèrent avec vivacité pendant plusieurs jours. A la fin, Montague, après avoir battu d'abord ceux qui voulaient qu'on laissât les choses dans le statu quo jusqu'à la paix, puis ceux qui demandaient le shelling réduit, fit passer onze résolutions qui contenaient l'exposé de son plan. Il fut résolu que la monnaie du royaume serait frappée de nouveau d'après l'ancien titre de poids et de qualité ; que toutes les nouvelles pièces seraient fabriquées au moulinet ; que la perte sur les espèces rognées serait supportée par le public ; qu'un délai serait fixé, passé lequel la monnaie rognée ne passerait pas, excepté dans les payements faits au gouvernement, et qu'un délai plus long serait déterminé après lequel les espèces rognées ne passeraient plus du tout. On ne sait au juste quels votes par division eurent lieu dans le comité. Lors du rapport sur les résolutions, il y eut une division. Ce fut sur la question

'L'Hermitage, 22 novembre (2 décembre) 1695; Extrait des Consultations et des Débats entre le roi de France et son conseil au sujet de la nouvelle monnaie qu'il est question d'introduire en Angleterre, envoyé en confidence de la cour de France par un ami des confédérés à son frère à Bruxelles, 12 décembre 1695; Discours sicr les notions générales sur la monnaie; Commerce et Bourse, par M. Clément de Bristol; Lettre d'un marchand anglais d'Amsterdam à son ami de Londres ; Fond, à l'effet do conserver et d'alimenter notre monnaie; Fssai pour régler la monnaie, par A. V. Fond à l'effet de fournir à Sa Majesté 1,200,000 livres en réform.int la monnaie sans loucher toutefois à l'ancien étalon du royaume. Tel est le spécimen des traités qui furent disliibués dans cette circonstance parmi les membres du Parlement.

de savoir si l'ancien titre de poids serait maintenu. Il y eut 114 non contre 225 oui l.

La Chambre ordonna qu'un bill basé sur ces résolutions lui fût présenté. Quelques jours plus tard, le chancelier de l'Echiquier expliqua aux Communes, dans un comité des voies et moyens, le plan au moyen duquel il se proposait de faire face aux dépenses de la refonte des monnaies. Il était impossible d'estimer avec précision la dépense qu'entraînerait la nécessité de combler le déficit qui serait créé par la monnaie rognée. Mais il était certain qu'il faudrait douze mille livres au moins. La Banque d'Angleterre se chargea d'avancer cette somme sur de bonnes garanties. C'était une maxime admise parmi les financiers qu'aucune des garanties que le gouvernement pouvait offrir ne valait celle du vieil impôt sur les cheminées. Cette taxe, odieuse à la grande majorité de ceux qui la payaient, excitait les regrets de la Trésorerie et de la Cité. Il vint à l'esprit du chancellier de l'Echiquier qu'il serait possible d'établir un impôt sur les maisons qui ne serait ni moins productif ni moins certain que l'impôt sur les feux, mais qui pèserait moins lourdement sur le pauvre, et qui se percevrait par un procédé moins vexatoire. On ne pouvait s'assurer du nombre des cheminées dans une maison sans recourir aux visites domiciliaires. Les fenêtres, au contraire, un percepteur pouvait les compter sans franchir le seuil. Montague proposa que les habitants des chaumières qui avaient été en butte, de la part des gens chargés de percevoir l'impôt sur les cheminées, à mille persécutions, fussent complètement exemptés de la nouvelle taxe. Son plan fut approuvé par le comité des voies et moyens et sanctionné par la Chambre sans division. Telle fut l'origine de la taxe sur les fenêtres, taxe qui fui un grand mal sans doute, mais qui doit être considérée comme un bienfait quand on la compare au fléau dont il délivra la nation 2.

Jusque-là tout s'était parfaitement passé, mais à ce moment éclata une crise qui mil à une rude épreuve l'habilité des pilotes chargés de la conduite du vaisseau de l'Etat. La nouvelle que le Parlement et le gouvernement étaient réso-

1 Proiès-Verbaur des Communes, 10 décembre 1695 ; L'Hermitage, 3 (13), 6 (10), 10 (20) décembre ,6y5. • Procès-Verbaux des Communes, 13 décembre 1695.

lus à accomplir une réforme dans la monnaie produisit dans la multitude ignorante une véritable panique. Chacun voulut se débarrasser de ses couronnes et demi-couronnes rognées, et personne ne voulut les prendre. Il y eut dans la moitié des rues de Londres des mêlées, presque des émeutes. Les Jacobites, toujours pleins de joie et d'espérance au jour de l'adversité et du danger public, couraient partout cherchant avidement des nouvelles et colportant bruyamment leurs commentaires. Ils buvaient publiquement à la santé du roi Jacques dans les tavernes et dans les cabarets. Un grand nombre de membres du Parlement qui jusqu'alors avaient appuyé le gouvernement commencèrent à fléchir, et pour que rien ne manquât aux difficultés de la situation, une dispute sur une question de privilège s'éleva entre les deux Chambres. Le Bill sur la Refonte des monnaies, rédigé conformément aux résolutions de Montague, avait été porté à la Chambre des Fairs, puis en était revenu avec certains amendements que, dans l'opinion des Communes, leurs Seigneuries n'avaient pas le droit de faire. La situation était trop grave pour supporter aucun retard. Montague présenta un nouveau bill qui, en réalité, n'était que son premier bill modifié sur quelques points pour complaire aux Lords. Ceux-ci, bien que n'étant pas parfaitement satisfaits du nouveau bill, le votèrent sans modification nouvelle, et le roi y donna immédiatement sa sanction. Le 4 mai, date dont on se souvint longtemps dans tout le royaume et surtout dans la capitale, fut fixé comme le jour à partir duquel le gouvernement cesserait de recevoir la monnaie rognée en payement des taxes '. Les principes de l'acte relatif à la refonte des monnaies sont excellents. Mais quelques-uns des détails tant de cet acte que de l'acte supplémentaire qui fut passé à une période plus reculée de la session semblent prouver que Montague n'avait point suffisamment réfléchi à ce que peut et à ce que

* Stat. 7. Gai. 3, ch. I; Procès-Yerbaua des Lords et des Communes; L'Hermilage, 31 décembre (10 janvier), 7 (17). «0 (20), 14 (24) janvier 1696. L'Herniitage décrit en termes énergiques l'extrême inconvénient causé par la querelle survenue entre les deux Chambres : « La longueur qu'il y a dans celte affaire est d'autant plus désagréable qu'il n'y a point de sujet sur lequel le peuple eu général puisse souffrir plus d'incommodité, puisqu'il n'y a personne qui, à tous moments, n'ave occasion de l'esprouver. »

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