‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 201 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

daient quelques-uns de ses infidèles conseillers. Après s'être arrêté à cette ligne de conduite et s'en être heureusement trouvé pendant longtemps, la confession de Fenwick devait nécessairement le contrarier et l'irriter. Sir John évidemment se croyait un Machiavel. Si sa ruse réussissait, la disgrâce de Marlborough aliénerait du gouvernement la princesse qu'il était de la plus haute importance d'entretenir dans de bonnes dispositions. La disgrâce de Russell et de Shrewsbury aliénerait tout le parti whigh, le plus ferme appui du trône. En attendant, pas un seul des conspirateurs que Fenwick savait avoir trempé dans les projets d'invasion, d'insurrection, d'assassinat ne serait inquiété. Mais ce profond diplomate verrait qu'il n'avait pas affaire à un novice. Guillaume, au lieu de renvoyer ceux de ses serviteurs que Fenwick accusait, envoya la confession à Shrewsbury et ordonna qu'on la mît sous les yeux des juges. « L'effronterie de cet homme me confond, » écrivait le roi. « Vous me connaissez trop bien pour croire que de pareilles fables puissent faire quelque impression sur moi. Voyez comme cet honnête homme est sincère. Il ne trouve rien à dire que contre mes amis. Pas un mot des projets de ses confrères Jacobites. » Le roi conclut en ordonnant aux juges d'envoyer Fenwick au plus vite devant un jury '.

L'effet produit par la lettre de Guillaume fut remarquable. Chacun des personnages accusés se conduisit d'une manière singulièrement caractéristique. Marlborough, le plus coupable de tous, conserva une sérénité calme, pleine de majesté et légèrement dédaigneuse. Russell, qui n'était guère moins coupable que Marlborough, entra dans une violente colère, et ne respira que la vengeance contre ce misérable dénonciateur. Godolphin, inquiet, mais circonspect, réservé et maître de lui-même, se tint sur la défensive. Mais Shrewsbury, qui, de tous les quatre, était le moins à blâmer, fut complètement anéanti. Au comble de l'affliction, il écrivit à Guillaume, exprima dans les termes les plus chaleureux sa reconnaissance pour la rare générosité du roi, et protesta que Fenwick avait méchamment exagéré les faits et transformé de pures bagatelles en crimes énormes. « Mylord

' Guillaume à Shrewsbury, de Loo, 10 seplembie 1096.

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Middlelon, » dît-il en substance dans cette lettre, « était, je ne le nie pas, en communication avec moi vers le temps de la bataille de La Hogue. Nous sommes parents ; nous nous rencontrions souvent ; nous soupàmes ensemble juste avant qu'il retournât en France. Je lui promis de prendre soin de ses intérêts ici. En retour, il m'offrit ses bons offices à Saint-Germain ; mais je lui dis que mon crime était trop grave pour qu'on me le pardonnât, et que je ne m'abaisserais pas à demander pardon. » C'est à cela, prétendait Shrewsbury, que se bornait sa faute '. Cette confession n'était point sincère, la chose n'est que trop avérée. Yaisemblablemcni Guillaume ne s'y laissa pas tromper. Mais il était résolu à épargner au traître repentant l'humiliation d'avouer une faute et d'accepter un pardon. « Je ne puis voir de crime, » lui écrivit le roi, « dans ce que vous m'avez fait connaître. Soyez assuré que ces calomnies n'ont produit sur moi aucune impression défavorable. Bien au contraire, vous verrez qu'elles ont fortifié ma confiance en vous 2. » Un homme endurci dans la dépravation se serait parfaitement contenté d'un acquittement si complet, annoncé dans des termes aussi gracieux. Mais Shrewsbury fut accablé par une tendresse qu'il sentait qu'il n'avait pas méritée. Il recula à la pensée de se trouver face à face avec le maître qu'il avait offensé et qui lui avait pardonné, et de soutenir les regards des pairs parmi lesquels sa naissance et ses talents lui avaient donné une place dont il n'était pas digne. La campagne dans les Pays-Bas était finie. La session du Parlement approchait. Le roi était attendu avec le premier bon vent. Shrewsbury quitta la ville et se relira dans les plaines du Gloucestershire. 11 possédait dans ce district, qui était alors l'un des plus sauvages du sud de l'île, un petit domaine entouré de beaux jardins et d'étangs. Dans sa tournée de l'année précédente, Guillaume avait visité cette habitation qui était éloignée des grandes routes et des marchés les plus voisins, et avait été frappé du silence et de la solitude de la retraite où il trouva le plus gracieux et le plus brillant des courtisans anglais.

• Sbrewsbury à Guillaume, 18 septembre ic9ô.

• Guillaume à Shrewsbuiy, ;'o septembre Ki'JG.

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