CHAPITRE IV
tendu en vain pendant quelque temps son passager, elle gagna la pleine mer '.
Malheureusement pour lui, Fenwick parvint à tromper la vigilance de ceux à la garde desquels il était confié, et à griffonner au crayon un billet pour sa femme. Chaque ligne de ce billet contenait la preuve évidente de sa culpabilité. « Tout, » disait-il, « était perdu ; il était un homme mort, à moins, toutefois, que ses amis, à force de sollicitations, n'obtinssent son pardon. Peut-être tous les Howards, en unissant leurs prières, y réussiraient-ils. Quant à lui, il s'en irait à l'étranger. Il prometrait solennellement de ne jamais remettre les pieds sur le sol anglais et de ne jamais tirer l'épée contre le gouvernement. Si l'on pouvait corrompre un juré ou deux, de manière à tenir le reste du jury en échec, cela seul, » ajoutait-il, « peut me sauver, ou il n'y a plus d'espoir. »
Ce billet fut intercepté en route, avant d'être mis à la poste, et envoyé àWhitehall. Fenwick fut aussitôt transporté à Londres, et comparut devant les juges. D'abord il parla haut et jeta le défi à ses accusateurs. On lui fit observer qu'il n'avait pas toujours eu cette assurance, et on lui mit sous les yeux la lettre qu'il avait écrite à sa femme. Jusque-là, il avait ignoré qu'elle était tombée dans des mains auxquelles elle n'était point destinée. Sa détresse et sa confusion furent extrêmes. Il comprit que s'il était immédiatement envoyé devant le jury, sa condamnation était inévitable. Une seule chance lui restait. S'il parvenait à faire reculer de quelque temps son procès, les juges partiraient pour leurs tournées dans les provinces. De cette façon, il gagnerait quelques semaines, et dans cet intervalle on pouvait faire quelque chose.
Aveux de Fenwick.
Fenwick s'adressa en particulier au lord Steward, Devonshire, avec qui il avait eu auparavant quelques relations d'amitié. Dans son accablement, il déclara qu'il s'abandonnait entièrement à la merci du roi, et offrit de révéler tout
1 Gazelle de Londres; Narcisse Lutlrell; L'Hermitage, 12 (22) juin; Le l'oslillon, 11 juin.
ce qu'il savait au sujet des complots des Jacobites. 11 était incontestable qu'il savait beaucoup de choses. Devonshire conseilla à ses collègues d'ajourner le procès jusqu'à ce qu'on connût le bon plaisir de Guillaume. Le conseil adopta cet avis. Le roi fut informé de ce qui s'était passé, et, bientôt après, il répondit en ordonnant à Devonshire de recevoir par écrit les aveux du prisonnier, et de lui envoyer en toute hâte dans les Pays-Bas celte confession '.
Fenwick eut alors à se demander quelles étaient les choses sur lesquelles porteraient ses aveux. Si, selon sa promesse, il révélait tout ce qu'il savait, il compromettait évidemment d'une manière grave un grand nombre de nobles, de gentilshommes et d'ecclésiastiques jacobites. Mais malgré la terreur que lui inspirait la mort, l'attachement à son parti était plus fort chez lui que la crainte même de la mort. La pensée lui vint de bâtir une fable que l'on put considérer comme assez véridique pour lui mériter son pardon, qui tout au moins fît différer son procès de quelques mois, sans compromettre toutefois un seul des partisans sincères de la dynastie proscrite, qui, de plus, jetât daus la détresse et l'embarras les ennemis de cette dynastie et remplit de craintes et d'animosités la cour, le conseil et le Parlement de Guillaume. Il ne divulguerait rien qui fût de nature à exposer la tête de ces fidèles Jacobites qui, à plusieurs reprises, avaient attendu, le pistolet chargé et leurs chevaux sellés, le débarquement du roi légitime accompagné par une armée française. Mais ces faux Jacobites qui, après s'être moqués de leur souverain exilé en lui faisant chaque année des protestations de dévouement et des promesses de service, avaient, dans toutes les grandes crises, trouvé quelque raison pour le tromper clans son attente et étaient maintenant au nombre des appuis les plus énergiques du trône de l'usurpateur, ceux-là pourquoi les épargner? Qu'ily eût de ces jacobites-là dans les emplois les plus élevés de l'administration et de l'armée, Fenwick était fondé à le croire. Mais il ne pouvait produire aucun fait qui pût servir de base à une mise en accusation devant un tribunal, car aucun d'eux ne lui avait jamais confié de message ou de
1 Vie de Guillaume III, 1703; Déposition de Vernoa donnée de sa place à la Chambre des Communes) 10 novembre 1690.