‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 168 sur 246 · CHAPITRE III. 3G · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 3G

sades à la santé du roi qui était de l'autre côté de l'eau, et en faisant entendre, par des mouvements d'épaules significatifs et des confidences mystérieuses, que Sa Majesté ne serait plus longtemps encore de l'autre côté de l'eau. On fit partout la remarque que les mécontents avaient l'air plus discrets que d'habitude quand ils étaient sobres, et qu'ils se livraient à plus de fanfaronnades qu'à l'ordinaire quand ils étaient ivres1. L'autre complot avait pour but l'assassinat de Guillaume ; mais un petit nombre seulement d'affidés, spécialement choisis à cet effet, avait été mis dans la confidence.

Complot de Berwick.

Chacun de ces complots était sous la direction d'un chef envoyé exprès de Saint-Germain. La mission la plus honorable était confiée à Berwick. Il était chargé de communiquer avec la noblesse et la bourgeoisie jacobite, de s'assurer des forces qu'elles pouvaient mettre en campagne et de fixer le jour du soulèvement. Il était autorisé à leur déclarer que le gouvernement français était en train de rassembler à Calais des troupes et des transports, et qu'aussitôt qu'on aurait reçu dans cette ville la nouvelle que l'insurrection avait éclaté en Angleterre, son père s'embarquerait avec douze mille vétérans et serait en quelques heures au milieu des partisans de Jacques.

Complot relatif à l'assassinat. — Sir George Barclay.

Un rôle plus hasardeux était assigné à un émissaire d'un rang moins élevé, mais d'une adresse, d'une activité et d'un courage remarquables. C'était sir George Barclay, gentilhomme écossais , qui avait servi avec distinction sous Dundee et qui, lorsque la guerre dans les Hautes-Terres fut finie, s'était retiré à Saint-Germain. Barclay fut appelé dans le cabinet du roi et reçut de la bouche même de Jacques ses instructions. Il eut ordre de traverser la Manche et de se rendre à Londres. On lui dit qu'un petit nombre d'officiers et de soldats ne tarderaient pas à le suivre par groupes de deux

' On remarqua pend.nl quelque temps, dit Van Cleverskirke, la gaieté dos Jacobites, 25 lévrier (6 mars) 1696.

et de trois. Afin qu'il n'eût point de peine à les reconnaître il devait, tous les lundis et les jeudis, se promener dans la place de Covent-Garden, après la tombée de la nuit, avec un mouchoir blanc sortant de la poche de son habit. On lui remit une somme d'argent considérable avec une commission qui était non -seulement signée, mais écrite en entier de la main de Jacques. Cette commission autorisait le porteur à faire, de temps à autre, contre le prince d'Orange et les adhérents de ce prince, tels actes d'hostilités qui seraient le plus utiles au service du roi. Nous ne savons quelle explication verbale Jacques donna de ces paroles si larges.

De peur que l'absence de Barclay à Saint-Germain n'excitât quelques soupçons, on donna à entendre que sa manière de vivre relâchée avait obligé à le confier aux soins d'un médecin de Paris1. Il partit avec huit cents livres dans son porte-manteau, se dirigea en toute hâte vers la côte et s'embarqua à bord d'un corsaire que les Jacobites employaient pour faire un service de postes régulier entre la France et l'Angleterre. Ce vaisseau le transporta dans un endroit désert des marais de Romney. A un mille environ du lieu où il débarqua, habitait dans un marécage solitaire et malsain où il n'avait d'autres voisins qu'un petit nombre de misérables bergers, un contrebandier nommé Hunt. Sa demeure était on ne peut mieux située pour un trafic de contrebande dans les guerres avec la France. Plus d'une fois des cargaisons de soieries de Lyon et de dentelles de Valenciennes, suffisantes pour charger, trente bêtes de somme, avaient été débarquées dans cette triste solitude sans attirer L'attention. Mais depuis la Révolution, Hunt s'était aperçu que de toutes les cargaisons, les cargaisons de traîtres étaient celles qui rapportaient le plus. Son réduit solitaire devint le rendezvous de personnages jouissant d'une haute considération, de comtes et de barons, de chevaliers et de docteurs en théologie. Quelques-uns d'entre eux logèrent plusieurs jours sous son toit en attendant passage. Une poste clandestine fut établie entre sa maison et Londres. Les courriers ne faisaient qu'aller et venir; ils accomplissaient leur voyage de Londres au marécage de Romney , et des marécages de

' Déposition d'Harris, 28 mars ÎG'JG.

Page 1