‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 173 sur 246 · CHAPITRE III. 37T · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 37T

que le jour où une armée française serait dans l'île, mais il y avait encore de l'espoir; sous peu de jours probablement arriverait la nouvelle que l'usurpateur avait cessé de vivre, et cette nouvelle changerait l'aspect des affaires. Jacques se décida à aller à Calais et à attendre dans cette ville le résultat du complot de Barclay. Berwick continua sa route jusqu'à Versailles pour donner à Louis des explications. Berwick lui-même nous a fait connaître quelle fut la nature de ces explications. Il déclara sans détour au monarque français qu'une petite troupe d'hommes dévoués ferait dans peu une tentative contre la vie du mortel ennemi de la France. Le prochain courrier pourrait apporter la nouvelle d'un événement qui bouleverserait probablement le gouvernement anglais et dissoudrait la coalition européenne. On aurait cru qu'un prince qui affectait avec tant d'ostentation le caractère d'un chrétien dévot et d'un chevalier courtois aurait pris immédiatement des mesures pour faire porter à son rival un avis qui aurait pu encore lui arriver à temps, et qu'il aurait adressé des reproches sévères aux personnes qui avaient si indignement abusé de son hospitalité. Telle ne fut pas toutefois la conduite de Louis. Si on lui avait demandé de donner sa sanction à un assassinat, il l'eût probablement refusée avec indignation. Mais il apprit sans indignation qu'il allait, se commettre sans sa sanction un crime qui servirait infiniment plus ses intérêts que dix victoires comme celle de Landen. Il expédia des ordres à Calais pour que sa flotte se tînt prête à lui permettre de profiter de la grande crise qu'il prévoyait. — A Calais, Jacques attendait avec plus d'impatience encore le signal qui devait lui annoncer la mort de son neveu. Ce signal devait lui être transmis au moyen d'un feu dont les matériaux étaient déjà préparés sur la falaise de Kent, et que l'on eût parfaitement aperçu de l'autre côté du détroit ».

Découverte du complot d'assassinat.

Mais de nos jours une destinée particulière s'est toujours

'VanCleverskirke, 25 février (6 mars) 1696. Je crois que toute personne sensée et impartiale qui, après avoir lu attentivement le récit que fait Beiwick de toute celte affaire, le comparera avec celui qu'on trouve dans la Vie de Jacques (11, 514), lequel est pris mot pour mot dans les Mémoires

attachée à des conspirations du genre de celle de Barclay et de Charnock. — Les Anglais regardent l'assassinat et l'ont pendant des siècles regardé avec un sentiment de dégoût particulier chez eux. Et ce sentiment est tellement anglais qu'aujourd'hui même encore on ne peut dire qu'il appartienne aux Irlandais, et que jusqu'à une époque récente, il n'appartenait pas aux Ecossais. De nos jours, le misérable qui en Irlande tire contre son ennemi un coup de fusil de derrière une haie n'est que trop souvent protégé par la sympathie publique contre les recherches de la justice. En Ecosse on vit plus d'une fois, au seizième et au dix-septième siècles, des plans d'assassinat s'exécuter et réussir, bien qu'ils fussent connus d'un grand nombre de personnes. Les meurtres de Bealon, de Rizzio, de Darnley, de Murray, de Sharpe en sont des preuves éclatantes. Les royalistes qui massacrèrent Lisle en Suisse étaient des Irlandais; les royalistes qui égorgèrent Ascham à Madrid étaient des Irlandais; les royalistes qui frappèrent Dorislaus à La Haye étaient des Ecossais. En Angleterre, dès qu'un projet de ce genre cesse d'être un secret caché dans les profondeurs d'une âme sombre, d'un cœur ulcéré qui couve tout en lui-même, il court aussitôt le risque d'être découvert et d'échouer. Felton et Bellingham n'avaient confié leur dessein à aucun être humain, et c'est ce qui leur permit d'accomplir leur détestable entreprise. Mais la conspiration de Babington contre Elisabeth, celle de Guy Fawkçs contre Jacques, celle de Gérard contre Croinwell, celle de Rye- House, celle de Cato-Street furent toutes découvertes, déjouées et punies. C'est que chez nous les bonnes comme les mauvaises qualités des conspirateurs exposent les conspirations à un égal danger. — On trouvera difficilement un Anglais n'ayant pas complètement perdu toute conscience et tout honneur qui veuille s'engager dans un complot ayant pour but de massacrer par trahison un de ses semblables, et il est vraisemblable qu'un misérable qui n'a ni conscience ni honneur ne sera pas sans réfléchir sérieusement au da qu'il court en restant fidèle à ses complices et aux récompenses qu'il peut obtenir en les trahissant. Il y a, il est vrai,

originaux, ne doutera pas un seul instant que Jacques n'ait trempé dans co projet d'assassinat.

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