CHAPITRE III
et impérieux fut forcé d'expliquer ses paroles : il eut peine, en présentant des excuses d'un ton auquel il n'était pas habitué, à s'éviter l'humiliation d'être appelé à la barre et réprimandé à genoux. Le bill fut porté à la Chambre des Lords, qui le vola très-rapidement, malgré l'opposition de Rochesteret de Nottingham '.
Bill ayant pour objet de régler les élections.
Rien n'éclaire d'une manière plus vive la nature et l'étendue du changement produit dans les dispositions de la Chambre des Communes et de la nation, par la découverte du complot d'assassinat, que l'histoire d'un biil qui avait pour objet de soumettre à de nouvelles règles les élections des membres du Parlement. Les capitalistes étaient presque entièrement whigs, et, par suite, ils excitaient le mécontentement des Tories. La puissance chaque jour croissante du capital était en général une objet de jalousie pour les propriétaires du sol, à quelque parti qu'ils appartinssent, Whig ou Tory. Il y avait quelque chose d'étrange et de monstrueux à voir un négociant de Lombard street, qu'aucun lien n'attachait au sol de notre île, et dont la richesse était toute personnelle et mobilière, partir pour le Devonshire ou le Sussex, son porte-manteau plein de guinées, se présenter comme candidat dans un bourg, en oppostion avec un gentilhomme du voisinage, dont les ancêtres n'avaient jamais cessé de siéger au Parlement depuis les guerres des Deux-Roses, et sortir triomphant du pull. Pourtant il y avait quelque chose de pue. Plus d'un siège au Parlement, disait-on, s'était acheté et vendu sur une table du café de Garraway. L'acheteur n'avait même pas eu besoin d'accomplir la formalité de se présenter aux électeurs. Sans quitter son comptoir dans Cheapside, il avait été choisi pour représenter une localité qu'il n'avait jamais vue. De pareilles choses étaient intolérables. « Nul, » disait-on, « ne devait siéger dans la législature anglaise, s'il ne possédait quelques centaines d'acres du sol anglais 2. » En conséquence,
1 Procès-Verbaux des Communes et des Lords; L'Hermitage, 7(17) avril, 10 (-20) avril 10'Jti.
Voir le Plaidoyer du Franc-Tenancier contre l'Agiotage des élections au Parlement, et les Considérations suY les corruptions électorales. Ces deux pamphlets lurent publiés en 170}.
un bill fut présenté au Parlement, portant que tout membre de la Chambre des Communes devait posséder une certaine propriété foncière. Pour un chevalier de comté, la qualité requise fut celle de cinq cents livres par an ; pour un représentant des bourgs, de deux cents. Dans les premiers jours de février, le bill fut lu pour la seconde fois et renvoyé à un comité spécial. Une motion fut faite à l'effet d'ordonner au Comité d'ajouter une clause exigeant que toutes les élections fussent faites au scrutin secret. Cette motion, émana-t-elle d'un Whig ou d'un Tory? par quels arguments fut-elle soutenue et combattue? Les renseignements nous manquent complètement sur ces deux points. Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle fut rejetée sans division.
Avant que le bill ne fût revenu du Comité, quelques-uns des Collèges électoraux les plus respectables du royaume avaient élevé la voix contre la nouvelle restriction à laquelle on proposait de les soumettre. Il n'y avait en général que peu de sympathie entre les villes de commerce et les Universités, car les villes de commerce étaient les principaux sièges du Whigisme et des Non-Conformistes, tandis que les Universités soutenaient la couronne et l'Eglise. Dans cette circonstance, toutefois, Oxford et Cambridge firent cause commune avec Londres et Bristol. « Il était dur, » disaient les Universités, « qu'un grave et savant personnage, envoyé par un corps nombreux de graves et savants personnages au grand conseil de la nation, fût jugé moins digne de siéger dans le conseil qu'un manant toujours pris de vin, qui possédait rarement assez de littérature pour être admis au bénéfice de clergie. » « N'était-il pas dur, » disaient de leur côté les commerçants, « de supposer qu'un des princes du commerce, qui avait été le premier magistrat de la première ville du monde, dont le nom sur le dos d'un billet commandait à Smyrne comme à Gênes, à Hambourg comme à Amsterdam, une entière conliance, qui avait sur mer des vaisseaux dont chacun valait un manoir, et qui, plus d'une fois, quand la liberté et la religion du royaume étaient en péril, avait avancé au gouvernement, au moindre avis, cinq ou dix mille livres, eût moins d'intérêt à la prospérité de la république qu'un squire qui vendait ses bœufs et ses houblons sur la table d'un cabaret au marché le plus voisin? »