‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 200 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

aveux du prisonnier, et qu'en fidèle serviteur de la couronne son devoir l'obligeait à transmettre ces aveux à Sa Majesté et à Sa Majesté seule.

Le messager envoyé par Devonshire trouva Guillaume à Loo. Le roi lut la confession et découvrit tout d'abord la pensée qui avait présidé à la rédaction de ce document. Il ne contenait guère que ce que Guillaume savait depuis longtemps, et qu'avec une dissimulation non moins politique que généreuse il avait depuis longtemps affecté de ne pas savoir. S'il épargnait, employait et comblait d'bonneurs des hommes qui l'avaient trahi, ce n'était pas qu'il fût leur dupe. Doué d'un coup d'œil prompt et sûr, possédant en outre des renseignements excellents, il avait eu dans les mains, pendant quelques années, les preuves de beaucoup de choses que Fenwick n'avait pu avancer que d'après des bruits recueillis cà et là. Il a paru étrange à bien des gens qu'un prince, au caractère à la fois si aigre et si fier, ait traité des serviteurs qui l'avaient si profondément offensé, avec une bienveillance qu'on attendrait à peine du plus doux des hommes. Mais Guillaume était un homme d'Etat dans toute la force du mot. La mauvaise humeur, effet naturel et pardonnable de longues souffrances physiques et morales, pouvait le pousser parfois à répondre avec aigreur. Mais jamais dans une occasion importante il ne s'abandonna à l'impatience, à la colère aux dépens des grands intérêts dont il était le gardien. Quand ces grands intérêts l'exigeaient, il savait plier sa nature fière et impérieuse, il se soumettait patiemment à la contrainte la plus pénible, il supportait les déceptions et les indignités les plus cruelles sans que la sérénité de son visage s'altérât, et non-seulement il pardonnait, mais encore il affectait de ne point voir des outrages qui eussent excité avec raison dans son cœur un amer ressentiment. Il savait qu'il lui fallait travailler avec les instruments qu'il avait enlre les mains. S'il voulait gouverner l'Angleterre, il lui fallait employer les hommes publics de l'Angleterre, et de son temps, les hommes publics de l'Angleterre, s'ils se distinguaient par une habileté d'une espèce particulière, se distinguaient aussi, en général, par la bassesse des sentiments et l'immoralité. Sans doute, il y avait à cette règle des exceptions. Tel était, par exemple, Nottingham parmi les Tories, et Somers

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parmi les Whigs. Mais la majorité des ministres de Guillaume, tant Whigs que Tories, étaient des hommes dont les caractères avaient pris leur pli aux jours de la réaction anlipuritaine. Ils s'étaient formés à deux mauvaises écoles, dans la plus corrompue des cours et dans la plus corrompue des oppositions, dans une cour qui emprunta son caractère à Charles et dans une opposition qui avait pour chef Shaftesbury. De personnages ainsi élevés, il eût été déraisonnable d'attendre un attachement ferme et désintéressé à une cause quelconque. Mais bien qu'on ne pût se fier à eux, on pouvait se servir d'eux, et ils pouvaient rendre des services. C'eût été folie sans doute que de placer sa confiance dans leurs principes, mais on pouvait, et avec raison, la placer dans leurs craintes et dans leurs espérances, et des deux rois qui prétendaient à la couronne d'Angleterre, le roi dont il y avait le plus à espérer et à craindre était le roi en possession du trône. Si donc Guillaume avait peu de raison de regarder ces hommes d'Etat comme ses amis dévoués, il en avait encore moins de les compter au nombre de ses ennemis acharnés. Leur conduite envers lui, quelque répréhensible qu'elle fût, avait encore de la noblesse, quand on la comparait avec celle qu'ils avaient tenue envers Jacques. Au roi régnant , ils avaient rendu des services signalés, mais au roi proscrit, ils n'avaient envoyé que des promesses et des protestations. Shrewsbury pouvait avoir, dans un moment de colère et de faiblesse, entretenu des relations avec les agents jacobiles, mais sa conduite générale avait assez prouvé qu'il était aussi éloigné que jamais d'être Jacobite. Godolphin avait prodigué les belles paroles à la dynastie exilée, mais il avait administré avec économie et habileté les revenus de la dynastie régnante. Russell avait fait le serment de déserter avec la llotle anglaise, mais il avait brûlé la ilotte française. Les trahisons dont on savait Marlborough coupable (car on ne soupçonnait pas la part qu'il avait prise au désastre de Brest et à lu mort de Talmash), n'avaient pas tant fait de mal à Guillaume que ses exploits à Walcourt, à Cork et à Kinsale ne lui axaient fait de bien. Guillaume avait donc eu la sagesse de fermer les yeux sur une perfidie qui, si odieuse qu'elle fût, ne lui avait point porté préjudice et de continuer à se servir, tout en prenant ses précautions, des talents éminenls que poss6<

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