‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 206 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'Échiquier. Quelques Tories insinuèrent que Montague ne méritait pas plus d'éloges qu'un prodigue qui joue aux dés tous ses biens et qui a une veine de bonheur. L'Angleterre avait, il est vrai, traversé heureusement une crise terrible et elle en était sortie plus forte qu'auparavant. Mais elle s'était trouvée au bord de l'abîme, et le ministre qui l'y avait poussée méritait, non des éloges, mais la corde. D'autres reconnaissaient que les plans attribués par l'opinion à Montague étaient excellents; mais ils niaient qu'il en fût l'auteur. Toutefois, la voix de l'envie fut un moment étouffée par les vifs applaudissements du Parlement et de la Cité. L'autorité que le Chancelier de l'Echiquier exerçait dans la Chambre des Communes était souveraine et absolue. Dans le cabinet, son influence grandissait chaque jour. A la Trésorerie, il n'avait plus de supérieur. Par suite de la confession de Fenwick, le dernier Tory qui occupait un des emplois les plus élevés et les plus importants de l'Etat avait dû s'éloigner, et l'Angleterre avait enfin un ministère exclusivement composé de Whigs.

Effet de la confession de Fenwick. — Démission de Godolphin.

Il avait été impossible d'empêcher des bruits de toute nature de circuler dans le public au sujet de cette confession. Le prisonnier avait même trouvé moyen de communiquer avec ses amis, et il leur avait déclaré qu'il n'avait rien dit contre eux, mais qu'il en avait dit beaucoup contre les créatures de l'usurpateur. Guillaume désirait laisser le jugement de cette affaire aux tribunaux ordinaires, et il lui répugnait extrêmement à ce qu'elle se débattît ailleurs. Mais ses Conseillers, qui connaissaient mieux que lui l'humeur des assemblées nombreuses et divisées, furent d'avis qu'une discussion parlementaire, quoique fâcheuse peut-être, était inévitable. Il dépendait d'un seul membre de l'une ou de l'autre Chambre d'évoquer celte discussion devant le Parlement, et dans les deux Chambres il se trouvait des membres qui, les uns par sentiment du devoir, les autres uniquement par amour du scandale, tenaient à savoir si le prisonnier avait, ainsi que le bruit en courait, formulé de graves accusations contre quelques-uns des personnages les plus distingués du royaume. S'il devait y avoir une enquête, il était

ni. as

assurément désirable que les hommes d'Etat accusés fussent les premiers a la demander. Toutefois il se présentait une grande difficulté. Les Whigs qui formaient la majorité de la Chambre-Basse étaient prêts à voter comme un seul homme l'entière absolution de Russell et de Shrewsbury, et ne tenaient point à infliger un stigmate à Marlborough qui n'était point en place et par suite excitait peu de jalousie. Mais un corps nombreux d'honnêtes gentilshommes, ainsi que Wharton appelait lesWhigs, ne pouvait, sous aucun prétexte; consentir à voter une résolution qui acquitterait Godolphin. Godolphin était pour eux un objet d'aversion. Tous les autres Tories qui, dans les premières années du règne de Guillaume, avaient pris une part considérable à la direction des affaires, en avaient tous été exclus l'un après l'autre. Nottingham, Trevor, Leeds n'étaient plus au pouvoir. On ne pouvait guère donner à Pembroke le nom de tory, et d'ailleurs il n'avait jamais été réellement aux affaires. Mais Godolphin conservait encore son poste à Whitehall, et aux yeux des hommes de la Révolution, il semblait intolérable qu'un personnage qui avait siégé dans les Conseils de Charles et de Jacques et qui avait voté pour la régence, fût sous Guillaume le principal ministre des finances. C'était donc avec une joie perfide que ceux qui nourrissaient contre Godolphin ces sentiments avaient appris que le premier Lord de la Trésorerie était nommé dans la confession dont tout le monde s'entretenait. Aussi étaient-ils résolus à ne pas laisser échapper une si bonne occasion de le chasser du pouvoir. D'un autre côté, ceux qui avaient lu la confession de Fenwick et à qui l'ivresse de l'esprit de faction n'avait pas fait perdre tout sentiment de justice et de raison, durent comprendre qu'il était impossible de faire deux parts de ce document, impossible de traiter de fausseté tout ce qui avait rapport à Shrewsbury et à Russell et d'ajouter foi à tout ce qui regardait Godolphin. Cette vérité fut reconnue même par Wharlon, celui de tous les hommes publics de ce temps qui se laissait le moins troubler par les scrupules de conscience ou par la honte '. Si Godolphin avait obstinément refusé de quitter sa plaee, les chefs whigs se seraient trouvés dans une position dos

1 Wbarton à SbrewBbury, -.7 octobre i69G<

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