CHAPITRE III
avait vu lui-même quelques-uns de ces hommes avant leur départ de Saint-Germain, leur avait donné de l'argent pour leur voyage, leur avait dit sous quel nom chacun devait passer en Angleterre, leur avait commandé d'obéir aux instructions qu'ils recevraient de Barclay, leur avait indiqué dans quel endroit ils trouveraient Barclay et à quels signes ils le reconnaîtraient l. Ils eurent ordre de partir par faibles détachements et d'assigner différentes raisons à leur départ. Les uns se dirent malades, les autres fatigués du service. Cassels, l'un des plus turbulents et des plus dissolus de la bande, annonça que, puisqu'il ne pouvait obtenir d'avancement dans la carrière militaire, il allait entrer au Collège des Ecossais et étudier pour embrasser une profession libérale. C'est sous des prétextes de ce genre qu'environ vingt liommes sûrs quittèrent le palais de Jacques, se dirigèrent sur Londres par le marais de Romney, et trouvèrent leur Capitaine qui se promenait sous le réverbère obscur de la Dlace de Covent-Garden, avec le mouchoir sortant de sa ooche. L'un de ces hommes était Ambroise Rookwood qui ivait le grade de brigadier et qui jouissait, pour son courge et sa probité, d'une haute réputation. Un autre était le najor Jean Bernardi, aventurier d'extraction génoise, dont e nom a dû une triste célébrité à un genre de supplice dont 'étrange durée a excité l'horreur d'une génération qui ne mouvait se souvenir de son crime 2.
j C'est dans ces aventuriers venus de France que Barclay )laçait sa principale confiance. Une fois, dans un moment l'exaltation, il les appela ses janissaires, et exprima l'es- >oir qu'ils lui procureraient la croix de Saint-Georges et la larretière. Mais il fallait vingt assassins de plus pour le moins, .es conspirateurs s'attendaient probablement à une aide énergique de la part de sir John Friend, qui avait reçu une ommission de colonel signée de Jacques, et qui avait déiloyé une extrême activité pour enrôler des hommes et ournir des armes pour le jour où les Français paraîtraient ur la côte de Kent. Barclay lui confia son projet; mais sir ohn le trouva si imprudent et tellement de nature à attirer
1 Déposition de Harris.
' Déposition doHanis. Il ne faut pas se liera l'autobiographie de Ber-
sur la bonne cause la honte et le malheur, qu'il se refusa à prêter son concours à ses amis tout en gardant leur secret religieusement *. Charnock se chargea de trouver huit individus fidèles et déterminés. Il communiqua son dessein à Porter, mais Barclay ne l'approuva qu'à demi; il pensait, en effet, qu'un braillard de taverne, qui avait été mis récemment en prison pour avoir poussé dans les rues, en état d'ivresse, des houras en l'honneur du prince de Galles, n'inspirait pas assez de confiance pour qu'on lui confiât un secret d'une si haute importance. Porter entra dans le complot avec enthousiasme, et promit d'y faire entrer d'autres individus dont on n'aurait qu'à se louer. Au nombre de ceux dont il s'assura les services, était son domestique, Thomas Keyes. Ce dernier était un conspirateur plus redoutable qu'on aurait pu s'y attendre d'après sa condition sociale. Les troupes de la maison royale étaient en général dévouées à Guillaume, mais il s'était glissé parmi les Bleus un sentiment de désaffection. Les chefs de la conspiration avaient déjà travaillé quelques catholiques romains de ce régiment, et Keyes était parfaitement propre à jouer un rôle dans cette œuvre, car il avait servi autrefois comme trompette dans ce corps, et, bien qu'il eût quitté le service, il avait conservé des relations avec quelques-uns des anciens soldats en compagnie desquels il avait vécu à discrétion chez les fermiers du Somersetshire après la bataille de Sedgemoor.
Parkyns, qui était vieux et goutteux, ne pouvait prendre part en personne à l'exécution du complot, mais il s'employa à procurer des chevaux, des selles et des armes à ses complices plus jeunes et plus actifs. Dans cette partie de sa tâche, il fut assisté par Charles Cranbume. Cet individu avait longtemps servi de courtier entre les conspirateurs jacobites et la population employée dans la fabrication de la coutellerie et des armes à feu. Barclay donna des ordres particuliers pour que les épées fussent faites de manière à percer plutôt qu'à balafrer. Barclay enrôla lui-même Edouard Lowick, qui avait servi comme major dans l'armée irlandaise, et qui, depuis la capitulation de Limerick, avait vécu à Londres dans l'obscurité. Le moine, qui avait éié le
' Voir son procès.