‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 172 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le complot de Berwick échoue.

Tandis que Barclay faisait ses dispositions pour l'assassinat, Berwick s'efforçait de persuader à l'aristocratie jacobite de se soulever, mais ce n'était pas chose facile. Plusieurs consultations furent tenues, et il y eut une grande réunion du parti, réunion déguisée sous l'apparence d'une mascarade pour laquelle des billets à une guinée pièce furent distribués parmi les initiés1. Tout se passa, du reste, en conversations, en chansons et en orgies. Un grand nombre de personnages considérables par leur naissance et leur fortune déclarèrent, il est vrai, qu'ils tireraient l'épée pour le souverain légitime dès que leur souverain légitime serait dans l'île avec une armée française, et Berwick avait été autorisé à les assurer qu'une armée française serait envoyée en Angleterre dès qu'ils auraient eux-mêmes tiré l'épée. Mais entre ce qu'ils demandaient et ce qu'il avait été autorisé à accorder, il y avait une différence qui n'admettait point de compromis. Louis, dans la position où il était, ne voulait point risquer dix ou douze mille excellents soldats sur la foi de simples promesses. Des promesses semblables avaient été faites en 1690, et cependant, lorsque la flotte de Tourville avait paru sur la côte du Devonshire, les comtés de l'Ouest s'étaient levés comme un seul homme pour la défense du gouvernement, et pas un seul mécontent n'avait osé prononcer un mot en faveur des envahisseurs. Des promesses analogues avaient été faites également en 1692, et c'est à la confiance qu'on avait mise en ces promesses qu'il fallait attribuer l'immense désastre de La Hogue.

Le roi de France ne voulait pas être trompé une troisième fois. Il consentait bien à venir à l'aide des royalistes anglais, mais il voulait voir auparavant les royalistes anglais s'aider eux-mêmes. Il y avait en cela beaucoup de raison, et il n'y en avait pas moins dans ce que les Jacobites représentaient de leur côté. Si, disaient-ils, ils devaient se soulever, sans avoir pour les soutenir un seul régiment discipliné, contre un usurpateur appuyé par une armée régulière, ils seraient tous mis en pièces avant que la nouvelle de leur soulèvement pût

1 L'IIermilage, 3 (13) mars.

arriver à Versailles. Comme Berwïck ne pouvait leur donner l'espérance que l'invasion précéderait l'insurrection, comme de leur côté ses amis d'Angleterre étaient inflexibles dans leur résolution de ne pas se soulever avant qu'il y eût de la part des Français une invasion, il n'avait rien de plus à faire à Londres, et il était impatient de partir.

Et son impatience était d'autant plus grande que le 15 février approchait, il était en effet en communication constante avec Barclay et parfaitement au courant de tous les détails du crime qui devait s'accomplir ce jour-là. Il passait en général pour un homme dont la probité allait jusqu'à la rudesse et avait même quelque chose de choquant. Mais son zèle pour les intérêts de sa famille et son respect pour les leçons des prêtres avaient tellement perverti en lui le sens du bien et du mal qu'il ne se crut pas le moins du monde, moralement obligé, ainsi qu'il l'a confessé lui-même ingénument, à détourner les assassins de l'exécution de leur projet. Il éleva, il est vrai, contre leur entreprise une objection, mais cette objection, il la garda pour lui. C'était tout simplement ceci, que tous ceux qui étaient engagés dans le complot seraient probablement pendus, mais, se dit-il, c'était leur affaire, et s'il leur plaisait de courir le risque de la corde pour la bonne cause, ce n'était pas à lui à les décourager. Sa mission était complètement distincte de la leur, il n'avait pas à agir avec eux, et en tout cas il ne se sentait nullement disposé à mourir en leur compagnie. Il se rendit en toute hâte à Romney-Marsh et passa à Calais '.

Là, il vit qu'il se faisait des préparatifs pour opérer une descente dans le comté de Kent. La ville était pleine de troupes et les bassins de transports. Boufllers avait reçu l'ordre d'aller directement de la Flandre à Calais et d'y prendre le commandement. Jacques lui-même était attendu de jour en jour et, de fait, il avait déjà quitté Saint-Germain. Malgré cela, Berwick ne voulut point attendre son arrivée. Il prit la route de Paris, rencontra son père à Clermont et lui exposa, sans rien déguiser, l'étal des choses en Angleterre. H avait échoué dans son ambassade. La noblesse et la bourgeoisie royalistes semblaient résolues à ne se soulever

1 Voir les Mémoires de Berwi k.

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