CHAPITRE IV
qui s'était mise parmi les alliés, et par-dessus tout la détresse de l'Angleterre exagérée encore par toutes les lettres que les Jacobites de Saint-Germain recevaient des Jacobites de Londres, toutes ces circonstances produisirent un changement dans les dispositions de Louis. Le ton de Caillières devint hautain et arrogant. Il revint sur sa parole et refusa de prendre aucun engagement garantissant que son maître reconnaîtrait le prince d'Orange comme roi de la Grande- Bretagne. La joie fut grande parmi les Non-Jureurs. Ils avaient toujours été certains, dirent-ils, que le grand roi ne serait pas assez oublieux de sa propre gloire et de l'intérêt commun des souverains pour abandonner la cause de ses hôtes'infortunés et pour donner à un usurpateur le nom de frère. Ils savaient de source excellente que tout récemment, à Fontainebleau, Sa Majesté très-chrétienne avait donné à ce sujet au roi Jacques les assurances les plus satisfaisantes. Il y a même lieu de croire que le projet d'une invasion de l'Angleterre fut discuté de nouveau à Versailles et d'une manière sérieuse '. L'armée de Catinat se trouvait maintenant disponible. La France délivrée de toute appréhension du côté de la Savoie, pouvait affecter vingt mille hommes à une descente en Angleterre, et si la misère et le mécontentement du pays étaient tels qu'on le disait généralement, la nation pouvait être disposée à recevoir à bras ouverts des libérateurs étrangers.
Telle était la sombre perspective qu'avait devant lui le roi Guillaume lorsque, dans l'automne, de 169G, il quitta son camp des Pays-Bas pour -retournëFen Angleterre. Ceux de ses serviteurs qui étaient restés a Londres attendaient son arrivée avec une impatience mêlée d'émotions diverses. Une cause qui, au premier abord, ne paraissait pas devoir produire un tel résultat, avait jeté tout le monde politique dans la confusion.
Poursuites contre les conspirateurs jacobites en Angleterre. — Sir John Fenwick.
Pendant son absence, les poursuites dirigées contre les
1 Guillaume à Huinsius, 27 août (6 septembre), 15 (25), 17 (27) novembre 1696; Priorà Lexinglon, 17fr27) novembre; Villiers à Shrewsburv, 13 (23) novembre.
au.
Jacobites qui avaient trempé dans les complots de l'hiver précédent, n'avaient point cessé, et parmi ces Jacobites aucun ne courait de plus grands dangers que sir John Fenwick. Sa naissance, ses liaisons, les postes élevés qu'il avait occupés, l'activité infatigable avec laquelle, pendant plusieurs années, il avait travaillé à renverser le gouvernement, l'insolence qu'il avait montrée envers la personne de la feu reine, le désignaient comme un homme sur lequel il fallait faire un exemple. Il réussit toutefois à échapper aux officiers de justice dans le plus fort des poursuites. Dans l'endroit où il était caché, il s'avisa d'un moyen ingénieux qui devait, pensait-il, le préserver du sort de ses amis Charnock et Parkyns. Il fallait deux témoins pour le faire condamner. D'après ce qui s'était passé lors du procès de ses complices, il ne restait plus que deux témoins qui pussent prouver sa culpabilité, Porter et Goodman. Il était hors de tout danger s'il réussissait à persuader à l'un ou à l'autre de ces deux hommes de se dérober aux atteintes de la justice.
Fenwick n'était pas le seul personnage qui eût de fortes raisons pour désirer que Porter ou Goodman , ou tous les deux à la fois, quittassent l'Angleterre. Aylesbury avait été arrêté et enfermé à la Tour, et il n'ignorait pas que si ces hommes venaient à déposer contre lui, il était exposé à perdre sa tète. Ses amis et ceux de Fenwick se procurèrent ce qu'ils considérèrent comme une somme sullisante, et deux Irlandais, ou, dans le langage des journaux du temps, deux coureurs de marais, un barbier nommé Clancy, et un capitaine licencié, du nom de Donelagh, entreprirent l'œuvre de corruption.
La première tentative eut lieu sur Porter; Clancy s'arrangea de manière à le rencontrer dans une taverne, lui lama des insinuations significatives, et, voyant ces insinuations favorablement accueillies, entama une négociation régulière. Les olfres étaient séduisantes. Trois cents gui nées comptant, trois cent de plus dès que le témoin serait de l'autre côté de la mer, une belle pension sa vie durant, un pardon complet de la part du roi Jacques, et une retraite sûre en France. Porter ne parut pas éloigné de céder, et peut-être ne l'élail-il pas au fond du cœur. Il répondit qu'il était encore ce qu'il avait été, qu'il était attaché à la bonne cause, mais qu'il