CHAPITRE IV
tion qui souffrait d'une crise violente et, un moment, la voix générale de la nation avait semblé être de leur côté '. Naturellement, tous ceux qui espéraient qu'on abaisserait le titre entassaient le plus d'argent qu'ils pouvaient, et de cette façon les clameurs de ceux qui demandaient de petits shellings aggravaient la crise même qui avait donné naissance à ces clameurs2. Les alliés comme les ennemis de l'Angleterre s'imaginaient que ses ressources étaient épuisées, que son énergie était brisée, que les Communes qui, même dans les temps tranquilles et prospères, aimaient tant à se plaindre et se montraient si souvent parcimonieuses, refuseraient maintenant d'une manière positive de se soumettre à aucune charge nouvelle et insisteraient, sans qu'on pût résister à leurs importunités, pour avoir la paix à tout prix.
Discours du roi Guillaume au commencement de la session.
Mais tous ces sinistres pronostics furent confondus par la vigueur et l'habileté des chefs whigs ainsi que par la constance de la majorité whig. Le 12 octobre, les Chambres ee réunirent. Guillaume leur adressa un discours, remarquable même entre tous les discours remarquables, où ses hautes pensées et ses grands desseins se trouvaient exposés par Somers dans un langage plein de noblesse et de sens. Le pays, disait le roi, avait de fortes raisons pour se féliciter de sa situation. Les fonds votés dans la session précédente pour subvenir aux frais de la guerre avaient, il est vrai, été insuliisants, et la refonte des monnaies avait causé une crise financière violente. Malgré cela, l'ennemi n'avait obtenu au dehors aucun avantage ; au dedans l'Etat n'avait été déchiré par aucune convulsion; la loyauté qu'avaient montrée l'armée et la nation dans ces rudes épreuves avait déçu toutes les espérances de ceux qui étaient animés envers l'Angleterre de mauvaises dispositions. Des ouvertures tendantes à la paix avaient été faites. Quel serait le résultat de ces ouvertures? On ne pouvait le dire, mais il y avait une chose certaine, c'était qu'il ne saurait y avoir de paix sûre et honorable pour une nation qui n'était pas prêle à faire une guerre
1 l.'Hermilage, 10(20) juillet lt>96.
• Lansdowne, Manuscrit bOl.
vigoureuse. « Je suis sûr que nous sommes tous ici du même avis : c'est que la seule manière de traiter avec la France est de traiter l'épée à la main. »
Résolutions de la Chambre des Communes.
Les Communes retournèrent dans la salle de leurs séances, et Foley lut le discours du haut de son siège de Président. Il s'ensuivit un débat qui retentit dans toute la chrétienté. Ce fut l'un des plus beaux jours de la vie de Montagne comme de l'histoire du Parlement anglais. En 1798, Burke cita cette séance en exemple aux hommes d'Etat à qui le cœur avait failli dans une lutte contre la puissance gigantesque de la République française. En 1821, Huskisson la cita également en exemple à une législature qui, dans une crise terrible, était tentée d'altérer le titre des valeurs et de violer ses engagements envers les créances de l'Etat. Avant la fin de la séance, le jeune Chancelier de l'Echiquier, dont l'ascendant depuis le ridicule échec du plan financier était incontesté, proposa et fit voter trois résolutions mémorables. La première, qui passa à l'unanimité, déclara que les Communes soutiendraient le roi contre tous ses ennemis du dedans et du dehors et le mettraient en état de continuer la guerre avec vigueur. La seconde qui passa, non pas sans opposition, mais sans division, déclara que le titre des espèces monétaires ne serait altéré ni dans la qualité, ni dans le poids, ni dans la dénomination. La troisième, contre laquelle pas un seul membre de l'opposition n'osa élever la voix, fit prendre à la Chambre l'engagement de combler tous les déficits de tous les fonds établis par le Parlement depuis l'avènement du roi. La mission de rédiger une réponse au discours du trône fut confire à un comité composé exclusivement de Whigs. Montagne fut le président de ce comité. On peut lire encore avec un intérêt mêlé d'orgueil dans les Procès-Verbaux de la Chambre l'adresse éloquente et animée qu'il composa '.
Dans l'espace d'une quinzaine, le Parlement accorda deux millions et demi pour les dépenses militaires de l'année sut-
' Voir les Procès-Verbaut des Communes, les dépêches dfl Van CI. kirke; L'Uermitage aux Etals-Généraux, et la lettre rie Vernoo à Sbrewsbury, cd date du 57 octobre 1696. Je ne crois pas, dit Vcrnon, que la Chambre do» Communes ait jamais agi plus de concert qu'à présent.