CHAPITRE T
fondé pour déclarer l'amiral irréprochable. Les membres des Communes, qui se tenaient debout de l'autre côté de la table, répondirent qu'ils n'avaient été autorisés à donner aucune explication, mais qu'ils rendraient compte de ce qui avait été dit à ceux qui les avaient envoyés ».
Cependant les Communes étaient complètement fatiguées de l'enquête sur la conduite de la guerre. Les membres s'étaient débarrassés d'une grande partie de la mauvaise humeur qu'ils avaient apportée de leurs provinces, en l'exhalant en paroles. Burnet donne à entendre que certains moyens dont Caermarthen et Trevor possédaient le secret furent mis en usage pour empêcher des votes qui auraient fort embarrassé le gouvernement. Mais, s'il n'est pas improbable que quelques bruyants patriotes aient pu être calmés avec des sacs de guinées, il serait absurde de supposer que ce genre d'inlluence ait dû être exercé sur la Chambre en général. Il suffit d'avoir quelque expérience de ces assemblées pour savoir que l'ardeur avec laquelle elles s'engagent dans de longues enquêtes ne tarde pas ta se refroidir, et que leurs passions s'éteignent bientôt, si elles ne sont pas entretenues par une opposition peu judicieuse. En peu de temps, tout le monde fut las du « Grand Comité d'Avis. » Les débats avaient été décousus et fatigants. Les résolutions adoptées avaient pour la plupart un caractère puéril. On devait conseiller humblement au roi d'employer des hommes capables et intègres. La patience de la Chambre fut épuisée par des discussions aboutissant à la pompeuse promulgation de semblables banalités. Enfin l'explosion eut lieu. Un des mécontents appela l'attention de la Chambre sur ce fait alarmant que deux Hollandais étaient employés dans le département de l'artillerie, et fit la motion de conseiller humblement au roi de les congédier. Cette motion fut accueillie par des rires moqueurs. On remarqua que les militaires, en particulier, exprimèrent hautement le mépris qu'elle leur inspirait : « Pense-t-on sérieusement à aller dire au roi que Sa Majesté ayant daigné demander notre avis dans cette crise importante, nous lui conseillons humblement de renvoyer de la Tour un gardemagasin hollandais? En vérité, si nous n'avons pas de sug-
' Comvwns' Tournais, 4 janvier 1692-3.
gestions plus importantes à porter au pied du trône, mieux vaut nous en aller dîner. » Ce fut aussi l'opinion de la grande majorité de la Chambre. Le président dut quitter le fauteuil sans recevoir l'autorisation de demander la permission de siéger de nouveau. Le Grand Comité cessa d'exister. Il fut fait rapport en forme, à la Chambre, des résolutions qu'il avait adoptées. Une de ces résolutions fut repoussée; il ne fut donné aucune suite aux autres; et les Communes, après avoir délibéré pendant plusieurs semaines sur les avis qu'elles donneraient au roi, finirent par n'en donner aucun *. Les dispositions des Lords étaient différentes. Il parait résulter de diverses circonstances que nulle part les Hollandais n'étaient alors aussi détestés que dans la Chambre- Haute. L'antipathie d'un Anglais de la classe moyenne pour les amis étrangers du roi, était purement nationale. Mais l'antipathie d'un membre de la noblesse anglaise pour ces mêmes individus était personnelle. Ils étaient interposés entre lui et Sa Majesté. Ils interceptaient les rayonsdela faveur royale. La préférence qu'on leur témoignait le blessait à la fois dans ses intérêts et dans son orgueil. Sa chance d'obtenir la Jarretière était beaucoup moindre depuis qu'ils étaient devenus ses concurrents. Sans Auverquerque, il aurait pu être grand-écuyer, maître de la garde-robe sans Zulestein, premier gentilhomme de la Chambre sans Bentinck 2. La mauvaise humeur de l'aristocratie était excitée par Marlborough, qui affectait alors l'attitude d'un patriote persécuté pour avoir défendu contre les Hollandais les intérêts de sa patrie, et qui ne prévoyait pas qu'il serait un jour accusé de sacrifier les intérêts de sa patrie pour plaire aux Hollandais. Les Pairs résolurent de présenter une adresse pour inviter le roi à ne pas mettre ses troupes anglaises sous les ordres d'un général étranger. Ils traitèrent très-sérieusement la question qui avait provoqué les rires de la Chambre des Communes, et conseillèrent solennellement à leur souverain
' Coït Papers, dans Tindal; Commons' Joxtmals, 16 décembre 1692, 11 janvier ltiy-2-3; Burnet, 11, 104.
1 H est fait mention de l'antipathie particulière des nobles anglais pour les favoris hollandais dans une note fort intéressant*; écrite par Renaudot, en 1698, et conservée dans les Archives du Ministère des Affaires Etrangères, à Paris.