‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 191 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ner l'influence politique et d'amoindrir la position sociale des capitalistes? Les usuriers n'ayant pas voulu détruire l'usure à leurs dépens, toute la combinaison échoua d'une manière qui, malgré la gravité de la situation, avait son côté singulièrement plaisant. Le terme approchait, et les pages du registre des souscriptions, déposé dans Mercer's Hall, étaient encore toutes blanches. A cette vue, les Commissaires restèrent confondus d'étonnement. Dans leur détresse, ils implorèrent l'indulgence du gouvernement. Un grand nombre de capitalistes, dirent-ils, désiraient souscrire, mais ils se tenaient à l'écart parce que les conditions étaient trop dures. Il fallait que le gouvernement en adoucît la rigueur et que le Conseil de Régence consentît à une réduction de trois cent mille livres. Les finances se trouvaient dans un tel état, et les lettres où le roi représentait ses besoins étaient si pressantes, que le Conseil de Régence hésita. On demanda aux Commissaires si, la réduction accordée, ils s'eng.-geaient à trouver la somme tout entière. Ils ne purent répoudre d'une manière satisfaisante; ils n'osèrent promettre de fournir plus de huit cent mille livres. La négociation fut donc rompue. Le premier août arriva, et la souscription nationale à la magnifique entreprise sur laquelle on fondait tant d'espérances, se réduisit à deux mille cent livres '.

Juste à ce moment, Portland arriva du continent, chargé par Guillaume de trouver de l'argent à n'importe quel prix et n'importe où. Le roi avait épuisé son crédit personnel en Hollande pour donner du pain à son armée. Mais tout restait insuffisant. Il écrivit aux ministres que s'ils ne lui envoyaient promplement des subsides, ses troupes se mutineraient ou déserteraient par milliers. Il savait, disait-il, qu'il serait hasardeux de réunir le Parlement pendant son absence, mais s'il ne restait plus d'autre ressource, il faudrait courir ce risque-là 2. Le Conseil de Régence, dans le dernier embarras, se repentit de n'avoir pas accepté, malgré leur dureté, les conditions qu'avaient offertes les Commissaires à

' L'Hermitage, 3 (13>, «0 (20) juillet; Procès-Verbaux des Communes, 25 novembre; Gazelle de Pans, 30 juin, 25 août; le Vieux ilailre de Poste, 0 juillet.

' Guillaume à Heinsius, 30 juillet 1606; Guillaume à Shrewsbury, 23, M), 31 juillet.

Mercer's Hall. La négociation fut reprise. Shrewsbury, Godolphin et Porland, en qualité d'agents du roi, eurent plusieurs conférences avec Harley et Foley, qui récemment avaient prétendu avoir pour huit cent mille livres de souscriptions toutes prêtes à la Banque foncière. Les ministres leur donnèrent l'assurance que si, dans cette conjoncture, on avançait au gouvernement la moitié seulement de cette somme, ceux qui auraient rendu ce service à l'Etat seraient, dans la session suivante, incorporés en société sous le nom de Banque nationale foncière. Harley et Foley promirent d'abord d'un air de confiance de trouver la somme demandée. Mais ils revinrent bientôt sur leur parole. Ils se montrèrent pointilleux et disputèrent sur des bagatelles. A la fin, les huit cent mille livres se réduisirent à quarante mille, et même ces quarante mille ils ne purent les avoir qu'à des conditions rigoureuses '. Ainsi finit cette grande déception de la Banque foncière. La Commission expira et les bureaux furent fermés. Alors le Conseil de Régence, presque réduit au désespoir, eut recours à la Banque d'Angleterre. Il ne fallait qu'une somme minime, deux cent mille livres sterling seulement pour suffire aux besoins si pressants du roi. La Banque d'Angleterre voulait-elle avancer cette somme? Les capitalistes qui avaient la haute main dans cette corporation se montraient mécontents, et ce n'était pas sans raison. Mais on ne leur épargna ni les belles paroles, ni les supplications, ni les promesses. Montague déploya toute son influence qui était justement considérable. Les directeurs promirent de faire ce qu'ils pourraient, mais ils craignirent d'être obligés de faire un second appel de vingt pour cent à leurs commettants. Il fallait que la question fût soumise à une assemblée générale. Dans cette assemblée générale, plus de six cents personnes avaient le droit de voter, et l'on ne pouvait prévoir le résultat. Les propriétaires d'actions furent convoqués pour le 15 août dans Grocer's Hall. Pendant les intervalles d incertitude pénible, Slirewsbury écrivit à son maître en termes tragiques qu'on rencontre rarement dans les lettres ollicielles : « si ce moyen-ci ne réussit pas, Dieu sait où il

' Shrcwsburj à Guillaume, 2S, 31 juillet, 4 août 1695; L'Ucrniilage, 1" (11) août.

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