CHAPITRE III
ceux qui avaient porté les armes contre le prince d'Orange? Si une armée de vingt mille hommes avait débarqué soudainement en Angleterre et surpris l'usurpateur, on aurait appelé cela une guerre légitime. La différence entre une guerre et un assassinat dépendait-elle donc simplement du nombre des personnes engagées? Combien fallait-il alors d'individus pour pouvoir surprendre légalement un ennemi? En fallait-il cinq mille, mille, ou cent? Mais Jonathas et son écuyer n'étaient que deux, et cependant ils firent un immense carnage des Philistins. Etait-ce là de l'assassinat? Ce ne peut être l'acte en lui-même, disait Charnock, c'est le motif seul qui constitue l'assassinat. Il s'ensuivait qu'il n'y avait pas d'assassinat à tuer une personne (et ici le mourant donnait carrière à toute sa haine) qui avait déclaré une guerre d'extermination aux fidèles sujets du roi Jacques, qui pendait et écartelait les défenseurs du droit et qui avait ruiné l'Angleterre pour enrichir les Hollandais. Charnock avouait que son entreprise aurait été injustifiable si elle n'avait point été autorisée par Jacques. Mais il soutenait que ce prince l'avait autorisée, non pas expressément, il est vrai, mais d'une manière implicite. Sans doute Sa Majesté avait défendu précédemment des tentatives de ce genre, mais il les avait défendues, non pas comme criminelles en elles-mêmes, mais simplement parce qu'elles étaient inopportunes clans telle ou telle conjoncture. Or, les circonstances avaient changé. Cette défense devait donc raisonnablement être considérée comme retirée. Les fidèles sujets de Sa Majesté n'avaient alors qu'à consulter les termes de la Commission, et ces termes, à n'en pas douter, autorisaient pleinement une attaque contre la personne de l'usurpateur1.
* Ce curieux document se trouve parmi les Manuscrits de h'airne dans la Bibliothèque Bodleïenne. 11 y en a dans la Vie de Jacques, II, 555, un court extrait qui laisse à désirer sous le rapport de la sincérité. On se demande pourquoi Macpherson, qui a imprimé un grand nombre de documents moins intéressants, n'a pas imprimé celui-là. En voici deux ou trois phrases importantes : « On peut raisonnablement supposer que ce que, dans une circonstance, Sa Majesté avait rejeté, elle pouvait l'accepter dans une autre, alors que soa intérêt comme celui de l'Etat le réclamait impérieusement. — Car je ne puis entendre la chose en ce sens que Sa Majesté aurait loi mule une défense générale de toucher en aucun temps au Prince d'Orange. — Si nul de ceux qui regardent Sa Majesté comme le roi légitime d'Angleterre nu peut douter, qu'eu vertu de la commission par la-
Exécution de Charnock, de King et de Keyes.
King et Keyes furent exécutés avec Charnock; King se conduisit avec fermeté et convenance, il avoua son crime et dit qu'il s'en repentait. Il crut devoir à l'Eglise dont il était membre et que sa conduite couvrait de honte, de déclarer qu'il avait été égaré, non parles arguments de la casuistique sur le tyrannicide, mais simplement par la violence de ses mauvaises passions. Le pauvre Keyes était à moitié mort de terreur. Ses larmes et ses lamentations excitèrent la pitié de quelques-uns des spectateurs. On dit à cette époque, et l'on a souvent répété depuis, qu'un serviteur attiré dans le crime par son maître était un objet digne de la clémence royale. Mais ceux qui ont blâmé la sévérité avec laquelle Keyes fut traité ont oublié cette circonstance importante qui distinguait son crime de celui de tout autre conspirateur. Il avait fait partie du régiment des Bleus. Jusqu'à la (in il avait entretenu des relations avec ses anciens camarades. Le jour fixé pour l'assassinat, il avait essayé de se mêler parmi eux et de tirer d'eux quelque nouvelle. Le régiment avait été tellement infecté de trahison, qu'on avait jugé nécessaire de mettre en prison quelques hommes et d'en renvoyer un plus grand nombre. Assurément, s'il y avait un exemple à taire, il était juste de le faire sur l'agent par l'intermédiaire duquel les hommes qui voulaient tuer le roi avaient communiqué avec ceux dont l'affaire était de le garder.
Procès de Friend.
Friend fut jugé ensuite. Son crime n'était pas d'une nature aussi grave que celui des trois conspirateurs qui venaient d'être exécutés. Il avait invité, il est vrai, les ennemis du dehors à envahir le royaume, et avait fait des préparatifs pour se joindre à eux, mais, bien qu'il eût connu le projet d'assassinat, il n'y avait point trempé. Toutefois, sa fortune considérable et l'usage qu'il en faisait, à la connaissance de tous, le désignait naturellement aux coups de la justice. Comme Charnock, il demanda l'assistance d'un conseil, mais sa rc-
quellc <ile autorise à faire la guerre au Prince d'Orange el à ses adhérents, les lois du pays, dûment interprétées et expliquées <le même que la loi de Dieu, ne justifient une attaque contre la personne de ce prince.