CHAPITRE III
ne peut pas faire la législation. Par exemple, il persuada au Parlement d'édicter une peine contre quiconque donnerait ou prendrait plus de vingt-deux shellings pour une guinée. On peut affirmer hardiment que cette clause ne fut ni suggérée ni approuvée par Locke. Il savait bien que le haut prix de l'or n'était pas le mal qui affligeait l'Etat, mais simplement un des symptômes de ce mal , et que la baisse du prix de l'or suivrait inévitablement la refonte de l'argent sans qu'il fût au pouvoir du gouvernement ou du génie de l'homme de la lui faire précéder. En fait, il ne paraît pas que cette pénalité ait produit aucun effet, en bien ou en mal. Jusqu'à ce que l'argent fabriqué au moulinet fût en circulation, la guinée continua, en dépit de la loi, à passer pour trente shellings. Lorsque l'argent fabriqué au moulinet devint abondant, la guinée tomba, non à vingt-deux shellings , ce qui était le prix le plus élevé fixé par la loi, mais à vingt- un shellings et six pence1.
Dans le commencement de février, la panique qu'avaient causée les premières discussions sur le crédit se calma, et depuis ce moment jusqu'au 4 mai, le manque d'argent ne se fit pas trop sévèrement sentir. La refonte commença. Les fourneaux furent construits dans le jardin situé derrière la Trésorerie , et chaque jour de vastes monceaux de couronnes et de shellings rognés et défigurés furent convertis en lingots massifs qui étaient aussitôt envoyés à la monnaie à la Tour2.
Au sort de la loi qui reforma la monnaie était intimement lié celui d'une autre qui, pendant plusieurs années, avait été soumise à l'examen du Parlement et qui, plus d'une fois, avait occasionné de vives querelles entre la branche héréditaire et la branche élective de la législature. La session était à peine commencée que le bill ayant pour objet de régler la forme de procédure dans les cas de haute trahison fut de nou-
1 La preuve que Locke ne fut pour rien dans la tentative de Montague à l'effet de faire baisser le prix de l'or au moyen des lois pénales , je la tire d'un passage où il répond aux plaintes de Lowndes sur le haut prix des guinées : « Le seul remède, dit Locke, à ce mal, comme à beaucoup d'autres, c'est de mettre un terme à la circulation de la monnaie rognée ou par la valeur. — Nouvelles considérations de Locke : — La pénalité fut ainsi qu'on devait s'y attendre, inefficace ; c'est ce qui résulte de plusieurs passages des Dépêches de L'Hermilage et même des Brefs Mémoires de Ilaynes, bien que Haynes fût un chaud partisan de Montague.
' L'Ucrmitage, H (-24) janvier 1G9G.
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veau déposé sur le bureau de la Chambre des Commune?. On ne sait rien des débats auxquels il donna lieu, à l'exception d'un fait intéressant que la tradition nous a conservé. Parmi ceux qui parlèrent en faveur du bill, se fit remarquer un jeune Whig d'une naissance élevée, d'une fortune considérable et d'un grand talent naturel qu'une étude assidue avait encore développé. C'était Antony Ashley Cooper, Lord Ashley, fils aîné du deuxième comte de Shaftesbury et petit-fils de cet homme d'Etat célèbre qui, sous le règne de Charles II, avait été, dans un temps, le plus corrompu des ministres, et, dans un autre, le plus corrompu des démagogues. Ashley avait été envoyé au Parlement par le bourg de Poole et était alors dans sa vingt-cinquième année. Au milieu de son discours il hésita, balbutia et sembla perdre le fil de son raisonnement. La Chambre aussi indulgente alors qu'elle l'est aujourd'hui pour les débutants et sachant bien que la première fois que l'on se produit en public, l'hésitation qui est l'effet de la modestie et de la sensibilité donne autant d'espérances pour l'avenir que la volubilité du débit et l'aisance des manières, l'encouragea à continuer. « Quel meilleur argument, Monsieur, dit le jeune orateur recouvrant sa présence d'esprit, puis-je produire en faveur de ce bill que ce qui vient de m'arriver? Ma fortune, ma réputation, ma vie ne sont point en jeu. Je m'adresse à un auditoire dont la bienveillance est laite pour m'inspiter du courage , et cependant une simple émotion physique, un simple manque d'habitude à parler à de grandes assemblées m'a fait perdre la mémoire ; je suis incapable de poursuivre mon argument. Quel doit donc être le sort d'un pauvre homme qui, n'ayant jamais ouvert la bouche en public, est obligé de répondre, sans avoir un moment pour se préparer, aux avocats les plus habiles et les plus expérimentés du royaume, et dont les facultés sont paralysées encore par la pensée que, s'il ne réussit pas à convaincre ses auditeurs, il expirera quelques heures après sur un gibet et ne laissera à ceux qui lui sont le plus chers que la misère et l'infamie ? » On peut soupçonner et non sans raison, h notre avis, que la confusion d'Alisley était une petite comédie dont il avait soigneusement étudié et préparé l'effet. Son discours n'en lit pas moins une profonde impression et excita probablement des espérances qui ne se