‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 208 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tention de me rédiger un second mémoire comme celui-ci. Mais ce que je demande, c'est que vous me disiez .tout franchement ce que vous avez fait et vu vous-même : or, pour cela, vous n'avez besoin, si vous le voulez, ni de plume ni d'encre. » Alors, Fenwick refusa positivement de rien dire. « Soit, » dit Guillaume, « je ne veux plus ni vous voir ni entendre parler de vous '. » Fenwick fut reconduit dans sa prison. Dans cette audience, il avait montré une hardiesse et une résolution qui surprirent ceux qui avaient observé son attitude. Depuis qu'il était en prison, il avait toujours paru inquiet et abattu, et cependant à ce moment, alors même que son sort se décidait, il avait bravé le déplaisir du prince, dont peu de temps auparavant, il avait si humblement imploré la clémence. Quelques heures après, on eut l'explication de ce mystère. Un instant avant d'être mandé à Kensington, il avait reçu de sa femme avis que sa vie n'était plus en danger, qu'il n'y avait qu'un témoin contre lui, et que, avec le secours de ses amis, elle était parvenue à corrompre Goodman 2.

On avait accordé à Goodman une liberté dont plus tard, non sans raison, on fit un grief contre le gouvernement. Son témoignage, en effet, avait une importance extrême ; sa réputation était notoirement mauvaise ; les efforts que l'on avait faits pour séduire Porter prouvaient que si l'argent pouvait sauver la tête de Fenwick, l'argent ne serait pas épargné. De plus, Goodman n'avait point, comme Porter, envoyé par ses dénonciations les Jacobites au gibet, et, par suite, n'était point comme lui attaché à la cause de Guillaume par un lien indissoluble. Les familles des conspirateurs emprisonnés eurent recours à l'entremise d'un aventurier rusé et hardi, nommé O'Brien. Cet homme connaissait parfaitement Goodman, car ils avaient appartenu tous deux à la même bande de voleurs de grands chemins. Ils se rencontrèrent à la taverne Du Chien, dans Drury-Lane, rendez-vous ordinaire de tous les individus sans ressources et en guerre avec les lois. O'Brien était accompagné d'un autre

' Somers à Shrewsbury, 3 novembre IG9G. Somers, dans sa lettre du \b octobre parle de cette répugnance du roi à voir Fenwick. Vemon à Shrewsbury, 3 novembre 10lJ0.

Jacobite non moins déterminé que lui. Ils offrirent tout simplement à Goodman le choix ou de se soustraire aux poursuites de la justice et d'avoir pour récompense une pension de cinq cents livres par an, ou de se voir couper la gorge à l'instant même. Il consentit, moitié par cupidité, moitié par crainte. O'Brien n'était pas homme à se laisser jouer comme Clancy. Il ne quitta pas Goodmain plus que son ombre, à partir du moment où le marché fut conclu jusqu'à leur arrivée à Saint-Germain '.

Dans l'après-midi du jour où Fenwick fut interrogé par le roi à Kensington, le bruit commença à se répandre au dehors que Goodman manquait. Il était depuis longtemps absent de son domicile. On ne l'avait pas vu dans les endroits qu'il fréquentait habituellement. D'abord le soupçon vint qu'il avait été assassiué par les Jacobites, et une circonstance singulière fortifia ce soupçon. Juste après sa disparition, on trouva une tête humaine séparée du corps auquel elle appartenait, et si horriblement mutilée qu'elle était complètement méconnaissable. La multitude, possédée de l'idée qu'il n'y avait pas un crime dont un Papiste irlandais ne fût capable, inclinait à croire que le sort réservé à Goodman était tombé sur une autre victime. Après enquête toutefois, on finit par acquérir à peu près la certitude que Goodman s'était sauvé de lui-même et à dessein. Le gouvernement publia une proclamation où il promit mille livres de récompense à quiconque arrêterait le fugitif, mais il était trop tard a.

Cet événement exaspéra les Whigs outre mesure. Il ne serait plus possible maintenant à un jury de convaincre Fenwick du crime de haute trahison. Echapperait-il donc à la justice? Une longue série de crimes contre l'Etal resterait-elle impunie, uniquement parce qu'à ces crimes on venait d'ajouter celui de corrompre un témoin, afin de supprimer sa déposition et d'abandonner sa caution? La justice

' Les circonstances de la fuite de Goodman furent certifiées, trois ans plus taid, par le comte de Manchester, alors ambassadeur à Paris, et communiquées par lui à Jersey daos une lettre en date du 25 septembre (5 octobre) 1699

' Gazelle de Londres. 9 novembre 1096; Vernon à Shrewsbury, 3 novembie; Vau Clewerskirke et L'tfermitage, même date.

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