‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 179 sur 246 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

clamation , comme celle de Charnock, fut repoussée. Les juges ne pouvaient se relâcher des rigueurs de la loi, et l'Attorney- Général refusa d'ajourner le procès. Ce qui se passa dans cette journée fournit un argument puissant en faveur de l'acte du bénéfice duquel Friend était exclu. Il est impossible, à la distance du temps où nous sommes, de lire ce procès sans éprouver un sentiment de compassion pour un homme à l'esprit borné, à l'éducation incomplète, et dont le danger paralysait encore les forces en présence d'adversaires calmes, astucieux et expérimentés. Charnock, ainsi que ceux qui avaient été jugés avec lui, s'était défendu aussi bien que l'aurait pu faire un avocat de profession. Mais le pauvre Friend n'avait pas plus de ressources qu'un enfant pour plaider sa cause. Il ne savait que s'écrier qu'il était protestant, que les témoins qui déposaient contre lui étaient des papistes qui avaient reçu de leur prêtres des dispenses pour le parjure et pour qui faire condamner, au moyen de faux serments, des hérétiques était une œuvre méritoire. Pour donner une preuve de sa grossière ignorance en matière de législation et d'histoire, il s'imaginait que le statut relatif aux trahisons, passé sous le règne d'Edouard III, alors qu'il n'y avait dans l'Europe occidentale qu'une seule religion, contenait une clause portant que les papistes ne pourraient déposer comme témoins, et il força le Greffier de la Cour de lire l'acte entier depuis le commencement jusqu'à la fin. Quant à sa culpabilité, il ne pouvait s'élever le moindre doute à cet égard dans un esprit raisonnable. Il fut condamné et il l'aurait été alors même qu'on lui aurait permis de jouir des privilèges qu'il réclamait.

Procès de Parkyns.

Parkyns vint ensuite. Il avait pris part active à l'œuvre la pius détestable du complot, et, sous un rapport, il était moins excusable qu'aucun de ses complices , car tous étaient non-jureurs, tandis que lui avait prêté serment au gouvernement existant. Il insista aussi pour être jugé d'après les dispositions du nouvel acte. Mais le conseil de la couronne maintint son droit dans toute sa rigueur, et la requête de Parkyns fut repoussée. Comme c'était un homme de grande capacité, qu'il avait étudié le droit, il est probable qu'il dit lui-

même pour sa défense tout ce qu'aurait dit dans son intérêt un avocat, mais cela ne lui servit de rien. Il fut déclaré coupable et entendit prononcer contre lui la sentence de mort, dans la soirée du 24 mars, six heures avant que la loi dont il avait en vain demandé le bénéfice, commençât à être mise en vigueur '.

La population de Londres attendait avec impatience l'exécution des deux chevaliers. Le correspondant des États-Généraux leur écrivit que, de tous les spectacles celui qui plaisait le plus aux Anglais, c'était une pendaison, et que de toutes celles dont le souvenir était resté dans la mémoire des hommes de ce temps, nulle n'avait excité un plus vif intérêt que celles de Friend et de Parkyns. Des bruits répandus dans le public au sujet de la détestable qualité de la bière qui sortait de la brasserie de Friend, avaient encore enflammé la fureur de la multitude contre lui. On disait même que, dans son zèle pour la cause jacobite, il avait empoisonné tous les barrils qu'il avait fournis à la marine. Aussi une foule innombrable se rassembla à Tyburn. Des échafaudages avaient été dressés et formaient un immense amphithéâtre autour du gibet. Les spectateurs les plus aisés garnissaient les gradins de ces échafaudages, et l'attente générale était à son comble quand on vint annoncer que le spectacle était différé. La populace se sépara fort mécontente, et il y eut plus d'une bataille entre ceux qui avaient payé leurs places et ceux qui refusaient de rendre l'argent 2.

Ce cruel désappointement avait pour cause une résolution soudaine que venaient de prendre les Communes. Un membre avait proposé d'envoyer à la Tour un comité chargé d'examiner les prisonniers, et de les entretenir dans l'espérance que s'ils faisaient un aveu sincère et complet, la Chambre interviendrait en leur laveur. D'après le peu de détails qui nous sont parvenus, le débat paraît avoir été fort curieux; les partis semblaient avoir changé de caractère. On aurait pensé que lesWhigsse seraient montrés d'une sévérité inexorable, et que s'il se témoignait quelque pitié pour ces malheureux, celte pitié viendrait du côté des Tories. Mais la vérité est que les Whigs avaient espéré pouvoir, en épargnant deux crimi-

* On trouvera parmi les procès de l'Etat un compte lendu excellenl do celui de Friend et de Park] n ' L'IIenniLiye, 3 (13) avril 1G%.

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