‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 19 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

dix-huit membres de la minorité, au nombre desquels étaient les WhJgs et les Tories les plus violents de toute la pairie '.

Les Chambres s'enquirent, chacune pour leur compte, des causes des calamités publiques. Les Communes se formèrent en un grand comité pour examiner quels conseils il y avait lieu de donner au roi. Il semble, d'après les analyses succinctes et les fragments qui sont parvenus jusqu'à nous, que, dans ce comité, dont les séances se prolongèrent pendant bien des jours, les débats portèrent sur une grande variété de sujets. Un membre parla de la fréquence des vols de grands chemins; un autre déplora la querelle entre la reine et la princesse, et proposa qu'une députation de deux ou trois membres allât trouver Sa Majesté, et essayât d'amener une réconciliation. Un troisième rappela les manœuvres des Jacobites pendant le printemps. Il était de notoriété publique, dit-il, qu'on avait fait des préparatifs pour un soulèvement, et qu'on avait réuni des armes et des chevaux : cependant pas un seul traître n'avait été livré à la justice 2.

Les événements de la guerre sur terre et sur mer fournirent matière à plusieurs débats sérieux. Un grand nombre de membres se plaignirent de la préférence donnée aux étrangers sur les Anglais. On revint sur tous les détails de la bataille de Steinkerque, et Solmes ne fut pas ménagé. « Que les soldats anglais ne soient commandés que par des généraux anglais, » fut le cri à peu près unanime. Seymour, qui s'était jadis distingué par sa haine contre les étrangers, mais dont les opinions s'étaient modifiées depuis qu'il avait été au bureau de la Trésorerie, demanda où l'on trouverait des généraux anglais. « Je n'aime pas, » dit-il, « les étrangers comme étrangers; mais nous n'avons pas à choisir. Les hommes ne naissent pas généraux ; on peut être un excellent capitaine ou un excellent major, et n'être pas capable de conduire une armée. Il n'y a que l'expérience qui puisse faire les grands commandants. Très-peu de nos compatriotes possèdent cette expérience: il faut donc, pour le moment, employer des étrangers.» Lowther parla dans le même sens : « Nous avons eu une longue paix; et il en résulte que nous manquons d'officiers

' Lords' Journals, 7 décembre; Tindal, d'après leg Coït Papers ; Butnet, II, 105.

■ Giey, Debaks, 21 et 23 novembre 1GQ2.

4i REGNE J)E GUILLAUME III.

pour les grands commandements. Les pares et le camp d'IIounslow sont de très-pauvres écoles militaires, lorsqu'on les compare aux champs de bataille et aux lignes de conlrevallation où les grands généraux des nations continentales ont appris leur métier. » En réponse à ces arguments, un orateur du parti opposé déclara bravement qu'il pourrait nommer dix Anglais qui, s'ils étaient au service de France, seraient faits maréchaux. Quatre ou cinq colonels qui avaient été à Steinkerque prirent part au débat. On dit d'eux qu'ils montrèrent autant de modestie dans leurlangagc qu'ils avaient montré de courage dans l'action; et, à en juger d'après le compte rendu très-imparfait que nous possédons, le compliment ne paraît pas avoir été mal appliqué. Ils ne prirent point part aux clameurs du vulgaire contre les Hollandais. Ils parlèrent bien des ofliciers étrangers en général et rendirent pleinement justice à la valeur et à l'habileté avec lesquelles Auverqucrque avait sauvé les débris de la division de Mackay d'une destruction qui semblait inévitable. Mais pas une voix ne s'éleva pour défendre Solmes. Sa sévérité, ses manières et, par-dessus tout, l' in différence avec laquelle il s'était renfermé dans le rôle de spectateur tandis que les Anglais, accablés par la supériorité du nombre, luttaient corps à corps contre les troupes de la maison du roi de France, l'avaient rendu tellement odieux que beaucoup de membres étaieat disposés à voter une adresse par laquelle on demanderait son renvoi et son remplacement par Talmash, qui, depuis la disgrâce de Marlborough, était universellement regardé comme le meilleur officier de l'armée. Mais les amis de Talmash intervinrent fort judicieusement. «Je professe, » dit l'un d'eux, « une véritable estime pour cet oflicier; c'est pourquoi je vous supplie de ne pas lui faire du tort en croyant lui faire du bien. Remarquez que vous usurpez ce qui est particulièrement la prérogative du roi : vous destituez des officiers, et vous nommez des ofliciers. » Le débat finit sans qu'aucun vote de censure eût été prononcé contre Solmes. Mais on exprima, dans un langage peu parlementaire, l'espoir que ce qui avait été dit dans le comité serait rapporté au roi, et que Sa Majesté aurait égard au vœu général des représentants de son peuple l.

' Grej . Debai ïi novembre 16D-2; Cvlt Paper*, dansTindal,

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