CHAPITRE III
Dans son rapport, le Comité demanda que les Universités fussent exceptées; mais celte motion fut repoussée à cent cinquante voix contre cent quarante-trois. A la troisième lecture, un membre proposa d'excepter la Cité de Londres ; mais on ne jugea pas nécessaire d'aller aux voix par division. Sur la question finale, celle de savoir si le bill passait, cent soixante-treize voix se prononcèrent pour l'affirmative contre cent cinquante pour la négative, le jour qui précéda la découverte du complot d'assassinat. Les Lords adoptèrent le bill sans amendement.
Guillaume eut à examiner s'il donnerait ou s'il refuserait à ce bill son assentiment. Les villes commerciales du royaume, entre autres la Cité de Londres, qui l'avait toujours énergiquement soutenu et qui plus d'une fois l'avait tiré de grands embarras, implora sa protection. Elle lui représenta que les Communes elles-mêmes étaient loin d'être unanimes sur ce sujet, qu'à la dernière phase traversée par le bill, la majorité n'avait été que de vingt- trois voix dans une Chambre au complet, que la motion d'excepter les universités n'avait échoué qu'à huit voix de majorité. Après un mur examen, Guillaume résolut de ne point accorder sa sanction. Personne, dit-il, ne pouvait l'accuser d'agir dans celte circonstance dans un intérêt égoïste ; sa prérogative n'était point en jeu dans cette affaire, et sa seule objection à la loi en question c'était qu'elle aurait pour son peuple des conséquences fatales.
En conséquence, le 10 avril 1696, la greffier du Parlement reçut ordre d'informer les Chambres que le roi réfléchirait au bill ayant pour objet de soumettre à de nouvelles règles les élections. Quelques Tories passionnés de la Chambre des Communes se flattèrent de pouvoir faire passer une résolution censurant la conduite du roi. Ils proposèrent de déclarer que quiconque avait conseillé à Sa Majesté de refuser son assentiment à ce bill, était un ennemi du roi comme de la nation. Il n'était pas possible de commettre une faute plus grossière. Les dispositions de la Chambre des Communes étaient bien différentes de ce qu'elles étaient le jour où l'adresse contre le don fait à Portland avait été votée par acclamation. La découverte d'une conspiration infâme, l'appréhension d'une invasion de la part des Français, avaient
tout changé. Le roi était populaire. Chaque jour il voyait déposer à ses pieds dix ou douze rouleaux de parchemin couverts des signatures des membres de l'Association. Il ne pouvait rien y avoir de plus imprudent que de choisir un pareil moment pour proposer contre lui un vote de censure à peine déguisé. Aussi, les Tories modérés se séparèrent-ils de la partie fanatique de leurs collègues. La motion fut repoussée à deux cent quatre-vingt-dix voix contre soixantedix, et la Chambre ordonna la publication de la question qui lui avait été posée et du nombre des votes pour et contre, afin de faire connaître au monde l'issue misérable d'une tactique qui avait pour but de mettre la désunion entre le roi et le Parlement1.