‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 205 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

n'était pas nécessaire. Les votes du Parlement avaient déjà imposé à Louis la conviction qu'il n'y avait point de chance de contrerévolution en Angleterre. Il y avait tout aussi peu de chance pour lui de faire réussir le compromis dont il rvait, dans le cours des négociations, mis l'idée en avant. Il ne fallait pas espérer que Guillaume ou le peuple anglais consentît jamais à faire de la succession de la couronne d'Angleterre une affaire de marché avec la France. Et lors même que Guillaume et le peuple anglais auraient été disposés à acheter la paix par un tel sacrifice de leur dignité, Louis aurait rencontré, d'un autre côté, d'insurmontables difficultés. Jacques ne voulait pas entendre parler de l'expédient suggéré par le roi de France. « Je puis supporter avec la patience d'un chrétien, » disait le roi exilé à son bienfaiteur, « d'être volé par le prince d'Orange ; mais je ne consentirai jamais à être volé par mon propre fils. » Louis ne parla plus jamais de ce sujet. Callières reçut l'ordre de faire la concession d'où dépendait la paix du monde civilisé. Il se rendit avec Dykvelt à La Haye devant le baron Lilienroth, le représentant du roi de Suède, dont les puissances belligérantes avaient accepté la médiation. Dykvelt informa Lilienroth que le roi très-chrétien s'était engagé, quand le traité de paix serait signé, à reconnaître le prince d'Orange comme roi de la Grande-Bretagne, et il ajouta, par une allusion parfaitement intelligible au compromis proposé par la France, que la reconnaissance serait sans restriction, condition ou réserve. Callières déclara alors qu'il confirmait, au nom de son maître, ce que Dykvelt avait dit1. Une lettre de Prior, contenant cette bonne nouvelle, fut remise, dans la Chambre des Communes, à James Vernon, le sous-secrétaire d'Etat. Cette nouvelle courut le long des bancs (ce sont les termes de Vernon) comme un incendie dans un champ couvert de chaume. Chacun se sentit comme soulagé d'un poids qui l'oppressait, et la Chambre s'abandonna à des transports de joie2. Les Whigs avaient raison de se féliciter les uns les autres, car c'était à la sagesse ainsi

1 Actes et Mémoires des négociations de la paix de Ryswick, 1707; Villiers à Shrewsbury, 1er (il) 4 (14) décembre 1696; Lettre de Heinsius citée par N. Sirlerna do Grovestius. Je n'ai point de copie de celte lettre.

' Vernon à Shrewsbury, s décembre 1696.

qu'à la résolution qu'ils avaient montrée, dans un moment de danger et de détresse extrêmes , que leur pays était redevable de la perspective d'une paix honorable el prochaine.

Rétablissement des finances.

Sur ces entrefaites, le crédit public qui, dans le cours de l'automne, était tombé au plus bas degré, se relevait promptement. Les financiers ordinaires furent frappés de stupeur, quand ils apprirent qu'il fallait plus de cinq millions pour combler les déficits des années précédentes. Mais Montague n'était point un financier ordinaire. Un plan simple et hardi qu'il proposa et qui reçut dans le peuple le nom d'hypothèque générale , rétablit la confiance. Montague imposa de nouvelles taxes, augmenta ou continua les anciennes, et de cette façon il forma un fonds consolidé suffisant pour parer à toute demande juste adressée à l'Etat. La Banque d'Angleterre vit en même temps la base de ses opérations s'élargir au moyen d'une nouvelle souscription, et les règlements de cette souscription furent rédigés de manière à élever à la fois la valeur des billets de la corporation et celle des effets publics.

D'un autre côté, les monnaies versaient avec plus de rapidité que jamais dans le public les nouvelles espèces. La détresse qui commença le 4 mai 1696, qui fut presque insupportable dans les cinq mois qui suivirent et qui devint plus légère à partir du jour où les Communes déclarèrent leur immuable résolution de maintenir l'ancien litre, cessa de faire sentir ses effets pénibles en mars 1697. Quelques mois devaient s'écouler encore avant que le crédit se remît complètement de la plus terrible secousse qu'il ait jamais essuyée. Mais déjà étaient jetées les bases profondes et solides sur lesquelles devait s'élever le plus gigantesque édifice tic prospérité commerciale que le monde eût jamais vu. Le parti whig attribua le rétablissement de la santé de l'Etat au génie et à la fermeté de Montague, son chef. Les ennemis de ce grand ministre furent forcés d'avouer, à regret et de mauvaise grâce, que chacune de ses combinaisons avait réussi, la première et la seconde souscription, pour la Banque, la Refonte des monnaies, l'Hypothèque générale, les billets de

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