‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 175 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Kensington House aucun signe d'agitation. Aucune précaution extraordinaire ne fut prise, aucune arrestation n'eut lieu, on n'entendit dans les cafés aucune parole sinistre. Ce contretemps était fâcheux, mais le samedi 22, serait tout aussi bon pour exécuter le coup.

Mais avant le samedi 22, un troisième dénonciateur, Dclarue, s'était présenté au palais. Sa manière de vivre lui donnait peu de droit au respect, mais son récit se rapportait si exactement avec celui de Fisher et de Pendergrass que Guillaume lui-même commença à croire que le danger était réel.

Le 21 février, à une heure avancée de la soirée, Pendergrass, dont les révélations avaient jusqu'alors été moins étendues que celles des deux autres dénonciateurs, mais dont une seule parole avait plus de prix que leur double serment, fut mandé dans le cabinet du roi. Le fidèle Portland et le brave Cutts furent les seules personnes qui assistèrent à cette singulière entrevue entre le roi et son généreux ennemi. Guillaume, avec une courtoisie et une animation rares chez lui, mais qui n'en faisaient sur ses auditeurs que plus d'impression, pressa Pendergrass de s'expliquer. « Vous êtes, » lui dit-il, « un homme de probité et d'honneur. Je vous suis profondément obligé, mais vous devez comprendre que les mêmes considérations qui vous ont engagé à nous en dire autant doivent vous engager à nous en dire davantage. Les avis que vous m'avez donnés jusqu'à présent ne peuvent que me rendre suspects tous ceux qui m'approchent. Ils suffisent pour empoisonner ma vie, mais non pour la préserver. Il faut que vous me fassiez connaître les noms de ces hommes. » Pendant plus d'une demi-heure, le roi continua à supplier et Pendergrass à refuser. A la fin, ce dernier dit qu'il donnerait le renseignement qu'on lui demandait, si on lui assurait qu'on n'en ferait usage que pour empêcher le crime et non pour perdre les criminels. « Je vous donne ma parole d'honneur, » répondit Guillaume, « qu'on ne fera usage contre personne de votre déposition que de votre propre consentement. » Minuit était sonné depuis longtemps quand Pendergrass écrivit les noms des chefs de la conspiration.

' L'Hermilage, 25 février (G ranrs).

Tandis que ceci se passait à Kensington, le reste des assassins se livrait à une orgie dans une taverne jacobite dans Maiden Lane. C'est là qu'ils reçurent leurs dernières instructions pour le lendemain. « Demain ou jamais, » s'écria King. — « Demain, enfants, » reprit Cassels avec un juron, « à nous le pillage du champ de bataille. » Le lendemain arriva. Tout était prêt, les chevaux sellés, les pistolets chargés, les sabres aiguisés, les vedettes sur le qui-vive. Dans la matinée, elles envoyèrent dire au palais que le roi irait certainement à la chasse; les préparatifs ordinaires avaient été faits, qu'un détachement de gardes avait été envoyé à Richmond en faisant le tour par le parc de Kingston ; les caresses royaux attelés chacun de six chevaux s'étaient rendus des écuries situées dans Charing-Cross à Kensington. Les chefs de la conspiration se réunirent ivres de joie au domicile de Porter. Pendergrass qui, d'après les ordres du roi, vint les retrouver, fut accueilli avec des démonstrations d'une gaieté féroce : « Pendergrass, » lui dit Porter, « vous êtes désigné comme l'un des huit qui doivent lui faire son affaire. J'ai pour vous un mousqueton qui peut contenir huit balles. » — « Monsieur Pendergrass, » dit King, « ne craignez pas, je vous prie, de briser les glaces du carrosse. » De chez Porter, la troupe s'ajourna aux Blue Posts dans Spring- Garden où elle se proposait de prendre quelques rafraîchissements avant de partir pour Turnham-Green. Ils étaient à table quand arriva un message d'une des vedettes annonçant que le roi avait changé d'idée et n'irait pas à la chasse; et ils étaient à peine revenus de la première surprise où 1 s avait jetés cette sinistre nouvelle, que King, qui était allé à la découverte vers ses anciens camarades, arriva avec des nouvelles plus sinistres encore. « Les carrosses sont retournés à Charing-Cross. Les gardes qu'on avait envoyés faire le tour par Richmond viennent au grand galop à Kensington, et les flancs de leurs chevaux sont tout blancs d'écume. J'ai échangé quelques mots avec un des Bleus, et il me dit qu'on parlait tout bas de choses étranges. » Les assassins perdirent aussitôt contenance et leur courage s'évanouit. Porter essaya faiblement de déguiser son trouble. Il prit une orange et l'écrasa. « Ce qu'on ne peut faire un jour peut se faire un autre. Allons, Messieurs, avant de nous se-

Page 1