CHAPITRE III
premier confident de Barclay lui recommanda deux papistes remuants, Boichaud Fichet et Christophe Kinghtley, et cette recommandation fut jugée suffisante. Kinghtley amena Edouard King, gentilhomme catholique romain, d'un caractère inquiet et ardent, qui procura à son tour l'assistance d'un joueur et d'un bravache français, nommé Delarue '.
En attendant, les chefs de la conspiration avaient de fréquentes réunions dans les tavernes dont ils étaient sûrs, afin d'arrêter un plan d'opération. Plusieurs combinaisons furent proposées , adoptées , puis après un mûr examen , abandonnées. Une fois on pensa qu'une attaque sur Kensington- House, au milieu de la nuit, pourrait réussir. Il était facile d'escalader le mur extérieur. Si quarante hommes armés pouvaient s'introduire dans le jardin, le palais serait bientôt emporté d'assaut ou livré aux flammes. Quelques-uns furent d'avis qu'il vaudrait mieux frapper le coup un dimanche lorsque Guillaume sortait de Kensington pour assister au service divin dans la chapelle du palais de Saint-James. Les meurtriers pourraient se réunir près de l'endroit où s'élèvent maintenant Apsley-House et Hamilton-Place. Juste au moment où le carrosse royal débouchait de Hyde-Park et allait entrer dans ce qui porte aujourd'hui le nom de Green- Park, trente des conspirateurs bien montés pouvaient tomber sur les gardes. Ceux-ci n'étaient ordinairement que vingtcinq. Ils seraient pris complètement par surprise, et la moitié probablement d'entre eux seraient tués à coups de pistolet ou sabrés avant d'être en état de riposter. Pendant ce tempslà, dix ou douze hommes résolus, à pied, arrêteraient le carrosse, en tirant sur les chevaux, et expédieraient alors le roi sans difficultés. A la fin on donna la préférence à un plan dont Fisher avait fourni l'idée et que Porter organisa dans ses détails. Guillaume était dans l'habitude de sortir tous les samedis de Kensington pour aller chasser dans Richmond- Park. Il n'y avait point alors de pont sur la Tamise entre Londres et Kingston. Pour aller sur les bords du fleuve, le roi traversait donc Turnham-Green dans sa voiture, escortée par quelques-uns de ses gardes du corps. Là, il prenait un
' Dépositions de Fisher, de Kinghtley et de Delarue; Procès de Cranborne.
bateau, passait l'eau et trouvait un autre carrosse et un autre détachement de gardes prêts à le recevoir sur la rive de Surrey. Le premier carrosse et le premier détachement de gardes attendaient son retour sur la rive du Nord. Les conspirateurs s'assurèrent avec une grande précision de l'ordre qui présidait à ces voyages et examinèrent avec soin le terrain des deux côtés de la Tamise. Ils pensèrent qu'ils auraient plus d'avantage à attaquer le roi sur la rive du Middlescx que sur celle de Surrey, et à son retour de la chasse plutôt qu'en y allant; car, lorsqu'il y allait, il était souvent accompagné jusqu'à la Tamise par une suite considérable de lords et de gentlemen, tandis qu'en revenant il n'avait que ses gardes autour de lui. On convint de l'endroit et du moment. L'endroit devait être un sentier étroit et tortueux qui conduisait du lieu où le roi mettait pied à terre à Turnham-Green. Cet endroit se voit encore; depuis, le sol a été desséché au moyen de tranchées, mais au xvne siècle c'était une fondrière où le carrosse royal ne marchait qu'au pas et d'où il se tirait avec peine. Le moment, ce fut l'après-midi du samedi 15 février. Ce jour-là, les quarante devaient se réunir, par petits détachements, dans les tavernes du voisinage près de Turnham-Green. Quand on donnerait le signal de l'approche du carrosse, ils devaient monter à chevalet se rendre à leurs postes. Lorsque la cavalcade serait arrivée au sentier désigné, Charnock devait attaquer les gardes par derrière, Rookwood et Porter chacun sur un des tlancs. De son côté, Barclay, avec huit hommes dévoués, devait arrêter le carrosse et exécuter le coup. Pour qu'aucun des mouvements du roi n'échappât aux conjurés, deux ordonnances devaient surveiller le palais. L'un de ces individus, Flamand hardi et actif, nommé Durant, était spécialement chargé de tenir Barclay parfaitement au courant de ce qui se passerai!. L'autre, qui avait pour mission de communiquer avec Charnock, était un vaurien nommé Chambers, qui avait servi dans l'armée Irlandaise, avait reçu une blessure grave dans la poitrine à la bataille de la Buyne et, à cause de cette blessure, portait à Guillaume une haine personnelle sauvage1.
1 Voir les procès et dépositions.