‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 193 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tine, déclarèrent la chose impraticable. Mais l'énergie du jeune Chancelier de l'Echiquier et de son ami le gouverneur accomplit déplus grandes merveilles. Bientôt dix-neuf moulinets marchèrent à la fois à la Tour. On formait à Londres les ouvriers, et dès que leur instruction était complète, on les envoyait par détachement dans d'autres parties du royaume. Des Monnaies furent établies à Bristol, à "York, à Exeter, à Norwich et à Chester. Cette combinaison fut extrêmement populaire. Les machines et les ouvriers étaient accueillis dans leur nouvelle station au son des cloches et au bruit du canon. L'émission hebdomadaire des espèces monta à soixante mille livres sterling, à quatre-vingt mille, à cent mille, enfin, à cent vingt mille livres '. Et pourtant cette émission, bien que considérable, qui était non-seulement sans précédent, mais encore qui dépassait toute espérance, était faible en comparaison des demandes de la nation. L'argent nouvellement frappé ne passa pas non plus tout entier dans la circulation, car, pendant l'été et l'automne, les politiques, qui voulaient qu'on élevât la dénomination de la monnaie, déployèrent une grande activité et se répandirent en clameurs, et l'on s'attendait généralement à ce que le Parlement, dès la réouverture de ses sessions, décréterait l'abaissement du titre. Naturellement tous ceux qui pensaient pouvoir, dans un avenir très-rapproché, payer une dette d'une livre avec trois couronnes au lieu de quatre, se gardaient bien jusque-là de se défaire d'une couronne. 11 en résulta que l'on mit en réserve la plupart des pièces fabriquées au moulinet 2. Mai, juin et juillet se passèrent sans augmentation sensible dans la quantité de la bonne monnaie. Ce ne fut qu'en août qu'il fut possible à un observateur attentir de distinguer les premiers et faibles symptômes du retour de la prospérité 3.

' Brefs Mémoires de Bapton Haynes; Manuscrits Lansdowne, 861 ; Le Vieux Maître de Poste, 4 juillet 1096; Le Postilloti, 30 mai, 4 juillet, 12, 19 septembre, 8 octobre; Dépêches de L'Hermitage dans l'été et l'automne de cette année, passim.

' Gazette de Paris, 11 août 1696.

J C'est le 7 août que L'HermPage remarqua pour la première fois que l'argent semblait être plus abondant.

Détresse du peuple. — Ses dispositions. — Sa conduite.

La détresse du bas peuple, déjà si grande, fut aggravée encore par les folies des magistrats et les intrigues de l'opposition. Un squire qui était membre de la Commission des juges de paix ', croyait parfois de son devoir d'administrer à ses voisins, dans cette conjoncture difficile, ce qu'il regardait comme l'équité; mais attendu que parmi les préteurs ruraux, il n'y en avait pas deux qui eussent exactement les mêmes notions sur ce qui était équitable ou non, leurs édits ne faisaient qu'augmenter la confusion. Dans telle paroisse, les magistrats, par une violation odieuse de la loi, menaçaient les habitants du bâton, s'ils refusaient de prendre pour leur valeur les shellings rognés. Dans telle autre paroisse, au contraire, il était enjoint de ne prendre ces shellings qu'au poids a. En -même temps, les ennemis du gouvernement s'efforçaient avec une ardeur infatigable à lui créer des embarras. Us haranguaient la multitude dans tous les lieux publics depuis les Chocolate-Houses 3 dans Saint-James- Street jusqu'à la cuisine en plein vent du cabaret sur la pelouse du village. En vers comme en prose ils excitaient les masses souffrantes à se soulever en armes. De tous les traités qu'ils publièrent à cette époque, le plus remarquable eut pour auteur un prêtre déposé nommé Grascombe dont la férocité et la grossièreté faisaient depuis longtemps la honte des Non-Jureurs les plus respectables. Cet homme lit tous ses efforts pour persuader à la populace de mettre en pièces ceux des membres du Parlement qui avaient voté pour la restauration du numéraire 4. Ce serait aller trop loin

1 Quorum.

' Comparez la lettre d'Edmond Bohu à Carey, du 31 juillet 1696, avec le .numéro de la Gazette de Paris à la date correspondante. La description que Bohu fait de l'état du Norfolk, se ressent évidemment de la teinte naturellement sombre de son caractère et des sentiments qu'il profes-;ut à l'endroit de la Chambre des Communes. 11 ne faut point se fier à ses statistiques; quant à ses prédictions, les événements en ont clairement démontré la fausseté. Mais on peut le croire sur les faits mêmes qui se sont passés dans son voisinage.

• Voir sur les Chocolaté Ilouse et les Coffee Ilouses (Cafés), le premier volumes de cette histoire.

* Pour lecaiactèie de Grascombe et l'opinion qu'avaient de lui les plus estimables Jacobiles, voir la Vie de Kettlewetl, IIIe part., sect. 55. Lee, le compilateur de la Vie dr K ttlevoell, cite, en les flétrissant comme ils le nié-

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