‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 183 sur 246 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

était encore si récent, tous les individus gui savaient écrire donnèrent leur adhésion au gouvernement. Toutes les églises, toutes les salles de réunion de la ville furent encombrées comme elles ne l'avaient jamais été d'une foule de gens qui vinrent rendre grâces à Dieu d'avoir préservé les jours de celui que, dans leur enthousiasme, ils appelaient Guillaume le Libérateur. De tous les comtés de l'Angleterre, le Lancashire était le plus dévoué au Jacobitisme ; il n'en donna pas moins cinquante mille signatures. De toutes les grandes villes d'Angleterre, celle de Norwich était aussi la plus attachée au parti jacobite. Les magistrats de cette ville passaient pour être dans l'intérêt de la dynastie exilée; les Non-Jureurs y étaient en grand nombre; peu de temps avant la découverte du complot, ils s'étaient livrés à une agitation et avaient pris des libertésinaccoutumées.Un des principaux chefsdu schisme avait prêché un sermon qui donna lieu ta d'étranges soupçons. Il avait pris pour texte ce passage où le prophète Jérémie annonçait que le jour de la vengeance était venu, que le glaive s'enivrerait de sang, et que le Seigneur Dieu des armées avait un sacrifice dans le pays situé au nord près de l'Euphrate. Or, presque aussitôt on apprit qu'au moment où ce discours était prononcé, les glaives s'aiguisaient sous les ordres de Barclay et de Parkyns, pour un sacrifice sanglant sur la rive septentrionale de la Tamise. Il fut impossible de contenir l'indignation du bas peuple de Norwich. Il vint en masse, malgré l'opposition des autorités municipales, pour jurer fidélité à Guillaume, le roi légitime et légal. A Norfolk, le nombre des signatures s'éleva à quarante-huit mille, et à Suffolk à soixante-dix mille. Plus de cinq cents listes furent envoyées à Londres de toutes les parties de l'Angleterre. D'après la Gazette de Londres, le nombre des noms qui figuraient sur vingt-sept de ces listes fut de trois cent quatorze mille. En faisant la part la plus large possible à la fraude, il semble certain que l'association comprenait la grande majorité de la population mâle adulte de l'Angleterre sachant écrire. Telle était la violence de l'enthousiasme populaire qu'une personne connue pour avoir refusé de signer courut le risque d'être insultée publiquement. Dans une foule d'endroits, nul ne se montrait dans les rues sans porter à son chapeau un ruban rouge, sur lesquels étaient bro-

dés ces mots : « Association générale pour le roi Guillaume.» Une fois, une troupe de Jacobites eut le courage de parader dans une rue de Londres, avec une devise qui semblait indiquer un sentiment de mépris pour la nouvelle Ligue solennelle, pour le nouveau Covenant. La populace les mit aussitôt en déroute, et leur chef fut assez maltraité. L'enthousiasme s'étendit aux îles écartées, aux factoreries situées dans les pays étrangers, aux colonies lointaines. L'Association fut signée par les rudes pêcheurs des îles Sorlingues, par des marchands anglais de Malaga et de Gênes, par les citoyens de New-York, par les planteurs de la Virginie et des Barbades, où se cultivent le tabac et le sucre l.

Enhardis par le succès, les chefs des Whigs se hasardèrent à faire un pas de plus. Ils présentèrent à la Chambre- Basse un bill ayant pour but d'assurer la personne et le gouvernement du roi. Ce bill portail que quiconque, pendant que durait la guerre, viendrait de France en Angleterre sans la permission du roi, encourrait les peines édictées contre les crimes de haute trahison, que la suspension de l'IIabeas Corpus continuerait jusqu'à la lin de 1696, et que tous les fonctionnaires nommés par Guillaume conserveraient leurs places, nonobstant la- mort de ce dernier, jusqu'à ce qu'il plût à son successeur de les destituer. La forme d'association que la Chambre des Communes avait adoptée fut ratiliée solennellement, et il fut stipulé que nul ne pourrait siéger dans cette Chambre, ni occuper aucun emploi civil ou militaire, sans signer. On permit aux Lords de conserver la forme qu'ils avaient préférée, et l'on ne dit rien du clergé.

Les Tories, ayant à leur tête Finch et Seymour, se plaignirent amèrement de ce nouveau Test, et se hasardèrent une fois à demander le vote par division, mais ils furent battus. Il paraît qu'on écouta Finch avec patience; mais, malgré l'éloquence de Seymour, la manière méprisante dont il parla de l'Association souleva contre lui une tempête à laquelle il ne put résister. Des cris violents de c A la Tour ! à la Tourl » s'élevèrent de toutes parts. Cet homme hautain

'Voirie» Gazettes de Londres pendant plusieurs semaines; L'Henni" tage, 17 (S?) mars, 14 mais (3 avril), 14 [M) avril lCOCi ; Le Vostillon, <), 2j, 30 avril.

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