‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 209 sur 246 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

n'avait-elle pas un moyen extraordinaire de frapper un criminel qui, par cela môme qu'il était plus coupable, échappait à l'acticn des lois ordinaires? Ce moyen, il existait. De nombreux précédents l'autorisaient; les Papistes et les Protestants en avaient fait usage pendant les troubles du seizième siècle, les Têtes-Rondes et les Cavaliers s'en étaient servis pendant les orages du dix-septième siècle. Ce moyen, il n'était pas un chef du parti tory qui pût en condamner l'emploi sans se condamner lui-même. Fenwick ne pouvait décemment se plaindre qu'on le lui appliquât, puisque, peu d'années auparavant, il avait été un des plus ardents à l'appliquer contre l'infortuné Montmouth. C'est à ce moyen-là que le parti qui dominait alors dans l'Etat résolut de recourir.

Ce qui se passa dans le Parlement au sujet de la confession de Fenwick.

Dès que les Communes se furent réunies, dans la matinée du 6 novembre, Russell se leva à sa place et sollicita la faveur d'être entendu. Le rôle dont il s'était chargé demandait du courage, quoique non de l'espèce la plus respectable ; mais aucun genre de courage ne faisait défaut à Russell. « Sir John Fenwick, » dit-il, « a envoyé au roi un mémoire qui contient de graves accusations contre quelques-uns des serviteurs de Sa Majesté, et, à la requête de e.es serviteurs accusés, Sa Majesté a gracieusement donné l'ordre que ce mémoire fût mis sous les yeux de la Chambre. » On donna lecture de la confession de Fenwick, puis l'Amiral, avec une noblesse et une dignité dignes d'un plus honnête homme, demanda justice pour lui et Shrewsbury. « Si nous sommes innocents, » ajouta-t-il, « acquittez-nous ; si nous sommes coupables, punissez-nous comme nous le méritons. Je me mets à votre disposition ainsi qu'à la disposition de mon pays, et je suis prêt à me soumettra à votre verdict, qu'il me justifie ou me condamne. »

La Chambre donna l'ordre aussitôt que Fenwick fût amené à la barre en toute hâte. Cutts, qui siégeait dans la Chambre comme représentant du Cambridgeshire, fut chargé de fournir une escorte sutlisante, et on lui enjoignit d'une manière toute spéciale de veiller à ce que le condamné ne pût ni luire, ni recevoir aucune commuuication, verbale ou écrite,

dans le trajet de Newgale à Westminster. La Chambre s'ajourna alors jusqu'à l'après-midi.

A cinq heures, car la nuit venait alors de bonne heure, la masse fut déposée de nouveau sur le bureau, les lumières furent allumées, l'on fit sortir tous les étrangers de la Chambre et du couloir. Fenwick attendait sous forte garde. Le président le fit entrer et l'engagea à faire des aveux complets et sincères. Fenwhick hésita et chercha un faux-fuyant. « Je ne puis rien dire sans la permission du roi. Si je révélais à d'autres ce que Sa Majesté seule doit connaître, cela pourrait lui déplaire. » On lui répondit que ses appréhensions étaient sans fondement. Le roi savait bien que c'était le droit et le devoir de ses fidèles Communes de s'enquérir de tout ce qui intéressait la sûreté de sa personne comme de son gouvernement. « Je puis être jugé dans quelques jours, » dit le prisonnier, « on ne devrait pas me demander des choses qui peuvent se dresser en jugement contre moi. » « Vous n'avez rien à craindre, « répliqua le président, « si vous voulez parler avec franchise et sans rien cacher. Jamais personne n'a eu lieu de se repentir d'avoir été sincère avec les Communes d'Angleterre. » Alors Fenwick demanda qu'on lui laissât un délai. Il n'avait point de facilité d'élocution, sa mémoire était mauvaise ; il lui fallait du temps pour se préparer. On lui répondit ce que déjà le roi lui avait répondu peu de jours auparavant, que, préparé ou non, il ne pouvait pas ne pas se souvenir des principaux complots auxquels il avait été mêlé, ni des noms de ses principaux complices. S'il voulait raconter sans détour ce qu'il était impossible qu'il eût oublié, la Chambre aurait pour lui toute l'indulgence raisonnable et lui accorderait du temps pour mettre en ordre les détails secondaires. Trois fois il fut emmené de la barre et trois fois il y fut ramené. Le président l'informa solennellement que l'occasion qu'on lui ofiïa il alors de mériter la faveur des Communes serait probablement la dernière. Il persista dans son refus et fut renvoyé à Newgale.

On fit alors la motion de déclarer fausse et scandaleuse la confession de Fenwick. Coningsby proposa d'ajouter que c'était un artifice destiné à créer des jalousies entre le roi et ses fidèles sujets, dans le but de mettre à l'abri les véri-

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