CHAPITRE IV
Opérations militaires dans les Pays-Bas.
Le 7 mai 1696 Guillaume débarqua en Hollande '. De là, il se rendit dans les Flandres et y prit le commandement des forces alliées qui étaient rassemblées dans les environs de Gand. Villeroi et Boufflers avaient déjà ouvert la campagne. Toute l'Europe attendait avec impatience de grandes nouvelles des Pays-Bas, mais cette attente fut déçue, aucun mouvement agressif n'eut lieu. Des deux côtés, la préoccupation des généraux fut d'empêcher leurs troupes de mourir de faim, et ils y réussirent assez difficilement. Les trésors déjà France et dfîUAagJ.eierre étaient vides. Louis avait, pendant limer, créé avec peine et à grands frais un magasin gigantesque à Givet sur la frontière de son royaume. Les bâtiments étaient commodes et d'une vaste étendue. On y avait accumulé une immense quantité de fourrage pour les chevaux. Le nombre des rations pour les hommes étaient communément estimé de trois à quatre millions. Mais dès les premiers jours du printemps, Athlone et Cohorn, avaient par une manœuvre aussi hardie qu'habile, surpris Givet et détruit complètement les magasins avec les approvisionnements 2. La France, qui tombait déjà d'épuisement, n'était pas en état de réparer une telle perte. Des sièges comme ceux de Mons et de Namur étaient des opérations trop coûteuses pour ses ressources. L'affaire de son armée était donc maintenant, non pas de conquérir, mais de subsister.
L'armée de Guillaume se vit réduite à une détresse non
1 Gazette de Londres, 4 mai 1696.
* Gazette de Londres, 12, 1G mars 1G96; Monthly Mercury (Mercure Mensuel) pour mars IG96.
moins pénible. La guerre n'avait pas, il est vrai, diminué d'une manière sensible la richesse matérielle de l'Angleterre, mais le pays souffrait cruellement de l'état défectueux de cet instrument au moyen duquel se distribuait sa richesse matérielle.
Crise commerciale en Angleterre.
Le samedi, 2 mai, était le jour fixé par le Parlement comme le délai passé lequel les couronnes, les demi-couronnes et les shellings rognés cesseraient d'être reçus pour leur valeur dans le payement des taxes '. Depuis l'aube jusqu'à minuit, une foule immense assiégea les portes de l'Echiquier. Il fallut faire venir la garde royale pour maintenir l'ordre. Le lundi suivant commença une agonie cruelle de quelques mois, agonie à laquelle devaient succéder de longues années d'une prospérité presque continuelle2.
La plus grande partie de l'ancienne monnaie d'argent avait disparu. La nouvelle était rare encore. Près de quatre millions sterling en lingots et en espèces fabriquées au marteau gisaient dans les caves de l'Echiquier, et les espèces fabriquées au moulinet ne sortaient encore que très-lentement de la Monnaie 3. Les alarmistes prédisaient que le royaume le plus riche et le plus éclairé de l'Europe allait être réduit à la condition de ces sociétés barbares où une natte s'achète avec une hache, et une paire de mocassins avec une pièce de gibier.
Il y avait, il est vrai, quelques pièces fabriquées au marteau qui avaient échappé a la mutilation, et l'on voyait encore dans la circulation des six-pence* intacts. Cette vieille monnaie composa avec la nouvelle un fonds d'argent peu abondant qui, ajouté à l'or, dut faire traverser l'été a la na-
1 L'acte déclarait que la monnaie rognée devait être apportée avant le 4 niai. Mais comme le 3 était un dimanche, le 2 était en réalité le dernier jour.
' L'Hermitage, 5 (15) mai 1696 , LcUrc-Nouvelle de Londres, 4, 6 mai. La Lettre-Nouvelle parle ainsi du 4 mai : Ce jour si mémorable à cause de l'intérêt universel que le peuple y avait.
' Lettre-Nouvelle de Lnulrcs, Cl mai 1696, le Vieux Maître de Poste, 25 juin; L'Hermitage, 19 (29) mai.
4 La pièce de six penee ou lo demi-shilling anglais, équivalait alors aux pièci'sdd ilouze sous qui ont d 'snaru depuis quarante ans de la monnaie française. {N T)