‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 167 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mot que l'on pût interpréter comme interdisant au roi la liberté absolue d'aliéner une partie quelconque des domaines de la couronne. La libéralité de Guillaume envers ses compatriotes, tout en excitant un vif mécontentement, ne provoqua donc tout d'abord aucune plainte de la part du Parlement. Mais le roi finit par aller trop loin. En 1695, il ordonna aux Lords de la Trésorerie de formuler un brevet qui accordait à Portland un magnifique domaine dans le Denbighshire. Ce domaine valait, disait-on, plus de cent mille livres. Le revenu annuel ne pouvait donc en être inférieur à six mille livres, et la rente réservée chaque année à la couronne n'en était que de six livres et huit pence. Toutefois, ce n'était pas là le pire. A cette propriété étaient attachées d'une manière inséparable des prérogatives royales fort étendues, que la partie du nord du pays de Galles ne pouvait souffrir dans les mains d'un sujet. Plus d'un siècle auparavant, Elisabeth avait fait don à son favori Leicester d'une partie du même territoire. A cette occasion, la population de Denbighshire avait pris les armes ; puis, après un violent tumulte et quelques exécutions, Leicester avait jugé plus sage de rendre à sa maîtresse son présent. L'opposition contre Portland fut moins violente, mais tout aussi efficace. Quelques-uns des principaux gentilshommes de la principauté adressèrent de vives représentations aux ministres par les mains desquels devait passer le brevet, et portèrent ensuite cette affaire devant la Chambre-Basse. Celle-ci vota à l'unanimité une adresse où elle priait le roi de révoquer la concession. De son côté, Portland ne voulut pas encourir le reproche d'être la cause d'une querelle entre son maître et le Parlement, et le roi, malgré la mortification profonde qu'il en ressentit, dut céder au désir général de la nation '.

Cette malheureuse affaire, bien qu'elle ne dégénérât pas en querelle ouverte, laissa des deux côtés de l'amertume. Le

1 Procès-Verbaux des Communes, 14, 17, 53 janvier 1696; L'Hermitage, 14 (24) janvier ; Gloria Cambriœ ou Discours d'un hardi Breton (anglais) contre unprince de Galles hollandais, 1702 ; Vie de feu l'honorable Robert Price, elc. , 1734. Price était le hardi Breton dont le discours qui ne fut, je crois, jamais prononcé, fut imprimé en 1702. Il eût mieux mérité cette épilliète de hardi, s'il eût publié ses impertinences du vivant de Guillaume. La Vie de Price est une œuvre misérable, pleine d'erreurs et d'anacbronisines.

roi fut irrité contre les Communes et plus encore contre les ministres whigs qui n'avaient pas osé défendre la concession faite par lui à Portland. L'affection loyale que le Parlement lui avait témoignée pendant les premiers jours de la session s'était visiblement refroidie, et il était presque aussi impopulaire qu'il l'avait jamais été quand un événement survint qui lui ramena soudainement les cœurs de ses sujets et le rendit pour un temps l'idole de la nation tel qu'il l'avait été à la fin de 1688'.

Organisation de deux complots jacobites.

Le projet d'assassinat qui avait été formé au printemps précédent avait été abandonné par suite du départ de Guillaume pour le continent. Quant au projet d'insurrection formé dans le cours de l'été, les conjurés y avaient renoncé faute de secours de la France. Mais avant la lin de l'automne ces deux projets furent repris. Guillaume était de retour en Angleterre, et la possibilité de se débarrasser de lui, à l'aide du pistolet ou du poignard, fut de nouveau sérieusement mise en discussion. Les troupes françaises étaient rentrées dans leur quartier d'hiver, et la force que Charnock avait en vain demandée, quand le canon grondait autour de la forteresse de Namur, pouvait maintenant lui être fournie sans inconvénient. Un complot fut donc organisé, plus formidable qu'aucun de ceux qui eussent jusqu'alors menacé le trône et la vie de Guillaume, ou plutôt, ainsi que cela est arrivé plus d'une fois dans notre histoire, deux complots se formèrent à la fois dont l'un était compris dans l'autre. Le complot le plus vaste consistait dans une insurrection ouverte, insurrection qui devait être appuyée par une armée étrangère. Presque tous les Jacobites marquants y étaient plus ou moins engagés. Les uns fournirent des armes, les autres achetèrent des chevaux, d'autres donnèrent la liste des serviteurs et des tenanciers dans lesquels on pouvait placer une ferme confiance. Les membres les moins belliqueux du parti le servirent à leur façon, en buvant des ra-

' L'Hermitage mentionne le changement défavorable qui s'était fait dans l'humeur de la Chambre des C - al Oui laume y fait fréquemment

allusion dans ses lettres à Heinsius, -:\. [81) janvier lO'JO, 18 janvier (7 février).

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