‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 197 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

avait été soumis à des épreuves trop fortes. La vie avait des douceurs. Il était facile à des gens qui n'avaient jamais été en danger de la perdre de dire qu'il n'y avait qu'un misérable qui pût se sauver en perdant ses complices ; mais quelques heures passées à Newgate, avec la perspective d'un voyage à Tyburn dans un tombereau, apprendraient à ces gens, qui se vantaient ainsi, à être plus charitables. Après des conférences fréquentes avec Clancy, Porter fut présenté à la femme de Fenvvick, lady Mary, sœur du comte de Carlisle. Tout fut bientôt réglé. Donelagh fit les dispositions nécessaires pour la fuite de Porter. Un bâtiment devait l'attendre. Les lettres qui devaient assurer au fugitif la protection du roi Jacques furent préparées par Fenwich. L'heure et le lieu où Porter devait recevoir le premier versement de la récompense promise furent fixés. Mais le cœur lui manqua. Et, en effet, il avait été si loin, que c'eût été folie à lui que de revenir sur ses pas. C'était lui qui avait envoyé au gibet Charnock, King, Keyes, Friend, Parkyns, Rookevood, Cranburne. Il était impossible qu'on pût jamais pardonner sérieusement à un pareil Judas. En France, au milieu des amis et des camarades de ceux dont il avait causé la ruine, la vie ne serait pas tolérable pour lui. Il n'était pas de pardon signé du Grand-Sceau qui pût détourner le coup d'un ami qui voudrait les venger. De plus, qui répondra que les offres qu'on faisait aujourd'hui n'étaient pas un piège qu'on tendait à la victime pour l'attirer dans un lieu où on lui ménageait un sort terrible? Porter résolut d'être fidèle au gouvernement qui seul pouvait le protéger. Il donna à Whitehall avis de toute l'intrigue, et il reçut des ministres des instructions à cet égard. La veille du jour fixé pour son départ, il eut une dernière entrevue avec Clancy dans une taverne. Trois cents guinées lui furent comptées sur la table. Porter les mit dans sa poche, puis donna un signal. Aussitôt des messagers du secrétaire d'Etat se précipitèrent dans la salle et produisirent un mandat d'arrestation. Le malheureux barbier fut jeté en prison, jugé pour ce délit, condamné et mis au pilori '.

1 C'est à l'interrogatoire de Porter devant la^Chambre des Communes, (iMo-li), que j'ai emprunté ce récit de la tentative faite pour corrompre

Capture de Fenwick.

Ce contre-temps rendit la situation de Fenwick plus périlleuse que jamais. Aux sessions suivantes pour la Cité de Londres, un acte d'accusation, pour crime de haute trahison, fut soumis contre lui au Grand-Jury. Porter et Goodman comparurent en qualité de témoins pour la couronne, et le bill fut rendu. Alors Fenwick jugea qu'il était temps pour lui de se sauver sur le Continent. Il fit ses dispositions pour passer la mer. Il quitta l'endroit où il était caché et se rendit à Romney Marsh. Il espérait y trouver un abri jusqu'au moment ou arriverait le bâtiment qui devait le transporter de l'autre côté du canal. Car, bien que l'établissement de Hems eût été détruit, il y avait encore dans cette triste solitude des contrebandiers qui exerçaient toutes sortes de trafics illégitimes. Il se trouva que deux de ces individus venaient d'être arrêtés sous prévention de donner asile à des traîtres. Le messager qui les avait mis en prison s'en retournait à Londres avec eux, lorsque, sur la grande route, il se rencontra face à face avec Fenwick. Malheureusement pour ce dernier, il n'y avait pas en Angleterre de figure plus connue que la sienne. « C'est sir John, » dit l'agent à ses prisonniers. «Aidez-moi, mes braves, et, je vous le promets, vous aurez votre pardon avec un sac de guinées. » L'offre était trop tentante pour être refusée. Mais Fenwick était mieux monté que ses assaillants; il s'élança au milieu d'eux le pistolet à la main, et fut bientôt hors de vue. Ils le poursuivirent. Tout le pays lui courut sus. Les cloches de toutes les paroisses sonnèrent l'alarme; tous les sentiers furent gardés, tous les buissons battus, toutes les cabanes fouillées. Enfin, on trouva le fugitif blotti sous un lit. Juste à ce moment, une barque d'apparence suspecte se montra en vue. Elle s'approcha du rivage et arbora le pavillon anglais ; mais les yeux exercés des pêcheurs anglais crurent bien la reconnaître pour un corsaire français. Il n'était pas difficile de deviner ce qu'elle venait faire. Après avoir al-

Porter. Je l'ai puisé également aux sources suivantes : Burnel, II, IS3; L'Herrailage aux Etats- Généraux, 8 (is), 12 (2-2) mai IC96'; Le Postil mai ; Le Courier, 9 mai ; Journal de Narcisse Luttrell; Gazelle de Londres,

i'J oc lubie 10'JO.

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