CHAPITRE III
nels qui étaient hors de pouvoir de nuire, découvrir et perdre un grand nombre de criminels haut placés dans la société comme dans le gouvernement. D'un autre côté, quiconque avait jamais eu quelques communications directes ou indirectes avec Saint-Germain, ou s'intéressait à des personnes qui devaient avoir eu de semblables relations, envisageait avec effroi les révélations que, sous l'empire des terreurs de la mort, pouvaient faire les prisonniers. Seymour, uniquement parce qu'il avait trempé plus avant dans la trahison qu'aucun autre membre de la Chambre, était le premier à demander avec énergie que l'on ne témoignât aucune indulgence à ses confrères en trahison. Les Communes, s'écria-t-il, veulent-elles usurper les prérogatives les plus sacrées de la couronne? C'était à Sa Majesté et non à elles à juger si l'on pouvait sans danger faire grâce à des individus que la justice avait condamnés. Les Whigs toutefois l'emportèrent. Un comité, composé de tous les conseillers privés qui faisaient partie de la Chambre, se rendit immédiatement à Newgale. Friend et Parkyns furent interrogés, mais cet interrogatoire ne produisit aucun résultai. Après le prononcé de la sentence, ils avaient d'abord montré quelques symptômes de faiblesse, mais les exhortations des théologiens nonjureurs, que l'on avait admis dans la prison, avaient fortifié leur courage. Le bruit courut que Parkyns aurait cédé sans les instances de sa fille, qui l'adjura de mourir comme un homme pour la bonne cause. — Les criminels s'avouèrent coupables des actes pour lesquels ils avaient été condamnés, mais avec une résolution qui est d'autant plus respectable qu'elle semble avoir pris naissance, non dans une hardiesse naturelle, mais dans des sentiments d'honneur et de religion, et refusèrent de rien dire qui pût compromettre d'autres personnes '.
Exécution de Friend et de Parkyns.
En quelques heures, la foule s'assembla de nouveau à Tyburn, et cette fois les spectateurs ne furent point privés de leur amusement. Ils virent une chose à laquelle ils ne s'at-
' Procès-Verbaux des Communes, », 2 avril 1696; L'Hermilage, 3 (13) avril 1696; Van Cieverskiike, môme date.
tendaient pas, et qui produisit une plus grande sensation que l'exécution elle-même. Jeremy Collier et deux autres docteurs non-jureurs, nommés Cook et Snatt, qui avaient assisté les prisonniers à Newgate, étaient dans la charrette sous le gibet. Lorsque les prières furent finies, et un instant avant que le bourreau fît son office, les trois prêtres schismatiques se levèrent et imposèrent les mains sur la tête des malheureux qui allaient mourir et qui continuèrent à rester agenouillés. Collier prononça une forme d'absolution prise du service de la Visitation des malades, et ses collègues répondirent : Ament
Cette cérémonie excita une vive indignation, et l'indignation devint plus vive lorsque quelques heures après l'exécution les écrits remis par les deux traîtres aux shériffs furent rendus publics. On avait supposé que Parkyns exprimerait au moins quelque repentir pour le crime qui l'avait conduit au gibet. Il avait avoué, il est vrai, devant le Comité de la Chambre des Communes, que le complot d'assassiner ne pouvait se justifier. Mais, dans sa dernière déclaration, il confessa sa participation à ce complot, non-seulement sans qu'un seul mot indiquât de sa part un remords, mais encore avec quelque chose qui ressemblait à de l'enthousiasme. Était-ce là un homme qui méritait d'être absous par des docteurs chrétiens, en présence d'une multitude immense, avec des rites évidemment destinés à attirer l'attention publique, avec des rites dont il n'y avait point de trace dans le Manuel de la liturgie ni dans la pratique de l'Église anglicane.
Les journaux, les pamphlets, les satires s'élevèrent avec amertume contre l'insolence des trois Lévites, ainsi qu'on les appelait. Le gouvernement lança contre eux des mandats d'arrêt. Cook et Snatt furent pris et jetés en prison, mais Collier réussit à se cacher, et, au moyen de l'une des presses qui étaient au service de son parti, publia du fond de sa retraite une défense de sa conduite. Il déclara qu'il abhorrait l'assassinat autant qu'aucun de ceux qui l'injuriaient, et son caractère général nous garantit de la parfaite sincérité de cette déclaration. Mais l'acte imprudent auquel l'avait entraîné l'esprit de parti fournit à ses adversaires des raisons trop plausibles pour mettre en question sa sincérité. On vit paraître une foule de réponses à sa défense. La pièce la