CHAPITRE III
layne. Parmi les Squires même, fort peu aujourd'hui ajoutaient foi à ces deux grandes doctrines. Ils ne croyaient plus que l'État, par le seul fait d'appeler dix millions sterling un paquet de vieux chiffons, pût ajouter dix millions sterling à la richesse de la nation, ni que le bail d'une propriété, conclu pour un certain nombre d'années, valût autant de fois la propriété simple. Mais c'était encore l'opinion générale des gentilshommes campagnards qu'une banque dont la spéculation serait d'avancer de l'argent sur une garantie en biensfonds, serait un grand bienfait pour la nation. Harley et le speaker Foley proposèrent d'établir cette banque par acte du Parlement et promirent, si l'on adoptait leur plan, que le roi serait amplement muni d'argent pour la campagne suivante. Les chefs du parti whig et Montague, en particulier, virent que le projet de Harley était une chimère, qu'il tomberait promptement, et qu'avant de tomber, il ruinerait peut-être l'institution qu'ils avaient fondée et qui leur était si chère, la Banque d'Angleterre. Mais sur ce point ils avaient contre eux non-seulement tout le parti tory, mais encore leur maître et un grand nombre de leurs amis politiques. Les besoins de l'Etat étaient pressants et les offres des auteurs du projet séduisantes. En retour de sa charte, la Banque d'Angleterre n'avait avancé à l'Etat qu'un million à huit pour cent. La Banque foncière, au contraire, promettait d'avancer plus de deux millions et demi à sept pour cent. Guillaume qui voulait avant tout se procurer de l'argent pour le service de l'année, était peu disposé à trouver des vices dans un projet qui pouvait lui donner deux millions et demi. Sunderland qui, en général, exerçait son influence en faveur des chefs whigs, leur manqua dans cette occasion. Les gentilshommes compagnards whigs, étaient enchantés à l'idée de pouvoir réparer leurs étables, remplir leurs celliers et donner des dots à leurs filles. Il était impossible de lutter contre une telle ligue. Un bill fut passé qui autorisait le Gouvernement à emprunter deux millions cinq cent soixante-quatre mille livres à sept pour cent, puis l'on mit à part, pour le payement de l'intérêt un fonds produit en grande partie par une nouvelle taxe sur le sel. Si, avant le premier août, la souscription pour une moitié de cet emprunt était remplie, et si une moitié de la somme souscrite était versée à l'Echiquier,
les souscripteurs formeraient une association sous le nom de Banque nationale foncière. Comme cette banque était expressément organisée dans l'intérêt des gentilshommes campagnards, il lui fut rigoureusement interdit de prêter de l'argent sur d'autres garanties que des garanties hypothécaires, et elle fut autorisée à prêter sur hypothèque au moins un demi-million par an. L'intérêt de ce demi-million ne devait pas excéder trois et demi pour cent si les payements se faisaient par trimestre, ou quatre pour cent si ces payements s'effectuaient par semestre. A cette époque, le taux établi de l'intérêt, sur les meilleures hypothèques, était de six pour cent. Les observateurs clairvoyants de l'ambassade hollandaise comprirent aussitôt que les capitalistes éviteraient d'engager leurs fonds dans une combinaison où ils ne pouvaient que perdre, et que la souscription n'arriverait jamais à la moitié, et il semble étrange que toute personne de bon sens ait pu penser autrement *.
Mais il était inutile de raisonner contre l'infatuation générale. Les Tories, dans leur enivrement, prédirent que la banque de Robert Harley éclipserait complètement la banque de Charles Montague. Le bill passa dans les deux Chambres. Le 27 avril il reçut la sanction royale, et, immédiatement après, le Parlement fut prorogé.
' Act. 7 et 8. Guillaume III, chap. XXXI. On peut suivre l'histoire de ces actes dan9 les Procès-Verbaux.