‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 207 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

plus embarrassantes. Mais un politique d'une dextérité peu commune se chargea de les tirer de cette difficulté. Dans l'art de lire dans les cœurs et de manier les esprits des hommes, Sunderland n'avait point d'égal, et il était toujours, ainsi qu'il l'avait été pendant plusieurs années, désireux de voir tous les grands emplois du royaume occupés par des Wliigs. Par son adresse, il sut déterminer Godolphin à entrer dans le cabinet du roi et à demander la permission de se retirer des affaires, permission que Guillaume lui accorda avec un empressement dont Godolphin fut plus surpris que charmé ».

Sentiments des Whigs au sujet de Fenwick.

Un des moyens employés par la Junte whig pour établir et maintenir dans les rangs du parti une discipline inconnue jusqu'alors, c'était de convoquer à de fréquentes réunions les membres de la Chambre des Communes. Quelques-unes de ces réunions étaient nombreuses, d'autres avaient lieu en petit comité. Les premières se tenaient à La Rose, taverne que l'on trouve fréquemment citée dans les pasquinades politiques du temps l. Les secondes se tenaient, soit chez Russell, à Covent-Garden, soit chez Somers, à Lincoln's Inn- Fields.

Le jour où Godolphin se démit de ses importantes fonctions, il y eut deux réunions en petit comité. Dans la matinée, on s'assembla chez Russell, et dans l'après-midi chez le Lord Chancelier, mais en plus grand nombre. On y lut la confession de Fenwick, qui jusqu'alors n'était probablement connue de la plupart des assistants que par le bruit public. Elle excita dans l'assemblée une vive indignation, et surtout un passage dont le sens semblait être que non-seulement Russell, non-seulement Shrewsbury, mais encore la masse du parti whig était et n'avait jamais cessé d'être jacobite au fond du cœur. « Le misérable insinue, » dirent les

* Somers à Shrewsbury, 27, 31 octobre 1696; Vernon à Shrewsbury, 31 octobre; Wharton à Shrewsbury, 10 novembre. «Je suis convaincu, dit Wharton, qu'on n'a jamais déployé plus d'habileté que dans la conclusion de cette affaire. »

' Voir par exemple un poëme sur le Dernier jour de la Trésorerie à Kensington, mars 1696-7.

assistants, « que le complot d'assassinat lui-même a été tramé par les Whigs. » Toute l'assemblée fut d'avis que l'on ne pouvait laisser passer sous silence une telle accusation. Il fallait un débat solennel et un verdict en plein Parlement. La meilleure chose à faire serait que le roi vît et interrogeât lui-même le prisonnier, et que Russell sollicitât alors de Sa Majesté la permission de porter l'affaire devant le Parlement. Comme Fenwick avouait ne savoir que par ouïdire les histoires qu'il débitait, il serait facile de faire voter une résolution où on le flétrirait du nom de calomniateur, et de la faire suivre d'une adresse à la couronne, où on demanderait que le calomniateur fût mis immédiatement en jugement pour crime de haute trahison l.

Guillaume interroge Fenwick.

L'opinion du meeting fut transmise à Guillaume par ses ministres, et il consentit, non sans répugnance, à voir le prisonnier. Fenwick fut amené dans le cabinet du roi, à Kensington, en présence de quelques-uns des grands-officiers de l'Etat et des jurisconsultes de la couronne. « Vos révélations, sir John,» dit Guillaume, «ne sont nullement satisfaisantes. Au lieu de me parler des complots que vous avez tramés avec vos complices, complots dont vous devez connaître à fond tous les détails, vous me débitez sur des nobles, sur des gentilshommes, avec lesquels vous avouez n'avoir jamais eu de rapport, des histoires qui n'ont ni fondement, ni date, ni lieu déterminés. En un mot, je vois dans votre confession un dessein arrêté de mettre à couvert ceux qui sont réellement engagés dans des entreprises contre moi, et de me rendre suspects et de me faire renvoyer ceux en qui j'ai de justes raisons de placer ma conliance. Si vous attendez de moi quelque faveur, faites-moi ici même, et sur-le-champ, un récit complet et sincère de tout ce que vous savez par vous-même. » Fenwick répondit qu'on le prenait par surprise et demanda du temps. « Non, Mousieur, » dit le roi ; « et pourquoi voulez-vous du temps? Oh! je comprends que vous en ayez besoin, si vous avez l'in-

1 Somers à Shrewsbury, 31 octobry 1G96 ; Wharlon à Shrewsbury, même date.

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