‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 20 sur 246 · CHANTRE I · texte numérisé non relu

CHANTRE I

Les Communes portèrent ensuite leurs investigations dans l'administration de la marine, et ne tardèrent pas à se quereller avec les Lords à ce sujet. Il n'était que trop évident qu'il y avait eu mauvaise direction quelque part. Il n'était guère possible d'acquitter à la fois Russell et Nottingham; et chaque Chambre soutenait celui des deux qui lui appartenait. Les Communes avaient, à l'ouverture de la session, passé un vote unanime de remercîments à Russell pour sa conduite à LaHogue. Elles prirent en considération, dans le grand comité d'avis, les mécomptes qui avaient suivi la bataille. Une motion fut faite, conçue en termes tellement vagues, qu'elle paraissait n'avoir aucun sens. On comprit néanmoins qu'elle impliquait un blâme contre Nottingham : aussi les amis de ce dernier s'y opposèrent-ils avec force. Le vote donna 165 voix pour, et 164 contre1.

Le lendemain même, Nottingham en appela aux Lords. Il exposa les faits avec toute 1 habileté d'un orateur accompli, et avec toute l'autorité qui appartient i une probité sans tache. Il déposa ensuite sur le bureau une grande masse de papiers, qu'il pria la Chambre de lire et d'examiner. Les Pairs paraissent avoir examiné ces pièces avec soin, et le résultat de cet examen ne fut rien moins que favorable à Russell. Cependant, on pensa qu'il serait injuste de le condamner sans l'avoir entendu; mais la difficulté consistait à trouver un moyen à l'aide duquel Leurs Seigneuries pussent l'entendre. Enfin il fut résolu que les prières seraient envoyées aux Communes avec un message impliquant que, dans l'opinion de la Chambre-Haute, une accusation se trouvait établie contre l'amiral, sur laquelle il devait être appelé à s'expliquer. On joignit à l'envoi des pièces une analyse de leur contenu2.

Ce message ne fut pas reçu avec beaucoup de respect. Russell jouissait, à cette époque, d'une popularité qu'il ne méritait guère, mais qui n'a rien de surprenant, lorsqu'on songe que le public ne savait rien de ses trahisons et savait seulement qu'il était le seul Anglais vivant qui eût remporté

1 Tindal, Coït Paper*; Communs' Journals, Il janvier 169*2-3. 1 Coït Papers, dans Tindal; Lords' Journals du 6 au 19 décembre Ib'J;', inclusivement.

Â(i REGNE DE GUILLAUME III.

une grande victoire. L'analyse des pièces fut lue par le clerc de la Chambre. Russell paria ensuite et fut fort applaudi ; ses amis insistèrent pour qu'on prît une décision immédiate. Sir Christophe Musgrave fit observer avec beaucoup de raison qu'il était impossible de prononcer un jugement sur une telle masse de dépèches sans les parcourir; mais on ne s'arrêta pas à cette objection. Les Whigs regardaient le membre accusé comme un des leurs : un grand nombre des Tories étaient éblouis par l'éclat de sa récente victoire; et ni Whigs ni Tories n'étaient disposés à montrer aucune déférence pour l'autorité des Pairs. La Chambre, sans lire les pièces, adopta à l'unanimité une résolution par laquelle elle exprimait une approbation chaleureuse de toute la conduite de Russell. Telles étaient les dispositions de l'assemblée, que quelques Whigs ardents crurent pouvoir se hasarder à proposer un vote de censure contre Nottingham nominativement. Mais cette tentative échoua. «Je suis prêt, » dit Lowther, — et, en parlant ainsi, il exprimait sans doute l'opinion de beaucoup de ses collègues, — je suis prêt à appuyer toute motion qui aura pour objet de rendre hommage à l'amiral; mais je ne saurais prendre part à une attaque contre le secrétaire d'Etat, Leurs Majestés n'ayant point à ma connaissance, de serviteur plus zélé, plus laborieux, plus fidèle que milord Nottingham. » Finch déploya en faveur de son frère toutes les ressources de son éloquence pleine de charme, et, sans s'opposer directement au sentiment dominant, trouva le moyen d'insinuer que la conduite de Russell n'avait pas été irréprochable. On n'insista pas sur le vote de censure contre Nottingham. Le vote qui déclarait que la conduite de Russell avait été digne de tous éloges fut communiqué aux Lords; et les pièces qu'ils avaient transmises leur furent renvoyées avec fort peu de cérémonie '. Les Lords, blessés de ce procédé, demandèrent une conférence libre. Cette demande fut accueillie, et les chefs des deux Chambres se réunirent dans la salle aux Peintures. Rochester, au nom de ses collègues, exprima le désir de connaître les motifs sur lesquels on s'était

* Pour les débats de ce jour dans la chambre des Communes, voir lis procén-veibaux, ïu décembre, et la Lettre île Robert Vilmout, représentant de Derby, à sou collègue Auehilel Grej , dans Gny Dclai, s,

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