‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 190 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

le mensonge le plus absurde qu'un agioteur pouvait inventer suffisait pour faire monter ou baisser les prix. Hier l'escompte n'était que de six pour cent, aujourd'hui il était à vingt-quatre. Un billet de dix livres qu'on avait accepté le matin, comme valant plus de neuf livres, en valait souvent le soir moins de huit*.

L'ingénieux Charles Montague sut trouver un autre moyen plus efficace encore, en pareille conjoncture, de remédier à l'absence des espèces métalliques. Il avait réussi à greffer, sur le Bill relatif à la banque de Harley, une clause qui autorisait le gouvernement à émettre du papier négociable portant intérêtau taux de trois pence par jour pour cent livres. C'est au milieu de la détresse et de la confusion générale que parurent les premiers billets de l'Echiquier. Ces nouveaux éléments de crédit, qui représentaient des sommes différentes, depuis cent livres jusqu'à cinq, se répandirent avec rapidité dans tout le royaume. Le gouvernement les fit distribuer par la poste, et partout ils furent parfaitement accueillis. Les Jacobites déclamèrent avec violence contre ce papier-monnaie dans les cafés , ils le décrièrent dans des vers pitoyables, mais leur opposition fut inutile. Le succès de cette combinaison fut tel qu'une fois les ministres résolurent d'émettre des billets de vingt shellings et même de quinze, pour servir à la solde des troupes. iMais il ne paraît pas que cette résolution ait été mise à exécution2.

Crise financière.

Il est difficile de concevoir comment, sans les billets de

'Sur ce sujet, voir la Courte Histoire du dernier Parlement, 1699; le Journal de Narcisse Luttrell; les Journaux de 1696, passtm, et les lettres de L'ilermitage passim. Voir aussi la Pétition des Drapiers de Gloucester dans les l'rocès-Veriaux des Communes, 27 novembre 1696. Oldmixon qui avait souffert lui-même de cet état de choses, écrit là-dessus avec son acrimonie plus qu'habituelle.

1 Voir L'Hermitage, 12 (25) juin, 23 juin (3 juillet), 1« (U août), 28 août (7 septembre) 1696. Le Postillon du 15 août parle des avantages considérables que le pays retira des bilets de l'Echiquier. Le Pégase' du 24 août dit : « Les billets de l'Echiquier prennent de plus eu plus faveur dans le public, et il n'y a là rien d'étonnant. » Le Pégase du 28 août dit : « Ces billets passent comme l'argent de main en main. On remarque que les gens qui crient contre sont malintentionnés à l'égard du gouvernement. » « L'expérience a démontré, dit le Postillon du 7 mai suivant, que ces billets étaient d'une utilité extraordinaire aux marchands et aux négociants de la Cité de Londres et du reste du royaume. »

■ib.

l'Echiquier, le gouvernement du pays aurait pu fonctionner cette année-là. L'état du crédit avait affecté toutes les ressources du revenu, et l'une de celles sur lesquelles le Parlement avait le plus compté pour défrayer plus de la moitié des charges de la guerre, ne fournit pas même un shelling.

Crise financière.

La somme qu'on attendait de la Banque foncière était de près de deux millions six cent mille livres. Sur celte somme, la moitié devait être souscrite, et un quart payé au 1er août. Le roi, avant son départ,- avait signé un acte nommant certains commissaires, dont les principaux étaient Harley et Foley, pour recevoir les noms des souscripteurs '. Les personnes intéressées dans cette affaire tinrent un grand meeting dans la salle de Middle Temple. Un bureau fut ouvert dans Exeter-Change, et un autre dans Mercer's Hall; quarante agents furent envoyés dans les provinces et annoncèrent à la classe des propriétaires fonciers l'approche de l'âge d'or, de l'âge des rentes élevées et des faibles intérêts. Le Conseil de Régence, afin de donner l'exemple à la nation, inscrivit le nom du roi pour cinq mille livres, et les journaux déclarèrent que les listes de souscription seraient promptement remplies2. Mais au bout de trois semaines, il se trouva que quinze cents livres seulement étaient venues s'ajouter au cinq mille souscrites par le roi. Beaucoup de personnes s'étonnèrent de ce fait; pourtant la chose n'avait pas de quoi surprendre. Là somme que les partisans du projet s'étalent chargés de procurer au gouvernement était une somme que les ennemis de ce projet pouvaient seuls fournir. Les gentilshommes campagnards étaient favorables à la combinaison de Harley, mais ils ne lui étaient favorables que parce qu'ils avaient besoin d'emprunter de l'argent a debounea i o.:ditious, et dès lors qu'ils avaient besoin d'emprunter de l'argent, naturellement ils n'étaient pas en mesure d'en prêter. Les capitalistes seuls pouvaient fournil' l'argent nécessaire à l'existence de la Banque foncière. Mais la Banque foncière n'avait-elle pas pour but avoué de diminuer les prolits, de rui-

i Procès-Verbaux dis Communes, 85 novembre 1606. ' L'Hermitage, 2(l2)juin 1C90; Procès-Verbaux des Communes, 25 novembre; le Postillon, o mai, 4 juiu, 2 juillet.

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