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CHAPITRE IV

l'horreur; on avait oublié ses manières réservées, ses attachements étrangers. Il était devenu pour son peuple uii objet d'intérêt et d'affection personnelle. Partout on se présentait en foule pour signer l'acte par lequel la nation s'engageait à le défendre et à le venger. Partout on voyait sur les chapeaux les signes du dévouement de la nation à sa personne. On avait peine à tirer des mains de la foule indignée les imprudents qui osaient mettre ouvertement son titre en question. Le mot de Jacobite était devenu synonyme de celui de coupejarret. Des laïques jacobites s'étaient couverts d'infamie en formant contre le roi un odieux projet d'assassinat, et l'on avait vu des prêtres jacobites se couvrir également d'infamie, en témoignant à la face du jour et dans l'accomplissement d'une solennité religieuse qu'ils approuvaient cet assassinat. Un grand nombre de personnes honnêtes et pieuses qui se croyaient encore tenues envers Jacques par leur serment de fidélité, avaient alors repoussé tout rapport avec des fanatiques, qui semblaient persuadés qu'une fin légitime justifiait les moyens les plus illégitimes. Tel était l'état, pendant l'été et l'automne de 1696, l'état de l'opinion publique. C'est ce qui explique comment des souffrances qui dans les sept années précédentes eussent certainement amené une révolte et peut-être une contre-révolution ne causèrent pas un seul trouble assez sérieux pour exiger l'emploi des constables.

Négociatioùs avec la France. — Le duc de Savoie abandonne la coalition.

Néanmoins, l'effet de la crise commerciale et financière de l'Angleterre se fit sentir sur les flottes et dans les armées de la coalition. La grande source des subsides était tarie, et l'on ne put tenter nulle part d'importantes opérations militaires. Sur ces entrefaites, il avait été fait des ouvertures de paix et une négociation s'était ouverte. Caillières, l'un des plus habiles diplomates au service de la France qui en comptait un si grand nombre, avait été envoyé dans les Pays-Bas et avait eu plusieurs conférences avec Dykvelt. Ces conférences auraient peut-être abouti à un prompt et heureux résultat, si la France n'avait pas à ce moment même remporté ailleurs une grande victoire diplomatique. Louis avait pendant sept années travaillé en vain pour briser la ligue redoutable de

souverains que la crainte de sa puissance et de son ambition avait coalisés et maintenait unis contre lui. Mais pendant sept années, tous ses efforts avaient échoué devant l'habileté de Guillaume, et quand s'ouvrit la huitième campagne, la confédération n'avait pasété affaiblie par une seule désertion. Bientôt toutefois on commença à soupçonner que le duc de Savoie traitait secrètement avec l'ennemi. Il donna à Gahvay, qui représentait l'Angleterre à la Cour de Turin, l'assurance solennelle que ces soupçons n'avaient pas le moindre fondement, et adressa à Guillaume des lettres pleines de protestations d'attachement à la cause commune, et où il demandait avec instance qu'on lui envoyât plus d'argent. Cette dissimulation continua jusqu'au jour où une armée française, commandée par Catinat, parut en Piémont. Alors le duc jeta le masque, conclut la paix avec la France, joignit ses troupes à celles de Catinat, envahit le Milanais et informa les alliés qu'il venait d'abandonner que s'ils ne voulaient l'avoir pour ennemi, ils devaient déclarer l'Italie terrain neutre. Les Cours de Vienne et de Madrid, tout effrayées, se soumirent aux conditions qu'il leur dictait. Guillaume supplia et protesta en vain. Son influence n'était plus ce qu'elle avait été. On croyait généralement en Europe que les richesses et le crédit de l'Angleterre étaient complètement épuisés, et ses alliés comme ses ennemis s'imaginèrent pouvoir la traiter impunément d'une manière indigne. L'Espagne, fidèle à sa maxime invariable que les autres devaient tout faire pour elle sans qu'elle fît rien elle-même, eut l'effronterie d'adresser des reproches au prince auquel elle devait de n'avoir pas perdu les Pays- Bas et la Catalogne, parce qu'il n'avait pas envoyé des troupes et des vaisseaux pour défendre ses possessions d'Italie. Les ministres de l'Empereur prirent et exécutèrent des résolutions qui affectaient gravement les intérêts de la coalition, sans consulter qui avait été l'auteur et l'âme de cette coalition '. Après l'échec du complot d'assassinat, Louis avait accepté la pénible nécessité de reconnaître Guillaume et avait autorisé Caillières à faire une déclaration à cet effet. Mais la défection de la Savoie, la neutralité de l'Italie, la désunion

1 Mercure mensuel ; Correspondance cotre Shrewsbury et Gaiway; Guillaume à Heinsius, 23 juillet lô'JO; Mémoires du marqua de Legancs.

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