CHAPITRE IV
faudra en venir. Mieux vaut tout essayer, tout tenter que d'attendre la mort dans son lit '. » Le 15 août, époque mémorable dans l'histoire de la Banque, eut lieu l'Assemblée générale. Le fauteuil était occupé par sir John Houblon, le gouverneur qui était en même temps Lord-Maire de Londres et, ce qui paraîtrait étrange de notre temps, Commissaire de l'Amirauté. Sir John, dans un discours dont chaque mot avait été écrit et avait été pesé par les Directeurs, explique l'affaire et supplie l'Assemblée de venir à l'aide du roi Guillaume. Ce discours souleva d'abord un léger murmure. « Si nos billets suffisaient, dit-on, nous consentirions volontiers à assister Sa Majesté, mais deux cent mille livres en numéraire dans un temps comme celui-ci ! » Le gouverneur déclara d'une manière catégorique qu'il n'y avait que de l'or ou de l'argent qui pût pourvoir aux besoins de l'armée de Flandres. Enfin la question fut mise aux voix et toutes les mains se levèrent dans Grocer's Hall pour qu'on envoyât de l'argent au roi. Les lettres qui partirent de l'Ambassade hollandaise informèrent les Etats-Généraux que les événements de ce jour avaient scellé l'étroite alliance de la Banque et du gouvernement, et que plusieurs ministres, immédiatement après la réunion, avaient acheté des actions uniquement afin de donner un gage de leur attachement pour la corporation qui avait rendu à l'Etat un si grand service 2.
Sur ces entrefaites, le gouvernement faisait de vigoureux efforts pour hâter la refonte des monnaies. Depuis la Restauration, la Monnaie, comme tous les autres établissements publics du royaume, avait été un véritable nid de fainéants et d'agioteurs. Les importantes fonctions de gouverneur, qui valaient entre six et sept cents livres sterling par an, étaient devenues une sinécure successivement donnée à de nobles gentilshommes qui passaient leur vie à la table de
I Shrewsbury à Guillaume, 7 août 169G; L'Hermitage, 14 (24) août; Gazette de Londres, 13 août.
* L'Hermitage, 18 (28) août 1696. Dans les Archives de la Banque se trouve la résolution des directeurs qui prescrit les termes dont sir John Houblon devait se servir. La reconnaissance de Guillaume pour le service que lui lendit la Banque dans cette occasion est exprimée dans sa lettre a Shrewsbury, du 24 août (3 septembre). L'un des directeurs, dans une lettre au sujet du la Banque, imprimée en 1697, dit: «Les directeurs n'auraient pu répondre des actionnaires, s'il s'était agi d'un intérêt moins grave que du salut du myaume. «
jeu de Whitehall, mais qui ne daiguaient jamais s'approcher de la Tour. Cette place étant devenue vacante en ce moment, Montague l'avait obtenue pour Newton »; L'habileté, l'activité industrieuse et la rigide probité du grand philosophe, ne tardèrent pas à produire une révolution complète dans toutes les parties du département confié à ses soins 2. Il se consacra à sa tâche avec une ardeur qui ne lui laissa plus un seul moment pour ces études dans lequelles il avait surpassé Archimède et Galilée. Jusqu'à ce que le grand œuvre de la refonte des monnaies fût achevé, il résista avec fermeté, presque avec colère, à toutes les tentatives que firent les savants, soit en Angleterre, soit sur le Continent, pour le détourner de ses devoirs administratifs 3. Les vieux employés de la Monnaie avaient cru faire une chose magnifique que de frapper par semaine quinze mille livres d'argent. Quand Montague parla de trente ou quarante mille, ces hommes, qui ne connaissaient que la rou-
* Brefs Mémoires de Haynes ; Manuscrits Lansdowne, 801. La lettre toute amicale dans laquelle Montague annonce à Newton sa nomination a elé souvent imprimée. Elle porte la date du 19 mars tti'Jâ-b.
* J'éprouve un vif plaisir à citer les paroles suivantes de Haynes, homme habile, plein d'expérience et de pratique, qui travaillait habituellement avec Newton. Ces paroles, je crois, n'ont jamais été imprimées '. « M. lsaac Newton, professeur de mathématiques à Cambridge, le plus grand philosophe et l'un des hommes les plus vertueux, que notre siècle ait produits, fut recommandé, par un célèbre et habile homme d'Etat, à la faveur du feu roi pour le poste de gardien de la monnaie royale. Il était admirablement propre à ces fonctions à cause de son génie extraordinaire comme mathématicien et de sa rare intégrité, qualités qui lui permirent, l'une, de se rendre compte exactement des opérations de la monnaie dis qu'il entra en fondions, et l'autre de servir de modèle, pour la conduite et la tenue, à tous les employés, grands et petits, de rétablissement ! Quel bonheur pour le public, si M. Newton avait eu cette place quelques années plus tôt! » 11 est intéressant de compiler ce témoignage émané d'une personne aussi profondément versée dans les affaires de la Monnaie arec le bavardage ridicule de Pope : « Sir lsaac Newton, dit Pope, si fort en algèbre et dans les inliniment petits ne savait pas faire couramment le compte le plus simple, et, quand il était directeur de la Monnaie, il lui fallait quelqu'un pour faire ses comptes pour lui. » Les hommes d'Etat au milieu desquels Pope passait sa vie, auraient pu lui dire que ce n'est pas par ignorance eu arithmétique que les personnes qui sont à la tète de grands déparlements laissent à des commis le soin des comptes des livres, des shellings et des pence.
* a Je n'aime pas, écrivait-il à Flamsteed, à être imprimé à toute occasion, encore moins à être importuné et relancé par des étrangers sur tout ce qui touche aux mathématiques. Je n'aime pas non plus à ce que les gros d'ici croient que je perds mon temps à cela, quand je suis tout aux ail
du roi.