CHAPITRE III
qui servirait à distinguer ceux qui étaient favorables à cet ordre de succession, et ceux qui ne l'acceptaient qu'avec mauvaise grâce et répugnance. Des cinq cent trente membres qui composaient la Chambre-Basse, quatre cent vingt environ signèrent avec empressement racle qui reconnais, sait Guillaume pour le souverain légal et légitime de l'Angleterre. On proposa dans la Chambre-Haute d'adopter la même forme, mais lesTories soulevèrentdes objections. Nottingham, toujours consciencieux, honorable et étroit dans ses idées, déclara qu'il ne pouvait donner son assentiment aux mots : « légal et légitime. » Il croyait encore, comme il avait cru dès le commencement, qu'on ne pouvait désigner ainsi un prince qui avait pris la couronne, non par droit de naissance, mais des mains de la Convention. Guillaume était sans doute le roi de fait, et comme roi de fait, il avait droit à l'obéissance des chrétiens. « Nul, » dit Nottingham, « n'a servi ou ne servira Sa Majesté plus fidèlement que moi. Mais je ne puis apposer ma signature à ce document. » Rochester et Normanby tinrent un langage semblable. Monmouth, dans un discours de deux heures et demie, engagea avec chaleur les Lords à suivre l'exemple des Communes. Burnet parla avec véhémence dans le même sens. Wharton, dont le père venait de mourir et qui était maintenant lord Wharton, se distingua au premier rang parmi les pairs du parti whig. Mais celui qui brilla le plus dans ce débat ce fut un homme dont la vie publique ou privée avait été une longue série de fautes et de désastres, l'amant incestueux d'Henriette Berkeley, l'infortuné lieutenant de Monmouth. Il avait tout récemment cessé de s'appeler du nom souillé de Grey de Wark et s'appelait maintenant le comte de Tankerville. Il parla ce jour-là avec une force et une éloquence admirables en faveur des mots : a légitime et légal. » Leeds, après avoir exprimé son regret qu'une question au sujet d'une simple phrase eût jeté la dissension parmi tant de nobles personnages également attachés au souverain régnant, entreprit l'office de médiateur. Il proposa à Leurs Seigneuries, au lieu de reconnaître Guillaume comme roi légitime et légal, de déclarer que Guillaume tenait de la loi son droit à la couronne d'Angleterre et que nul autre ne possédait un droit quelconque à celte couronne. Chose étrange à dire! presque tous les pairs tories se mon-
4UU KfctflNlS DIS UUlLLAUAlr, 111.
trèrent parfaitement satisfaits de l'idée que Leeds leur avait suggérée. Parmi les Whigs, il y eut quelque répugnance à consentir à un changement qui, si léger qu'il fût, pouvait, aux yeux du public, indiquer une différence d'opinion entre les deux Chambres sur un sujet d'une aussi haute importance. Mais Devonshire et Poitland se déclarèrent contents; leur autorité prévalut, et le changement fut adopté. En quoi un possesseur légal et légitime diffère- t-il d'un possesseur qui tient de la loi son droit exclusif? C'est là une question dont un Whig peut avouer sans honte qu'elle dépasse la portée de son intelligence et dont il doit abandonner la discussion aux partisans de la Haute-Eglise. Quatre-vingt-trois pairs apposèrent immédiatement leurs signatures à l'Acte d'Association ainsi amendé, et Rochesler fut du nombre. Noltingham, qui n'était pas encore complètement satisfait, demanda du temps pour réfléchir l.
Hors de l'enceinte du Parlement on ne vit point cette dispute de mots. Le langage de la Chambre des Communes fut adopté.par le pays tout entier. La Cité de Londres prit la tête du mouvement. Trente-six heures après que l'Acte d'Association eut été publié sous la direction du Speaker, le Lord- Maire, les Aldermen et presque tous les membres du Common Council le signèrent. Dans tout le royaume, les corporations municipales suivirent cet exemple. Les assises du printemps commençaient, et à chaque chef-lieu de comté les membres des grands jurys et les juges de paix apposèrent leurs noms. Bientôt les boutiquiers, les artisans, les fermiers, les cultivateurs, affluèrent par milliers autour des tables où les parchemins étaient déposés. A Wesminster, l'association compta trente-sept mille membres, Towerhamlets huit mille, Southwark dix-huit mille; les districts ruraux de Surrey en fournirent dix-sept mille. A Ipswick, tous les bourgeois signèrent, sauf deux. A Warwick, tous les habitants du sexe masculin, ayant atteint l'âge de seize ans, signèrent également, à l'exception de deux Papistes et de deuxQuakers. ATaunton, où le souvenir des Assises Sanglantes
' Le meilleur ou plutôt le seul bon compte rendu de ces débals su trouve dans L'Hermitage, 28 février (9 mars) 1696. Il dit, et avec raison : « La différence n'est qu'une dispute de mots, le droit qu'on a à une chose sylou les lois estant au&si bon qu'il puisse estre. »